Zaytoven célèbre la diversité de la trap dans sa nouvelle mixtape

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Atlanta… Sa chaleur, sa Zone 6, ses stripclubs, ses chickens wings, ses centaines de rappeurs au mètre carré et ses beatmakers… Si la trap domine actuellement le monde du rap, c’est parce qu’elle a réussi à perdurer dans le temps en inscrivant une sonorité particulière qui est reconnaissable dès les premières notes de chaque morceau. Et bien qu’on pense directement aux rappeurs quand on parle de trap, il ne faut pas négliger le rôle des beatmakers dans ce genre musical car si aujourd’hui Metro Boomin peut se targuer du fait d’avoir des tagnames connus par tous les amateurs de rap, les fameux « Metro Boomin Want Some More N*gga » et « If Young Metro don’t trust you I’m gon’ to shoot you », cela n’a pas toujours été le cas pour ses précurseurs. Aux prémisses de la trap, bien que l’identité musicale du mouvement était déjà bien affirmée il n’y avait pas à proprement parler de beatmakers spécialisés dans la trap mais cela allait vite changer avec l’arrivée sur la scène trap du beatmaker le plus influent de ses 15 dernières années, à savoir Zaytoven.

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Né en 1980 en Allemagne, Zaytoven a d’ailleurs choisi son surnom en référence au pays l’ayant vu naitre et surtout pour faire écho au plus célèbre compositeur allemand à ce jour : Beethoven. En adoptant ce surnom Zay espérait bien rencontrer le même succès et marquer de son empreinte le monde de la musique comme son modèle avait pu le faire auparavant. Zaytoven a grandi dans un milieu à la fois religieux et musical, son père étant pasteur et sa mère directrice d’une chorale, il passait donc énormément de temps à l’église, ce qui lui permit de se familiariser avec la musique chrétienne pendant les messes et aussi de s’intéresser de plus près à l’orgue et surtout au piano. Cette fascination pour le piano est bien évidemment la marque de fabrique de Zaytoven étant donné qu’une grande partie de ses productions sont construites autour de notes de piano. De plus cet attrait pour le piano est un autre point en commun qu’il partage avec Beethoven et l’autre raison pour laquelle Zaytoven s’est surnommé ainsi. Cette vie articulée autour de la musique lui a permis de se constituer un bagage de plus en plus important pour l’aider dans son processus de création artistique et ce bagage s’est davantage enrichi lorsque Zay fait la découverte du rap au début de son adolescence. Cette découverte musicale chamboulera énormément sa vie mais elle a surtout eu un impact dans l’immédiat sur sa relation avec ses parents qui désapprouvait son choix de se tourner vers le rap car ils trouvaient que cette musique n’était pas appropriée pour un enfant ayant grandi dans la religion. Malgré la rétention de sa famille, Zay s’intéresse de plus en plus au rap et notamment à la création de beat. Cet intérêt va lui permettre tout d’abord d’animer les matchs de football américain de son lycée et ces animations vont attirer l’attention d’un rappeur de la scène locale de la Bay, JT The Bigga Figga.

Cette rencontre entre les deux partenaires, a permis au rappeur d’avoir un beatmaker apportant un vent de fraicheur sur ses productions et cela permis à Zay de pouvoir utiliser de meilleurs outils de production car il avait accès à un studio de façon illimitée donc de créer dans de meilleures conditions et de pouvoir exprimer tout son potentiel. Cette période d’apprentissage se transforma très vite en perfectionnement carZaytoven assimila très vite toutes les combinaisons nécessaires pour créer des beats de qualité. Très vite les talents de producteur de Zay feront le tour de la Bay et il commencera à se faire un nom en produisant notamment pour l’un des artistes les plus emblématiques de la Bay à savoir E-40. Dans le même temps sa famille décide de déménager à Atlanta mais Zay décide de rester dans la Bay pour finir ses études et continuer son ascension dans le monde de la musique. Pour subvenir à ses besoins Zay enchaine différents petits boulots jusqu’à trouver un travail en tant que coiffeur/barbier. Ce travail lui permet de subvenir à l’essentiel de ses besoins et surtout d’économiser pour le plus important, son futur studio. En effet Zay n’a qu’un seul objectif celui de pouvoir créer de la musique n’importe quand, pour faire cela il décide d’investir tout l’argent qu’il gagne dans l’achat de matériel musical et par la même occasion il envoie le matériel acheté chez ses parents, à Atlanta, qu’il finira par rejoindre après la fin de ses études.

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➡ D’une rencontre inattendue avec Gucci Mane à la domination de la scène musicale d’Atlanta

En arrivant à Atlanta, Zay choisi de continuer en tant que coiffeur/barbier et il décide de rejoindre une école de coiffure, tout cela bien entendu en continuant à produire de la musique à chaque instant de liberté. Cette école de coiffure est un tournant dans la vie de Zaytoven car c’est à grâce à l’un des ses camarades qu’il rencontrera Gucci Mane. De cette rencontre entre Gucci et Zay naquit une alchimie entre le rappeur et le producteur qui est encore présente aujourd’hui, que Gucci mentionne dans l’intro de la mixtape. Bien évidemment l’alchimie ne se créa pas tout de suite, il fallut faire quelques ajustements, notamment liés au fait que Zay faisait des beats ayant encore une sonorité de la Bay qui déstabilisaient Gucci Mane. Très vite, Zay a su s’adapter aux différentes sonorités du sud, aidé par Gucci.

Avant même de connaitre le succès le duo enchaîna les périodes de disette mais ce n’est pas pour autant que le duo baissa les bras. Gucci, étant le monstre de productivité que l’on connait, motivait tous les jours Zay pour qu’il produise des morceaux et Zay faisait de même pour Gucci afin qu’il se concentre plus sur son rap que sur ses activités illicites. Pendant ces temps difficiles Zay, ayant fini son école de coiffure, devint barbier et reprit son habitude d’investir une partie de son argent dans le matériel pour améliorer son studio d’enregistrement. Cette envie de s’en sortir poussa Zay et Gucci à vendre leurs mixtapes directement depuis leurs coffres dans les différentes soirées et événements rap à Atlanta. Cet acharnement finit par payer lorsqu’en 2005 Zaytoven produit le morceau Icy qui révéla Gucci Mane sur la scène rap. Depuis la sortie de ce morceau Zay enchaina les collaborations avec les différents rappeurs en vogue sur la scène trap d’Atlanta, mais pas que, puisqu’en 2011 Zay gagne un Grammy pour le morceau Raymond V. Raymond produit pour l’album d’Usher, cette victoire donna encore plus de crédibilité à Zay en tant que producteur qui a renforcé sa position dominante sur la scène rap d’Atlanta, prouvant qu’il pouvait faire plus que de simple beat rap. Cette position dominante sur la scène rap a permis à Zay de collaborer avec des artistes confirmer mais aussi et surtout de lancer de nouveaux rappeurs comme OJ Da Juiceman, Gorilla Zoe et bien évidemment Migos avec le morceau Versace.

Ce travail avec à la fois des artistes confirmés et à la fois des artistes en développement donna à Zay un statut d’incontournable. En effet il n’était pas possible qu’en tant que rappeur d’Atlanta, surtout si on faisait de la trap, de ne pas collaborer avec Zaytoven. Cette domination de la scène trap n’est pas prête de se terminer puisque Zaytoven n’a cessé de produire sur les différents projets qui sont sortis ces dernières années notamment sur les deux volumes de Culture des Migos, l’album Issa de 21 Savage, The Perfect Luv Tape de Lil Uzi Vert, Dirty Sprite 2 et Beast Mode ainsi que Future de Future et bien évidemment sur les deux derniers albums de Gucci Mane, Everybody Looking et Mr. Davis. La présence de Zaytoven sur la scène rap/trap d’Atlanta est donc incontournable et c’est pour cette raison qu’il a décidé de prouver son influence sur cette scène en sortant sa mixtape Trapholizay.

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Comme à son habitude depuis que Zay sort des mixtapes à son nom, le producteur nous a habitués à des projets d’environ une dizaine de titres et ce projet ne déroge pas à la règle. L’avantage de ce format, que l’on peut trouver certes court, c’est qu’il y a une cohérence dans le projet contrairement aux derniers projets sorti dernièrement comme le Culture II des Migos ou More Life de Drake qui sont des playlists regroupant une vingtaine de titres qui peuvent vite devenir indigeste.

Certes, il n’y a pas de thématiques spécialement recherchée dans cette mixtape mais il y a une cohérence dans les sonorités, là où dans les deux autres projets cités on peut passer d’une ambiance tout à fait différente juste en changeant de morceau. Néanmoins on pourrait rétorquer sur le fait qu’une cohérence des morceaux peut vite mener à une répétitivité et donc une certaine monotonie dans le projet mais c’est là justement que le format court de la mixtape adopté par Zay est un avantage, puisqu’il nous permet d’apprécier à sa juste valeur chaque morceau et par conséquent de mieux assimiler la mixtape. De plus il ne faut oublier le fait que si c’est une mixtape de Zay, lui ne rappe pas, il ne fait que produire les beats et donc laisse le champ libre aux différents rappeurs invités sur sa mixtape ce qui apporte à la fois de l’hétérogénéité, puisque le nombre d’invité fait que chacun amène son style et marque de son empreinte le projet, et à la fois de l’homogénéité, puisque le thème de principal reste la trap. D’ailleurs Young Scooter le dit si bien au début de Back On It « You can’t get on Zay’ beats without wrappin’ cocaine ». Mais bien que la mixtape soit dédiée à la trap on peut constater qu’il existe des parties qui encadrent la mixtape et que ces parties entrainent un changement d’ambiance dans les beats et surtout dans la collaboration. La première partie est exclusivement consacrée à la trap, de Left Da Bank à Back On It ce n’est pas moins de quatre titres qui s’enchainent dans le pur style musical du sud avec la présence de tous les grands noms de la trap que ce soit de la nouvelle génération avec Quavo et Offset ou de l’ancienne garde avec 2 Chainz et Rick Ross ou encore Pusha T, tous ont répondus à l’appel de Zaytoven. On peut cependant regretter le fait qu’il n’y ait pas eu de vrai mélange de génération entre les rappeurs dans cette partie, exception faite pour Wake Up & Cook Up qui réunie à merveille 2 Chainz et Quavo. Par ailleurs on peut constater à quel point Zaytoven sait s’adapter aux artistes avec lesquels il collabore notamment avec le morceau Left Da Bank qui est en collaboration avec le rappeur de Memphis, Young Dolph.

➡ Une mixtape pour les vaincre tous… Et pour mettre en avant la trap et sa diversité grandissante

Ce-dernier est connu pour avoir des beats assez sombre, notamment sur ces-derniers projets, et ce morceau correspond parfaitement à ce que le rappeur à produit dernièrement, on peut d’ailleurs trouver une certaine ressemblance avec le morceau Believe Me présent sur sa mixtape Thinking Out Loud. La deuxième partie de la mixtape, qui va de What You Think à Show It, est beaucoup plus légère et cela se ressent dans les beats, qui sont beaucoup moins sombre, et dans les collaborations avec Ty Dolla $ign, Trey Songz, Jeremih ainsi que dans les thèmes abordés. En effet cette coupure peut s’apparenter à la pause R’n’B de la mixtape car quand bien même si les paroles restent explicites, il n’est plus vraiment question de la trap mais plutôt des relations avec la gent féminine surtout sur les morceaux What You Think et Show It. Ce-dernier morceau est d’ailleurs co-produit par DJ Mustard qui amène ses basses très reconnaissables ce qui instaure sur le beat de Zay une ambiance décontractée et c’est surement pour cette raison que T.I. décide d’adopter un flow de crooner pour le refrain. Mais c’est quand l’ambiance commence à retomber que l’on rentre dans la troisième partie de la mixtape, qui est composée de Boot Up et d’East Atlanta Day, sur laquelle on retrouve les sonorités trap que l’on avait quitté auparavant.

Le morceau le plus important de cette partie est bien évidemment East Atlanta Day qui rassemble Gucci Mane et 21 Savage puisque ce morceau rend hommage à l’Est de la ville d’Atlanta, là où se situe la Zone 6 et dont les deux rappeurs sont issus, mais ce morceau est d’autant plus important qu’il s’agit d’un retour aux sources pour Zaytoven. On sent dans les sonorités de son beat que le beatmaker à voulu recréer l’ambiance de ses premières productions pour mieux rendre hommage à la période où Gucci Mane et lui sillonnaient Atlanta pour vendre leurs mixtapes. D’ailleurs, ce morceau qui est beaucoup plus simple dans la production nous entraine dans la dernière partie, qui se compose de Strong et Mo Reala. Cette dernière partie amène des morceaux que l’on pourrait qualifier de plus personnels dans les thématiques et qui sur les beats sont soit plus mélodiques comme sur Strong, pour mieux correspondre à Lil Uzi Vert, soit plus épurés pour Mo Reala, pour que Future puisse laisser parler son alter égo Future Hendrix. Les deux morceaux abordent essentiellement la solitude que peut créer le succès mais que malgré cette solitude il faut rester fort et surtout être fidèle à soi-même.

Cette mixtape est pour Zaytoven unmoyen à la fois de mettre en avant la trap, le style musical qui l’a révélé au monde du rap, mais surtout un moyen de mettre en avant ses talents de producteur notamment en montrant la diversité de ses beats. C’est grâce à cette diversité dans ses productions que Zaytoven montre à quel point il est un producteur hors-pair et que c’est pour cette raison qu’il a réussi à s’imposer au plus niveau. De plus si Zay s’est imposé comme une figure incontournable dans le paysage des beatmakers, c’est parce qu’il a marqué la trap de son empreinte et qu’il a eu une influence sans commune mesure sur tous les nouveaux beatmakers actuels, un peu comme son compère de toujours Gucci Mane sur toute la nouvelle génération des rappeurs d’Atlanta. Cette mixtape peut surement être vue comme étant une énième mixtape trap, mais c’est bien plus que cela, à la fois une revendication de fierté de faire partie du mouvement trap ainsi qu’une déclaration d’amour à ce mouvement. Si la mixtape se termine sur le morceau Mo Reala ce n’est pas un hasard, puisque si Future dans ce morceau rappelle qu’il est resté fidèle à lui-même malgré le succès cela s’applique aussi à Zaytoven qui est toujours resté fidèle à la trap qui est une partie de lui-même.

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