Pourquoi l’album de Slim Jxmmi est meilleur que celui de Swae Lee ?

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Après Culture II, l’autre album blockbuster de l’année est signé Rae Sremmurd. Outre ses featurings de prestige à foison (Future, Young Thug, Pharrell, The Weeknd, etc.), SR3MM est doté d’une particularité : il est un triple album composé d’un album de Rae Sremmurd puis de deux albums solos, respectivement Swaecation et Jxmtro pour Swae Lee et Slim Jxmmi. Inspiré par Speakerboxxx/The Love Below, double album d’un des duos les plus prestigieux du rap, à savoir OutKast, SR3MM est l’occasion pour les deux frères de débuter en solo sur un long format. Toutefois, la filiation entre ces deux œuvres ne s’arrête pas là. Des deux solos d’OutKast, celui d’André 3000, résolument plus pop que Big Boi, s’est vu beaucoup plus attendu que celui de son acolyte. Cette tendance s’est reproduite sur SR3MM : Swaecation a bénéficié de plus de lumière que Jxmtro. Depuis le début de l’aventure Rae Sremmurd, le petit frère, Swae Lee, est la coqueluche du public. Sa science du refrain, sa capacité de passer du rap à un chant angélique et son côté inéluctablement pop font de lui un artiste complet, apte à séduire un large pan du public. Pourtant, des trois disques composant le triple album, celui signé par Slim Jxmmi est probablement le plus intéressant : au contraire de son frère, il s’est montré imprévisible pour un album de neuf morceaux explorant de multiples registres.

➡ Un rap perfusé à l’adrénaline et un virage discret mais réussi vers l’horrorcore de la Three 6 Mafia

Les fans du duo du Mississipi s’attendaient à un solo de Slim Jxmmi exaltant, transpirant d’adrénaline et lourd d’obscurité. En effet, déjà le rappeur s’illustrait sur de précédents morceaux du groupe emplis de tension à travers Start A Party ou Shake It Fast. Son énergie infinie insuffle aux morceaux et à la musique de Rae Sremmurd une explosivité et une fougue adolescente. Sur Jxmtro, Chanel et Brxnks Trunks, les deux singles de l’album, s’inscrivent dans vcette tendance tout en opérant un subreptice virage vers le son horrorcore de la Three Six Mafia – groupe mis à l’honneur dans le plus gros single de SR3MM, Powerglide. Brinks Trunks est un véritable défouloir : le rap de Slim Jxmmi, déchaîné, animé d’une rage démesurée, rappelle la scène juvénile de Miami construite autour de XXXTentacion, Smokepurpp, Lil Pump et Ski Mask The Slump God. Quant à Chanel, ses basses tonitruantes et sa mélodie sinistre évoquent sans ambage le son lugubre de la Three Six Mafia, influence notoire du rappeur. Le morceau dévoile un refrain de Slim Jxmmi susurré, rompant avec l’apocalypse esquissée par l’instrumentale cauchemardesque, alors que Pharrell nous gratifie d’envolées lyriques d’une glaçante folie.

Cette influence néfaste, il l’approfondit à travers d’autres morceaux. La boucle de piano infernale et angoissante de Players Club – qui rappelle celle de Watch Out de 2 Chainz – révèle la terrifiante lubricité de Slim Jxmmi doublée d’un egotrip insolent. Puis, Mike Will, l’homme à qui l’on doit la genèse de Rae Sremmurd, allie Slim à Trouble, rappeur également signé sur son label Ear Drummers avec lequel il a publié l’excellent Edgewood plus tôt dans l’année. Ensemble, ils signent No Cap, un morceau trap agressif dans lequel Trouble distille sa nonchalance à toute épreuve. Si les singles laissaient présager un Slim Jxmmi épanoui dans sa zone de confort, le featuring surprenant avec Pharrell semait en fait les premières graines d’un album finalement beaucoup plus ambitieux. Sur Anti Social Smokers Club, il entraîne Zoë Kravitz dans le feu ardent de sa fougue. La fille du célèbre rockeur, loin d’être effrayée, n’a besoin que de deux mesures pour s’acclimater à la production et délivre un couplet sombre et diablement efficace à la fois. Poussée dans le précipice par Slim Jxmmi, possédée par son euphorie destructrice, la chanteuse et actrice dévoile une nouvelle facette de ses talents.

Voyage avec Trouble dans les profondeurs d’Atlanta

Bien que conscient de l’efficacité de son rap énergisant qui dégage une allégresse contagieuse et enivrante, le rappeur, désireux d’exploiter au maximum son potentiel, offre avec Jxmtro un large panorama de ses aptitudes. En effet, au-delà du rap noir, son album est composé de teintes tout autres.

➡ La victoire sur le terrain du chant, ou comment Slim Jxmmi a créé un album électrique et puissant

Slim Jxmmi s’est montré souverain là où on l’attendait le moins : le chant. Cette aptitude nouvellement maîtrisée ajoute une corde à son arc. Sur Changed Up, il signe un refrain chanté d’une voix enrouée par la solitude, décuplant l’émotion qui imprègne le morceau. L’instrumentale, une langoureuse mélodie de guitare, dévoile le rappeur susurrant à la gloire de sa richesse, sa clameur éteinte par une profonde mélancolie. Puis, sur Keep God First, il pose sur une production semblable à celles de Frank Ocean sur Blonde. Le démon qui, sur les singles, laissait parler son côté obscur, un horrible rictus aux lèvres, se mue en crooner qui, entre deux arpèges de piano, emprunte une voix éraillée et charismatique en chantant son amour pour Dieu et ses proches. Par ce morceau, il élève la dualité qui pétrit son album à son paroxysme : Jxmtro est quelque part entre la haine et l’ataraxie, entre l’Eden et le Styx.

Ces deux morceaux confèrent une dimension autrement plus grande au personnage de Slim Jxmmi. Alors que l’on aurait pu redouter un essai unidimensionnel, Slim Jxmmi a surpris en proposant en neuf titres un album éclectique, géré d’une main de maître par Mike Will et consorts. L’avènement de Jxmtro s’opère sur Growed Up, le morceau de clôture de l’album. Sur un sample de Show Me a Good Time, un titre suave de Drake issu de So Far Gone, le rappeur du Mississipi exprime à travers cette douce apothéose un épanouissement et une maturité artistique. Le refrain s’articule autour d’un leitmotiv, « Young, young nigga done growed up ». Mielleusement, sur une production lumineuse de Mike Will et Marzerati, Slim Jxmmi chante sa transcendance, sa métamorphose.

Slim Jxmmi referme son disque sur une fierté : celle d’avoir grandi. Jxmtro, aussi court qu’il soit, transmet deux choses. Tout d’abord, à travers la dualité de sa musique donne une prestance, un relief sans précédent au personnage de Slim Jxmmi. Celui qui était autrefois le simple rappeur bourré de testostérone contrastant avec la pureté angélique de Swae Lee a su abolir les barrières dans lequel le public le cloisonnait. Surtout, Jxmtro est l’expression d’un artiste qui semble épanoui de voler de ses propres ailes.

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