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Swing, concevoir la musique comme un apprentissage [Interview]

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Début 2018, Swing faisait ses débuts en solo après trois projets avec son groupe L’Or du Commun (L’Origine, L’Odyssée, Zeppelin). Avec Marabout, le public découvrait un artiste à la sensibilité très prononcée, très influencé par des artistes à fort ADN musical : Snoop Dogg, Doc Gyneco… Un petit succès à son échelle, qui sera suivi quelques mois plus tard par Sapiens, un nouvel album commun avec ses confrères Loxley et Primero. Deux ans après Marabout, Swing est de retour sur le devant de la scène avec une proposition très différente, plus chantée, plus proche que jamais de la soul et de la pop à une ère où les cloisons entre les genres musicaux sautent une à une. La raison de cette évolution, c’est avant tout la conception de la musique qu’il entretient, celle d’un long processus d’apprentissage qui guide chaque artiste vers des horizons inédits. Avec ALT F4, Swing emmène son public vers de nouvelles esthétiques, notamment grâce à sa collaboration poussée avec le duo Crayon et Duñe, mais aussi au travers de titres en commun avec Nemir et Angèle. Interview avec un artiste unique à la vision en évolution constante…

REVRSE : Début 2018, tu sortais ton premier solo Marabout. Une étape décisive de ta carrière ?

Swing : Oui vraiment ! Voir que deux ans après encore, on me parle encore de certains sons c’est beaucoup plus que tout ce à quoi je m’attendais. Je pense notamment au morceau Rivage qui, je trouve, me représente vraiment…

REVRSE : Cette proximité temporelle des retours au eu un impact sur la conception d’ALT F4 ?

Swing : Non, pas vraiment, car entre Marabout et ce projet il y a eu Sapiens, l’album que j’ai conçu avec mon groupe L’Or du Commun. Je ne me suis pas directement mis à travailler sur ALT F4 après la sortie du précédent donc il ne m’a pas directement influencé. Surtout que entre temps, mes influences musicales ont pas mal changé.

REVRSE : C’est vrai qu’on sent un vrai tournant sur ce projet, qui est beaucoup plus chanté que Marabout… Qu’est ce qui a changé ?

Swing : Ce qui a changé en premier lieu c’est surtout mon entourage musical. J’ai rencontré énormément de nouveaux producteurs notamment Duñe et Crayon [ndt : IndélébileSoonS’en aller] qui eux ne viennent pas du tout du hip-hop et font une musique avec d’autres influences, notamment la soul. Surtout, pour faire ce projet j’ai décidé de m’ouvrir le plus possible et de tenter de nouveaux trucs.

REVRSE : Sur le projet, la majorité de tes couplets rapés interviennent à des moments où tes invités prennent le relais du chant. Ce pont entre pop et rap que beaucoup d’artistes commencent à faire, qu’est quelque chose qui t’intéresse ?

Swing : J’ai essayé de me poser le moins de questions et de partir l’esprit libre, c’est même pas volontaire ! Et en vérité je reste quand même très attaché au rap. J’aime vraiment chanter, comme par exemple le refrain du titre avec Angèle où on dirait même pas que c’est moi, puis enchaîner avec un couplet rapé à la voix grave.

REVRSE : Parmi tes thèmes favoris, celui de l’amour et de la déception est certainement le premier de la liste…

Swing : C’est des thèmes universels qui parlent à tout le monde. La déception amoureuse, la perte d’un être cher, quelque part c’est même des situations qui me fascinent pour le côté reconstruction qui suit, ce moment où tu dois t’en remettre et montrer que t’es plus fort que ça. C’est à la fois triste et beau.

REVRSE : Malgré sa courte durée, c’est un projet très dense sur le plan de l’introspection, où tu te poses énormément de questions.

Swing : De manière générale, je suis quelqu’un qui se pose pas mal de questions et ça me fait du bien de les écrire, je dirais même que ça me fait grandir. C’est vraiment quelque chose qui me correspond. Ce qui n’empêche pas que je peux très bien être amené plus tard à faire des morceaux plus egotrip et moins prise de tête mais sur cet EP ça aurait cassé l’atmosphère.

REVRSE : Le premier extrait du projet, N, détonne un peu du reste de projet au niveau de la couleur musicale. Une volonté de surprendre le public ?

Swing : Avant tout, c’est surtout un morceau très important pour moi. C’est le premier son que j’ai posé et le premier que je voulais sortir. Même s’il est différent au niveau de la forme, c’est son fond mélancolique,sombre qui a découlé sur le reste du projet. Et revenir avec ce morceau là directement, ça revient à mettre les deux pieds dans le plat directement de par son côté impactant.

REVRSE : Une autre composante intéressante du projet, c’est ta volonté d’amener des voix qui soient identifiables sur les collaborations.

Swing : Indélebile c’est en écoutant le refrain que j’avais fait que j’ai eu la voix de Nemir dans la tête. Soon c’est parce que j’ai collaboré avec Duñe et Crayon pour la compo de trois des tracks du projet. Quand on était en studio ensemble, Duñe a proposé une mélodie qui m’a plu : j’ai proposé qu’il pose lui-même. Pour Angèle, c’est en écoutant la version originale que je m’imaginais une chanteuse avec une voix assez douce au refrain… J’ai tout de suite pensé à elle.

REVRSE : Travailler avec des compositeurs qui sont aussi capables de chanter, ça t’a aidé à enrichir ta palette avec des toplines ?

Swing : Non, en général ils créent les prods en studio, j’écris sur place et je pose au moins le refrain. Donc en général on trouve les mélodies ensemble Duñe et moi. Mais je ne suis pas fermé aux toplines pour autant.

REVRSE : Est-ce que tu t’es autorisé sur ALT F4 des choses que tu t’étais interdit sur Marabout ?

Swing : Pas vraiment, c’est juste que ma créativité était limitée par ce que je savais faire, et plus tu apprends des choses plus tu te permets d’en tester d’autres. C’est probablement pour ça, par exemple, que je chante plus sur ce projet, je sens que je peux encore progresser dedans et c’est vraiment ce que je préfère dans la musique, le processus d’apprentissage qui ne se termine jamais. Par exemple en termes d’interprétation, j’aurais jamais pu faire un morceau comme N avant car j’en avais pas les capacités.

REVRSE : L’interprétation, c’est un point central dans le processus créatif pour toi ?

Swing : Clairement. Souvent le débat tourne autour du fond contre la forme alors qu’en vérité ce qui joue c’est surtout l’interprétation. Un mec comme Gambi ou Koba par exemple si n’importe qui pose comme eux avec le même flow ça ne rendra pas aussi bien parce qu’il n’a pas leur interprétation. Pour moi le maître de l’interprétation c’est Kendrick, lui et sa clique c’est vraiment des scientifiques du son !

REVRSE : D’ailleurs, qu’est-ce qui a retenu ton attention au niveau des sorties de ces derniers mois ?

Swing : J’écoute très peu de rap français. J’écoute pas mal de Baby Keem et Le dernier James Blake m’a clairement retourné le cerveau. Il y a vraiment un côté plus trap dans ce qu’il fait. Sinon, des mecs comme Daniel Caesar ou AfterTheParty…

REVRSE : Sur ton prochain projet, on peut s’attendre à un titre en commun avec le reste du groupe ?

Swing : Déjà on se concentre sur notre prochain projet et puis le souci c’est qu’on arrête jamais de bosser. Comme on travaille toujours ensemble pour le projet en commun, on pense pas forcément à garder un son pour le projet de l’autre donc on verra. En tout cas je vais essayer de quand même rester actif et de ressortir un autre solo dans l’année !

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