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VSO, à la recherche de l’été perdu [INTERVIEW]

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VSO est un groupe composé de trois jeunes rappeurs : Alien, Pex et Vinsi, tous originaires de Nîmes (Gard), ville importante du sud de la France. Depuis leurs débuts, il y a plus de cinq ans, les membres du groupe ont tenu à mettre cette ville sur la carte du rap français. Bien que chacun d’entre eux aient occasionnellement sorti quelques morceaux solo, c’est bien par leur alchimie en groupe qu’ils ont réussi à marquer leur emprunte dans le paysage rap francophone. VSO commence à se faire connaître de toute la France à partir de 2014 mais prennent leur envol suite à la sortie de l’EP commun à succès avec leur ami Maxenss : Southcoaster (2017) ainsi que la tournée de concerts subséquente au projet. C’est par ailleurs ce même EP qui a définitivement installé le son du groupe, que nous déjà avions interviewé à l’époque. Depuis, le groupe a sorti deux albums, Kuntsugi (2018) puis Adrénaline (2020) en mars dernier. Le groupe s’est ouvert à d’autres morceaux collaboratifs, dans lesquels figurent Nemir, Lord Esperanza ou encore Kikesa. Plus productifs que jamais cette année, VSO a sorti un deuxième projet vendredi 25 septembre dernier. Nommée Pool Party, cette mixtape est un condensé d’expérimentations, de bonne humeur et probablement le paroxysme de la maîtrise de l’identité VSO.

REVRSE : Nous avons récemment vécu des mois de confinement qui ont, pour ainsi dire, gâché l’été de beaucoup : est-ce que cette mixtape aux sonorités très estivales est une occasion de retrouver cet été 2020 ?

VSO : Du moins de pas le perdre ! On voulait sortir la mixtape avant, mais on n’a pas pu. On l’a faite pendant et pour l’été. On l’a commencée pendant le confinement. On aurait aimé aller plus vite. Là, on sort le projet à la fin de l’été et il fait pas très beau (rires).

REVRSE : C’est à ma connaissance la seule année où vous avez sorti autant de musique. Vous aviez déjà sorti Adrénaline en mars dernier. C’est aussi quelque chose provoqué par le confinement ?

VSO : On essayé de rentabiliser le temps qu’on avait parce que la tournée d‘Adrénaline a été annulée à du Covid. Pendant le confinement, on était chacun chez soi. On avait qu’une envie : se retrouver pour faire de la musique. C’est pour ça qu’après le déconfinement on s’est isolés dans des villas pour faire de la musique.

REVRSE : Ces villas étaient près de Nîmes ?

VSO : c’était dans le sud de la France : une à Montpellier et une en Ardèche… Non en fait c’était pas en Ardèche. Celle-là, elle était à Los Angeles (rires).

REVRSE : VSO est un groupe qui s’est vraiment distingué par ses performances scéniques. Le projet regorge de morceaux qui m’ont semblé au premier abord pensé pour cet exercice, dont Los Angeles justement. Je me trompe ?

VSO : Pas du tout ! C’est d’ailleurs bien que tu parles de Los Angeles, on s’imaginait vraiment sur scène quand nous l’avons écrit. C’est un son clairement pensé pour les festivals. La scène, c’est une partie intégrante de notre identité. Maintenant, on a vraiment la scène en tête quand nous sommes en sessions studio. Ça nous influence vraiment, dans le choix des instrus comme dans l’écriture.

REVRSE: J’aimerais revenir sur la tracklist. Il n’y a aucun featuring, à l’exception de Saan sur le dernier morceau. C’est par choix ou par contrainte ?

VSO : Saan, c’est notre gars. Il fait les prods avec nous, enregistre avec nous, il fait des voix… On est tout le temps avec lui, il s’est enfermé avec nous. Il était déjà présent sur Adrénaline. On l’a mis en feat, il a carrément un couplet. On a beaucoup travaillé à l’américaine, avec quatre producteurs, enfermés…

REVRSE : En séminaire !

VSO : Exactement. On a fait la musique pour la musique, on a travaillé vraiment instinctivement. On a fait ça en deux semaines… On s’est pas vraiment posé la question des featuring. On voulait absolument travailler entre nous. On aimerait collaborer avec énormément de rappeurs mais on n’a pas forcément la démarche de chercher les featuring de nous-mêmes.

REVRSE : Par pudeur ou manque de temps ?

VSO : Un peu des deux ! De toute façon, on bosse vraiment instinctivement. On ne se pose pas vraiment de questions.

REVRSE : Cet aspect instinctif transcende vraiment tout le projet. Pourquoi alors avoir choisi deux morceaux (Johnny Hallyday et Capitaine) en tant que bonus FNAC ? Ont-ils été fait au moment de boucler le projet ?

VSO : Ces morceaux ont été fait pendant la première session. Si tu veux, il y a eu trois sessions. Rétrospectivement, on trouvait Adrénaline un peu long et on voulait faire un projet plus court. On s’est donc arrêtés à 12 titres, on estimait avoir mis nos favoris, mais ça nous faisait chier parce qu’on kiffait quand même vraiment ces morceaux. Quand le label nous a dit qu’on allait faire un partenariat avec la FNAC, on s’est immédiatement dits qu’on allait les caler en fin de projet. En vrai, ces morceaux auraient pu figurer dans le projet à la place d’autres. On a fait au total une trentaine de morceaux, mais on est tombés d’accord sur le nombre 12. On voulait quelque chose de vraiment digeste.

REVRSE : C’est vrai que le projet à ce côté condensé et assez court. Vous dites avoir fait une trentaine de morceaux : que deviennent ceux que vous ne gardez pas sur le projet final ?

VSO : Tu sais, rien n’est vraiment perdu. Sur un morceau qui n’est pas retenu, on peut garder un refrain pour une autre chanson qui sortira plus tard sous une forme totalement différente. Après, c’est à relativiser. On ne garde pas non plus tout. Mais à titre d’exemple, le refrain de Over, sur Adrénaline, a été fait trois ans avant la sortie de l’album. Souvent, c’est des morceaux de couplets, des bonnes rimes.. Le son ne sortira jamais en tant que tel, mais on garde toujours des idées. Après, on a dit 30 morceaux, mais on parle pas de 30 morceaux mixés et masterisés. Ce sont parfois simplement des petites démos.

REVRSE : Il y a en effet peu de titres en comparaison avec Adrénaline, mais la palette musicale m’a semblé beaucoup plus diversifiée : vous explorez beaucoup de pistes instrumentales différentes et à côté de ça vous avez vraiment fait un travail sur vos voix en poussant l’autotune et les mélodies à fond sur ce projet. Par contre, on ne retrouve plus de morceaux comme Pierre Feuille Ciseaux ou Basejump, beaucoup plus bruts, par exemple.

VSO : C’est parce qu’on était à côté de Marseille ça (rires) !

REVRSE : J’allais y venir, vous me coupez l’herbe sous le pied (rires)! J’ai beaucoup pensé au rap marseillais tout au long du projet, je voulais savoir quelle proximité vous aviez avec cette scène-là. Aussi, il y a le morceau Ma Beauté, dont le refrain m’a beaucoup fait penser à Binta de Alonzo. Est-ce un hommage ?

VSO : (rires) Au moment où tu nous poses cette question-là, on est entourés par des Marseillais qui sont en train de nous dévisager  (NDLR: l’entretien avec VSO était par téléphone) ! On fait pas vraiment exprès. On s’est butés au rap Marseillais et Alonzo est un de nos rappeurs préférés. Quand on a fait le morceau Ma Beauté, on s’est pas rendu compte de ça, c’est notre réalisateur qui nous l’a fait remarquer. Du coup, on considère que c’est un clin d’oeil. Après, tu as raison, on a bossé sur Mamamia avec Kakou, un gars qui produit souvent pour Jul. On a globalement travaillé avec les équipes de Jul, Soprano et Alonzo. Puis au-delà de ça, Nîmes n’est qu’à une heure et demi de Marseille !

REVRSE : Sur ce même morceau Mamamia, un bout de couplet est repris en bande avec des backs qui peuvent faire penser à du Naps. J’aurais d’ailleurs bien vu un artiste de cette veine sur le morceau. Vous vous verriez collaborer avec un Marseillais et si oui lequel ?

VSO : Clairement, c’est la vibe ! Naps n’est pas celui qu’on écoute le plus, bien qu’on écoute tout ce qui sort. On a travaillé avec Aresma qui est le compositeur de Soprano. Il est sur le titre LimiteMidi Mode ainsi que Lolita. Ce mec est beaucoup trop fort !  Globalement, travailler avec ce beau monde nous a permis d’affirmer encore plus cette identité du sud.

REVRSE : Cela passe également par la pochette, sur laquelle figure les arènes de Nîmes.

VSO : c’est Pex qui l’a faite.

REVRSE : Cette proximité avec Marseille, je l’ai aussi sentie avec tout le champ lexical de l’alcool, que vous exploitez à fond à la manière des rappeurs phocéens. J’ai le sentiment que c’est quelque chose d’essentiel dans votre inspiration et votre écriture.

VSO : Tu sais, c’est pas bien compliqué : on dit bien que les Inuits ont trois cents noms pour désigner la neige. L’alcool, c’est notre neige (rires).

REVRSE : (rires) Je vois l’idée.

VSO : On raconte ce qu’on vit, on passe notre temps à faire la fête donc on va évidemment parler d’alcool. On a appelé la mixtape Pool Party, parce qu’on a fait la fête absolument tout le temps en séminaire. Tu parlais du morceau qu’on avait posé un peu « à la Naps », on était tous derrière comme des fous au moment de l’enregistrement !

REVRSE : Il y a en effet toujours cette pointe d’alcool dans votre musique et surtout dans ce projet.

VSO : Peut-être qu’on va se remettre en question pour la prochaine tape…

REVRSE : Pourquoi pas la Sobre mixtape ?

VSO : (rires) Ouais, ou Thé à la Menthe Party.

REVRSE : Dans votre écriture, il y a toujours de l’humour.  Même dans certaines chansons comme Midi Mode qui sont assez mélancoliques, la tristesse est toujours contrebalancée avec des images qui donnent le sourire. Ce besoin d’insuffler de l’humour, c’est lié au fait que vous écrivez entre potes ?

VSO : C’est vrai qu’on écrit de plus en plus ensemble. Tu parlais de mélancolie et humour, et il est vrai que sur Midi Mode, il y a vraiment de ça. En réalité, on a quand même énormément rigolé pendant la confection de la mixtape.

REVRSE : Cela se sent, en effet !

VSO : On rigolait énormément. On a un vice entre nous : on aime bien faire les rappeurs pourris et on adore faire des faux freestyles entre nous en lâchant uniquement des rimes éclatées (rires). Nous n’en sommes plus à avoir honte d’une phase.

REVRSE : Ouais je vois l’ambiance. Un type beat sur Youtube et c’est parti (rires).

VSO : Même pas, mec ! Juste en note vocale sur WhatsApp (rires).

REVRSE : Sur les chansons où vous êtes plus intimistes, est-ce que c’est pas dur de vraiment chasser la pudeur pour écrire ?

VSO : En fait, on vit tout le temps ensemble. On a d’ailleurs vécu ensemble pendant trois ans. On rit ensemble, on s’engueule ensemble, on picole ensemble… Finalement, on a plus trop de barrières entre nous. On n’a pas de honte ou de peur de parler de ce qu’on a dans le cœur.

REVRSE : On sent de toute façon à l’écoute de vos titres que les liens que vous entretenez dépassent la musique.

VSO : Après c’est toujours un peu réfléchi. Entre ce qu’on dit et ce qu’on ne dit pas, on sait toujours où est la limite. Il y a aussi des choses qu’on a pas forcément envie de mettre sur disque.

REVRSE : Toute la mixtape sent l’éclate et la bonne humeur. J’ai quand même remarqué certaines prises de positions plus « politiques », notamment une phase sur les gilets jaunes, une autre sur les Ouïghours… Bientôt l’album de rap conscient avec des violons tristes ? (rires)

VSO : Ouais, à fond (rires). À 91 BPM.

REVRSE : Vous allez rapper sur Shook Ones Part. II ?

VSO : Déjà fait ! (rires)

REVRSE : Tant que nous y sommes avec le boom-bap, comment vous voyez avec du recul Hiphopia, sorti il y a cinq ans ? Sur cet album, où figuraient scratches, samples sombres et autres éléments de rap « à l’ancienne ». Vous vous seriez vu cinq ans plus tard sortir un projet comme Pool Party, plein de soleil, d’autotune et d’éclate ?

VSO : Au début, tu fais en fonction de ce que tu sais faire et ce que tu écoutes. On a juste beaucoup évolué depuis, en conformité avec ce que l’on écoute. On écoute beaucoup d’artistes faire des merveilles avec de l’autotune, on se dit alors pourquoi pas nous. Le choix des instrus était bon, mais techniquement, on était moins forts qu’aujourd’hui, c’est clair. Ça a vieilli, mais c’est normal après cinq ans. En revanche, on se serait jamais vus faire un tel projet il y a cinq ans ! On a bien élargi notre horizon. On n’aimait ni la trap, ni l’autotune. Southcoaster avec Maxenss nous a permis de nous ouvrir sur d’autres choses. Pool Party ne ressemble ni au projet le précédant et ne ressemblera pas à celui qui lui succédera. Proposer de nouvelles choses, c’est ça qui nous intéresse. Faire la même recette X fois… C’est pas notre truc.

REVRSE : Ce que vous essayez de me dire, c’est que l’industrie vous a corrompu (rires).

VSO : C’est ça (rires).

REVRSE : Justement, par rapport à Maxenss, vous disiez sur l’émission La Sauce d’OKLM en 2018 qu’il n’avait pas pu être sur Kintsugi par faute de temps. Mais on ne l’a ni retrouvé sur Adrénaline, ni sur Pool Party. C’est encore une fois par faute de temps ?

VSO : Exactement. Cependant, refaire du son avec Maxenss, on l’a fait avec Ah Bah Ouais il y a un an et c’est toujours un plaisir. Néanmoins, lui aussi à ses occupations et son propre univers musical… Bien que nous soyons toujours très proches, on veut proposer ensemble quelque chose de nouveau et pas refaire éternellement la même chanson.

REVRSE : Puisqu’on parle de Maxenss, revenons sur Nîmes. On sait que vous y êtes rencontrés lors d’un cypher dans les rues de la ville. Mais quelle rue était-ce exactement ?

VSO : C’était la rue où se trouve le théâtre Bernadette Lafont.

REVRSE : Au moins ça a le mérite d’être précis ! Pour reconnecter avec ce dont on parlait tout à l’heure, j’imagine que les ferias de Nîmes (NDLR : les ferias sont des fêtes votives annuelles, courantes dans le midi et le sud-ouest de la France), très alcoolisées, ont dû vous inspirer quelques chansons…

VSO : On en parle des fois dans nos textes. On parle de tout ce qui nous entoure en fait. Sans tabous ni mensonges. Après l’idée c’est de trouver l’équilibre entre la fierté d’être de chez nous et le chauvinisme… Faut pas forcer quoi (rires). D’ailleurs, comment se passe la feria de Nîmes (NDLR : l’auteur de l’interview est proche de la ville) ?

REVRSE : Avec le confinement, c’est pas trop ça.

VSO : La feria, c’était mieux avant.

REVRSE : Comme le rap (rires).

VSO : Non. Il sera mieux à la sortie de la mixtape vendredi 25 septembre (rires) !

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