Vince Staples nous embarque à la découverte de Los Angeles

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Imaginez : vous êtes à Los Angeles du côté de Santa Monica, au volant de votre Chevrolet Impala 64 équipées de suspensions hydrauliques assez puissante pour ouvrir la faille de San Andreas, de jantes chromées aussi brillantes que le soleil, une sono digne des meilleures blocks parties, vous pourriez carrément être figurant dans le clip Still Dre. Malgré le fait que l’on soit en novembre le soleil frappe fort et vous profitez de votre toit ouvrant pour engranger le maximum de vitamine D, quand tout d’un coup le trafic en face de vous ralenti et vous oblige à vous arrêter.

Comme tout être humain normalement constitué vous cherchez à savoir ce qu’il ce passe en amont, vous décidez donc d’allumer la radio pour avoir quelques informations mais pas de chances, les embouteillages sont tellement monnaies courantes à Los Angeles que les radios d’informations ne se donnent même plus la peine de communiquer dessus. Exaspéré par le trafic vous cherchez à faire passer le temps en trouvant une station de radio qui passe du bon son, c’est-à-dire du son de la West Coast histoire de faire cracher votre sono dernier cri. Par chance Los Angeles est dotée de nombreuses stations de radios diffusant du rap et après quelques minutes de recherche vous tombez sur un classique de Nate Dogg et décidez donc de restez sur cette station.

C’est à ce moment là que la route se dégage et pour éviter de nouvelles mésaventures, vous décidez d’éviter les grands axes routiers, vous prenez la première sortie et vous vous dirigez vers le sud de la ville avec comme idée de trouver une plage pour vous poser et profitez de cette journée. Le morceau de Nate Dogg vient de se terminer et vous entendez alors la voix de Big Boy, le présentateur radio mythique de la West Coast. En effet vous avez bien fait de choisir cette station de radio, vous êtes tombés sur l’émission Big Boy’s Neighborhood et c’est à ce moment là que Big Boy prononce ces mots « Whatever day, vibe, month it is, it just feels like summer ». C’est à ce moment là que se lance le premier morceau qui vous accompagnera durant votre périple direction le sud de Los Angeles et vous reconnaissez la voix de Vince Staples accompagner de celle de Ty Dolla $ign, c’est décidément un signe du destin et vous continuez de rouler en direction du sud vers Long Beach avec le sourire aux lèvres.

Le refrain de Ty vous est clairement adressé, il parle du toit ouvrant de sa voiture qui attire tous les regards surtout celui de la gente féminine, tout comme votre Impala. Le beat léger à vraiment un parfum d’été mais les paroles de Vince sont des plus crues. En effet le rappeur parle de la violence qui ronge les quartiers défavorisés de la ville et vous comprenez alors que cette ville peut-être à la fois un paradis et un enfer, d’ailleurs Vince le dit si bien avec cette phase : « We gon’ party ’til the sun or the guns come out ». Cette ville peut vous offrir le meilleur comme le pire et les deux artistes le font remarquer très justement grâce à leurs paroles complètement opposées par leur sujet mais si complémentaire (Feels Like Summer). Alors que vous êtes perdu dans vos pensées c’est à ce moment là que vous entendez à nouveau la voix de Big Boy qui vous ramène à la réalité, l’animateur dit qu’il faut profiter de ce beau temps en sortant.

Au volant de votre Impala vous êtes à l’entrée d’Inglewood et vous décidez de vous arrêter chez Randy’s Donuts, pour prendre quelques donuts et un café. Votre commande récupérée, vous décidez de remonter Manchester Boulevard et là, une fois de plus, vous entendez Vince rapper sur une instru qui fait vibrer vos enceintes comme elles n’ont jamais vibré auparavant. En remontant le boulevard vous êtes absorbés par les paroles sombres de Vince qui parle à nouveau de la violence des gangs sur un beat cette fois-ci festif et avec un refrain entêtant. Tout en écoutant la chanson vous croisez Crenshaw Boulevard, vous vous rappelez alors du film Boyz n The Hood et la scène de la confrontation avec la fameuse réplique « We got a problem here ? » d’Ice Cube dans la peau du personnage de Doughboy. C’est alors que les paroles de Vince prennent tout leurs sens, notamment lorsqu’il dit « Nighttime, who ’bout to die? », vous comprenez que le simple fait d’être dehors peut signer votre arrêt de mort surtout si vous menez la vie de gangbanger.

Tout en remontant Manchester Boulevard vous tombez sur le restaurant Roscoe’s House Of Chicken And Waffles, bien évidemment vous décidez de vous y arrêter pour tester leurs célèbre manchons de poulet frit servis avec des gauffres et du miel. Une fois bien rassasié vous reprenez votre voyage en vous dirigeant vers Compton, pour ça vous passez par le quartier de Watts et alors que vous admirez les Watts Towers la radio passe un nouveau son de Vince avec la participation du MC de Watts, Jay Rock qui est au refrain. Le morceau est une vraie réussite, Jay Rock balance un refrain parfait qui est le portrait de Vince et ce-dernier adopte un flow précis qui est adapté à la perfection à l’instru.

 

Dans ce morceau Vince parle de ces accomplissements comme par exemple le fait d’avoir ramené Kendrick Lamar lors de sa performance à Coachella en 2018 ou encore d’avoir acheté une maison pour sa mère. Ce morceau n’est pas qu’une ode à sa réussite, mais aussi au fait que Vince restera fidèle à lui-même malgré cette réussite et on le comprend grâce au refrain. Comme le morceau avec Ty, la complémentarité couplets-refrain permet de mieux comprendre Vince et la vie qu’il mène aujourd’hui et qu’il a mené (Don’t Get Chipped). En arrivant dans Compton la radio passe une instru sombre, pour vous faire comprendre que ce n’est plus moment de rire. Tout d’abord Vince raconte dans le refrain l’histoire d’un homme qui est sur le point de se faire arrêter par la police alors qu’il a en sa possession un pistolet ; « got blurped with the hammer » ; mais au lieu de se garer sur le côté l’homme décide de s’échapper du contrôle de police. Dans le premier couplet le rappeur raconte comment l’homme du refrain réussi à séduire une femme et dans le second couplet Vince raconte que l’homme est en prison pour un vol de voiture, que la femme qu’il a séduit est devenu maman et qu’il est possible que l’homme reste un petit moment en prison puisqu’unautre criminel s’est vu offert une réduction de peine s’il dénonce le nouveau père pour d’autres actes criminels (Relay). La tension de ce titre est palpable, surtout lorsque l’on traverse Compton, mais très vite la radio reprend ses droits et on entend Ayyde Vargas, une animatrice radio faisant partie de l’équipe de Big Boy, rappeler qu’il y a un jeu à la radio pour gagner des places pour un concert de la chanteuse Kehlani.

➡ De Compton à North Long Beach

C’est en sortant de Compton que la radio joue un extrait d’un nouveau morceau d’Earlsweatshirt, vous avez à peine le temps d’apprécier la technique du rappeur tant l’extrait est court mais ce que vous avez pu entendre est vraiment intéressant, pour vous consoler, vous vous dites que vous entendrez le morceau en entier au cours de la journée (New Earlsweatshirt Interlude). Vous êtes alors sur Atlantic Avenue vous dirigeant vers les quartiers Nord de Long Beach et la radio passe un beat à vous donner la chaire de poule tant il est sombre mais dont le refrain est des plus entrainants, les speakers de votre sono crachent à plein poumon des « RUN THE BANDS, RUN THE BANDS » et vous hochez la tête à vous en briser la nuque. Le beat se calme alors et vous reconnaissez la voix de Vince qui commence son premier couplet et c’est alors qu’une phase du rappeur vous donne le sourire « car so big it’s haunted ». En plus de la référence aux voiture Rolls Royce, elle peut s’appliquer à votre magnifique Impala (Run The Bands). En faisant un détour par Ramona Park vous entendez Big Boy demandez à un de ses co-animateurs ce qu’il trouve d’amusant et vous tombez alors sur une block party. Bien évidemment vous vous arrêtez pour assister au spectacle, le DJ passe la dernière collaboration entre Vince Staples et E-40 et le moins que l’on puisse dire c’est que le morceau est vraiment entrainant.

Dans le refrain Vince dit qu’il veut juste s’amuser, passer du bon temps : « we just wanna have fun, we don’t wanna fuck up nothin’ ». Les paroles de ses couplets rappellent une fois de plus avec quelle rapidité n’importe quel événement de ce type peut prendre une tournure tragique comme lorsqu’il dit « Ricky in the alley, adiós », où il fait clairement référence au film Boyz n The Hood et à l’assassinat du personnage Ricky dans une ruelle par une bande rivale… Tout en rappelant juste après qu’il ne veut pas en arriver jusqu’à là en disant : « but we don’t want the smoke ». Le couplet de hype man de E-40 fait clairement le travail, tout le monde s’ambiance dessus (FUN!).

La fête bat son plein quand tout d’un coup vous entendez des coups de feu au loin, vous décidez de ne pas vous éterniser dans les parages et remontez dans votre voiture. Vous descendez alors Lakewood Boulevard un peu sur vos gardes et la radio passe une annonce pour vous rappelez que vous écoutez toujours l’émission Big Boy’s Neighborhood et qu’il est toujours temps de participer au jeu concours pour obtenir des places de concert. Mais vous avez à peine le temps d’enregistrer le numéro que la radio enchaine avec une nouvelle chanson. Le beat commence sur un tambour avec un rythme militaire puis les basses font leur entrer et enfin le refrain arrive et il s’applique parfaitement à votre situation « Head on the swivel, no bleedin’ me ». Le refrain est fait en harmonie entre Vince et la rappeuse Kamaiyah, qui par ailleurs pose un couplet impressionnant tout en gardant son flow qui parfaitement adapter au beat. Le morceau aborde le sujet des drive-by, le refrain dit qu’il faut toujours être sur ses gardes et regarder dans tous les coins car on ne sait jamais de quels côtés viendra le danger tandis que les couplets des deux rappeurs montrent qu’ils n’ont pas peur d’utiliser le moyen du drive-by pour résoudre certains problèmes avec leurs ennemis (No Bleedin). Le morceau est à peine fini que l’on entend à nouveau Ayyde faire la promotion d’un nouveau son de Tyga en lâchant un extrait de 20 secondes qui malgré sa courte durée vous hype au maximum, Tyga fait toujours la même chose depuis ses débuts mais il le fait bien et il est bien revenu de sa traversée du désert (Brand New Tyga Interlude).

Vous êtes alors sur East Carson Street et vous vous engagez sur Cherry Avenue, la dernière ligne droite avant la plage. Et enfin ça y est, le jeu pour gagner des places de concert a lieu, un certain Christian est au téléphone, Big Boy lui explique le jeu, il doit en 7 secondes trouver 7 personnes célèbres dont le prénom commence par la lettre V. Malheureusement pour lui, Christian ne trouve qu’une seule personne, vous vous demandez surtout comment il n’a pas pu penser à Vince Staples alors qu’énormément de ses chansons viennent de passer à la radio. Vous sentez l’air marin se faire de plus en plus fort, la plage n’est plus très loin, la radio diffuse alors un son calme presque reposant où Vince devient introspectif et qui est ironiquement accompagné par la chanteuse Kehlani. Cette chanson douce permet à Vince d’étaler ses problèmes, de la perte de ses amis à cause de la violence des gangs, pourquoi il n’a pas pu assister aux funérailles d’un de ses amis, la trahison de certains proches mais que malgré ça il cherche à aidé tout le monde « Tryna get rich, get everybody fed » même si tout le monde à disparu « But everybody dead » mais comme le dit Kehlani dans le refrain « I’m tweakin’ ». Ce morceau est un patchwork d’idées sombre qui permet juste à Vince d’extérioriser ses peurs, ses doutes, sans pour autant avoir un lien entre elles (Tweakin’).

Ce morceau à la saveur douce-amère vous accompagne alors que vous roulez sur East Ocean Boulevard à recherche d’une place pour vous garer, par chance vous en trouvez une pas très loin. Juste avant de couper le moteur, vous entendez une dernière fois la voix de Big Boy mais vous n’y faites pas attention, vous sortez de votre Impala et vous dirigez vers la plage en vous disant que c’était une bonne journée.

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