albums rap décennie

Les 50 albums rap qui ont fait la décennie 2010

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En musique, l’exercice du classement est d’autant plus difficile qu’il est souvent imprécis. Plusieurs critères peuvent entrer en compte : la qualité évidemment, mais aussi le succès commercial, l’influence qui ne lui est pas nécessairement corrélée… D’autant que chaque type de projet répond à des critères différents en termes de qualité. Pour pallier à ces incertitudes , mais aussi pour en simplifier la lecture, nous avons décidé de diviser ce classement des 50 albums rap de la décennie en cinq catégories de dix projets. Nous avons ainsi décidé de distinguer les albums (EPs, LPs) des projets hors-albums (mixtapes, street albums), et les projets francophones des projets internationaux. À notre grand regret, l’international reste très largement dominé par les États-Unis qui bénéficient d’une influence accrue dans le monde et d’une éthique de travail globalement supérieure pour ce qui est des musiques urbaines. À noter également que certains projets sont récurrents et apparaissent dans plusieurs sous-classements, c’est le cas d’Or Noir de Kaaris et de Futur de Booba qui brillent à la fois par leur qualité intrinsèque et leur influence commune sur l’importation de la trap et de la drill dans l’hexagone.

Les 10 meilleurs albums français de la décennie

10. Alpha 5.20 – Scarface d’Afrique (2010)

Ce dernier album de la carrière d’Alpha 5.20 ouvre avec violence la nouvelle décennie. Tout juste sorti de prison, le leader du Ghetto Fabulous Gang s’enferme seul au studio et déverse des torrents de rancoeur dans Scarface d’Afrique. Ce qu’il qualifie de projet exutoire et thérapeutique aura pris au total trois années à être conçu, mais il reste à ce jour son plus complet, notamment dans la portée politique du propos, et son plus fort. Pour illustrer la part de lui qu’il inscrit dans chaque mot, Alpha 5.20 reproduit l’affiche choc de Sonatine (Takeshi Kitano) : un homme debout, calibre collé sur sa tempe.

9. Timal – Trop chaud (2018)

Issu d’une nouvelle vague de rappeurs français associant leur succès à des signatures vocales distinctives, Timal s’impose rapidement comme l’une des têtes d’affiches de la scène du 77. Authentique dans son propos et dans son univers visuel, le rappeur de Champs-sur-Marne va prendre la critique de court avec Trop chaud, un premier album construit avec précision et justesse qui met en regard la dureté de ses textes et de son timbre de voix et des titres plus ouverts musicalement. Malgré sa jeunesse, Timal démontre avec ce projet sa capacité à perdurer et à donner à son art une dimension très intimiste

8. Siboy – Spécial (2017)

Inattendu, Spécial est l’oeuvre d’un concours de circonstances favorables : le bon artiste, au bon endroit, au bon moment, entouré par la bonne équipe. Dans ce premier album, Siboy exorcise ses démons dans des textes bourrés d’images évocatrices et rythmés par des gimmicks hurlés complètement inédits. Difficile d’accès mais dense, Spécial offre à l’auditeur une promenade dans un monde orange où la cagoule se transforme en un symbole à part entière au-delà de sa fonction première. Une belle réussite, un projet qui sort des chantiers battus mais arrive quand même à bon port sans encombres.

7. SCH – Deo Favente (2017)

Après Anarchie, son projet le plus grand public dans la construction et les sonorités, SCH se penche sur un nouveau projet plus personnel. Solennel, Deo Favente se présente comme une compilation de singles de registres très différents qui parvient malgré tout à conserver une cohérence et une couleur commune. Un exploit qui fait de ce projet souvent mis de côté l’un des plus importants de la carrière du rappeur d’Aubagne. L’esthétique de Deo Favente, guidée par une illustration de Koria renvoyant à l’imagerie de la Rome impériale, met SCH en scène dans une posture à la fois majestueuse et torturée qui donne un fil conducteur au projet.

6. Lacrim – Corleone (2014)

Pour son premier album studio, Lacrim décide de frapper un grand coup. Il s’entoure de Kore et Bellek, avec qui il travaillera par la suite sur les mixtapes R.I.P.R.O, et livre quinze titres solides faisant la part entre l’énergie brutale de ses débuts et ses ambitions commerciales. Pour appuyer son image de figure montante inébranlable, il décide d’inviter Lil Durk et French Montana sur deux des meilleurs collaboration franc-étasuniennes de la décennie. L’ensemble est soigneusement pensé, mis en valeur par des productions variées et taillées sur mesure pour le flow crié et l’univers hors-normes de Lacrim.

5. Booba – Futur (2012)

Avec Futur, Booba parachève l’évolution entamée quatre ans auparavant sur le laboratoire 0.9. Le rappeur de Boulogne simplifie sa plume à l’extrême et adopte des productions trap signées Therapy qui s’accordent à la perfection avec son flow lent et puissant. En l’espace de 25 titres, il préfigure les tendances qui percuteront de plein fouet le rap français durant les années qui suivront et donne par la même occasion tout son sens au titre du projet. Booba dévoile de titre en titre une palette de registres entre rap de rue et pop urbaine et signe l’un de ses projets les plus aboutis visuellement.

4. Kaaris – Le bruit de mon âme (2015)

Après avoir livré les deux premiers volumes d’Or Noir, Kaaris décide de donner une nouvelle teinte à sa musique dans Le bruit de mon âme. Malgré sa réception mitigée, ce second album du rappeur de Sevran est le réceptacle d’une des évolutions les plus maîtrisées de la décennie. Sa drill ultra-violente se teinte alors de sonorités plus douces et de couplets chantés, sans pour autant perdre en puissance, ni même en justesse du point de vue de l’écriture. Moins grivois et rabelesque, plus introspectif, Le bruit de mon âme ouvre avec brio une nouvelle page de la carrière de Kaaris.

3. PNL – Deux Frères (2019)

Avec Deux Frères, le duo PNL livre sa pièce maîtresse. Maîtrisé de bout en bout, ce troisième album studio réalise une synthèse de ses prédécesseurs, le sobre Le monde Chico et l’inoubliable Dans la légende, tout en portant la musicalité de ses auteurs bien au-delà du cloud rap dont elle s’inspire. Musicalement, esthétiquement, chaque élément semble travaillé avec un soin minutieux pour s’inscrire dans un tout cohérent artistiquement. L’ensemble repousse les limites de son registre, renoue avec l’énergie des premiers titres de PNL tout en poursuivant la lente plongée mélancolique entamée quatre ans auparavant.

2. Despo Rutti – Convictions suicidaires (2010)

Despo Rutti clôture une décennie passée autant qu’il en inaugure une nouvelle avec cet album atypique en bien des aspects. Perclus de souffrances face à une réalité difficilement soutenable, presque égaré dans un chaos de pensées, Convictions suicidaires prend forme grâce à la plume acérée de son auteur, qui décide de porter haut et fort les maux de sa génération… Sans jamais se censurer. Malgré la noirceur qui émane de ses textes, Despo Rutti parvient à trouver l’espoir dans l’introspection et un rapport presque mystique à la religion, livrant au passage l’un des projets les plus singuliers de la décennie.

1. Kaaris – Or noir (2013)

Après deux mixtapes plus confidentielles, Kaaris fait son entrée en grande pompe dans le rap français avec Or noir en 2013. Ce premier album studio, malgré son apparence brute de décoffrage, est en fait peaufiné dans les moindres détails et offre à l’auditeur un univers hardcore presque caricatural appuyé par une plume surprenante, des productions choc de Therapy et une imagerie quasi-cinématographique en noir et blanc. Six ans plus tard, Or noir n’a rien perdu de sa vigueur des premiers jours et s’impose presque inévitablement comme le projet majeur de la décennie pour le rap français, à tous les niveaux.

Les 10 meilleures mixtapes françaises de la décennie

10. XV Barbar – Instinct animal (2014)

Dans le sillage d’Or Noir, une flopée d’artistes adaptent la drill de Chicago aux spécificités du rap français. Parmi eux, les rappeurs du groupe XV Barbar se ménagent une place confortable, notamment grâce au succès de la mixtape gratuite Instinct animal. C’est l’une des rares mixtapes du classement à entretenir, avec brio, la tradition des faces B (808 Mafia, DJ L, King LeeBoy). C’est également un projet cohérent dans sa construction, bourré d’énergie et de couplets kickés avec application qui donnera naissance un an plus tard à l’excellent album Le gun ou la rose.

9. Ninho – M.I.L.S 2.0 (2018)

Si les albums de Ninho prennent des allures de blockbusters calibrés pour occuper le sommet des charts, c’est dans ses mixtapes que le rappeur exprime le mieux sa palette artistique et se risque, quelquefois, à des expérimentations loin d’être dénuées d’intérêt. Après les très bons I.S.P.A.C 2 et M.I.L.S, il réalise un exercice d’équilibriste sur M.I.L.S 2.0 en essayant de combiner l’identité mainstream développée sur Comme prévu à l’ADN plus authentique de ses mixtapes précédentes. Le résultat est remarquable et se classe haut la main parmi les meilleurs projets de 2018, mais aussi parmi les projets hors-albums les plus marquants de la décennie.

8. Lacrim – R.I.P.R.O Volume I (2015)

Après avoir approfondi leur relation sur Corleone, Lacrim, Kore et Bellek se retrouvent pour deux mixtapes qui vont changer durablement le visage du rap de rue à la française en l’introduisant dans les clubs et les chichas grâce à des productions d’influence house kitsch mais efficaces et parfaitement adaptées à l’univers exubérant du rappeur. Près de cinq ans après sa sortie, R.I.P.R.O Volume I s’impose encore comme une mixtape de référence des années 2010 et comme un projet majeur de Lacrim, qui va donner un coup d’accélérateur à sa carrière grâce à une guestlist XXL digne d’un album (Migos, Gradur, SCH, Nessbeal).

7. Rim’K – Monster Tape (2016)

Quatre ans après Chef de famille, le tonton du rap français remet les couverts avec une mixtape surprenante dans laquelle il expérimente les sonorités de la nouvelle génération de rappeurs. On retrouve ainsi sa voix rauque tour à tour aux côtés de Lacrim, Lartiste, Alonzo, Rich Homie Quan et Nekfeu sur des productions trap… Et contre toute attente, l’alchimie prend ! Malgré ses imperfections, ce projet signe la première étape d’un des comebacks les plus réussis de l’histoire du rap français et d’un run d’albums de haute facture (Fantôme, Mutant). Une mixtape inattendue mais incontournable de la décennie écoulée.

6. Alkpote – L’Orgasmixtape (2014)

L’Orgasmixtape se situe entre deux. Entre deux phases du rap français des années 2010, mais aussi entre deux passages de la carrière de son auteur Alkpote. Premier fruit de sa collaboration avec DJ Weedim, cette mixtape propose un juste milieu entre l’ADN crasseux du label Néochrome (Joe Lucazz, 25G, Zekwé) et sa transition artistique vers un personnage quasi-parodique et des productions influencées par la scène d’Atlanta, ainsi qu’un rapprochement avec le duo Butter Bullets. Première pierre de l’actuel succès du rappeur d’Évry, L’Orgasmixtape figure sans contestes parmi les projets les plus mémorables de sa carrière, en tous points.

5. 13 Block – Violence urbaine émeute (2016)

Inattendu, Violence urbaine émeute est le premier véritable projet du quatuor sevranais 13 Block après XIII, une première tentative prometteuse mais brouillonne diffusée sur DatPiff. D’emblée, les rappeurs du groupe s’imposent parmi les meilleurs trappeurs français avec des productions à l’américaine, un invité de marque en la personne de Gino Marley (Glory Boyz) et des prises de risques particulièrement réussies : Vrai n*gro, Dans mon étrangère… 13 Block capture l’essence de la drill de Chicago et la transpose au quotidien d’une plaque tournante du trafic de drogues en Seine Saint-Denis. Une mixtape choc qui mettra Stavo (ex-DeTess), OldPee, Zefor et Zed sur la carte une bonne fis pour toutes.

4. Booba – Autopsie 4 (2011)

À mi-chemin entre trap et dirty south, ce quatrième volume de la série de mixtapes emblématique Autopsie est l’occasion pour Booba de mettre en avant une flopée d’artistes qui marqueront tour à tour la décennie : Niro, Shay, Kaaris… Une dream team pour un projet choc et certainement la meilleure mixtape de la carrière du rappeur de Boulogne. C’est également son projet le plus street dans l’identité, qui ancre son rapport aux Antilles déjà illustré par plusieurs clips auparavant. Avec Autopsie 4, Booba frappe un grand coup dans le rap français et remet les pendules à l’heure un an avant la sortie de Futur.

3. Niro – Paraplégique (2012)

Après trois années passées à se construire une réputation en jonglant de compilation en mixtape, Niro débarque en 2012 avec l’inoubliable Paraplégique. Projet majeur de la trap française au même titre que Futur de Booba, cette mixtape dresse en l’espace de 27 titres le portrait d’un rappeur bourré de talent, authentique jusqu’à la moelle et à la plume acérée. Encadré par l’équipe de Street Lourd (DJ Mosko, Teddy Corona et Mista Flo) et mis en valeur par des instrus choc de Therapy, Blastar ou encore Cannibal Smith, Niro s’impose d’emblée comme un poids lourd du rap français.

2. Kaaris – Z.E.R.O (2012)

Révélé par son passage sur Autopsie 4 et un an avant la sortie d’Or noir, qui deviendra son projet de référence pour le meilleur et pour le pire, Kaaris se dévoile dans une mixtape plus que prometteuse. On y retrouve les principales caractéristiques du Kaaris qui sera révélé au grand public l’année suivante : identité visuelle et fil narratif très cinématographiques, plume imagée et musicalité trap portée par le collectif Therapy. L’influence de la drill de Chicago y est plus diffuse, ce qui laisse place à des titres originaux comme l’Intro : Ram Muay qui n’auront jamais vraiment de suite dans la carrière de Kaaris.

1. SCH – A7 (2015)

Le rappeur originaire d’Aubagne qui intrigue l’ensemble du rap français avec ses gimmicks sauvages et son style de mafieux italien surprend en 2015 en dévoilant A7, un projet rapidement qualifié de classique qui, dans tous les cas, ne peut que figurer en tête du classement des meilleurs projets hors-albums de la décennie. Partagé entre son identité sombre et confidentielle portée par des instrus signées Katrina Squad et une facette plus mainstream qui sera développée par Kore au point d’aboutir à l’album Anachie, SCH livre une mixtape extrêmement riche et complexe qui fait de lui un artiste incontournable de la scène rap française.

Les 10 albums français les plus influents de la décennie

10. La Fouine – La Fouine vs Laouni (2011)

Avec La Fouine vs Laouni, son quatrième album studio, le rappeur originaire de Trappes encore au sommet de sa carrière signe un immense succès commercial doublé d’une influence musicale non-négligeable. Avec Soprano, La Fouine s’inscrit parmi les précurseurs du rap-variété qui cartonnera durant les dernières années de la décennie et ce projet, ou du moins sa moitié chantée intitulée Les vents favorables, participe à cette démarche. L’autre facette du double album, Fouiny Babe, s’adresse à un public rap plus classique dont il hésite encore à se séparer… Plus de huit ans après sa sortie, La Fouine vs Laouni est figure parmi ses projets ayant le mieux vieilli…

9. Joke – Tokyo (2013)

En 2013, l’arrivée de Joke dans le rap français en surprend plus d’un. Le rappeur originaire de Montpellier se construit un univers futuriste très lié à la culture japonaise, à laquelle il dédie d’ailleurs ses deux premiers EPs Tokyo et Kyoto (nommés d’après les capitales historiques du pays du soleil levant). Son identité alors unique et son flow nonchalant vont baigner pendant quelques années une scène underground dont finiront par émerger quelques succès commerciaux à la fin de la décennie : Josman bien sûr, mais aussi Oboy ou encore Hamza ont cité Ateyaba au nombre de leurs influences majeures.

8. MHD – MHD (2016)

À l’international, les années 2010 auront vu l’émergence des scènes nationales africaines et en particulier de la scène nigériane. Cette montée en puissance se traduira en France par le succès du rappeur MHD, lui-même originaire de Guinée. Avec le virtuose Dany Synthé, il façonne entre 2014 et 2014 l’afro trap, un genre hybride porté par une série de freestyles puis un album qui auront une influence directe et durable dans l’hexagone, mais aussi sur les artistes des scènes voisines européennes ou encore, plus confidentiellement, aux Etats-Unis où il participera notamment au festival de Coachella.

7. PNL – Dans la légende (2016)

Avec Dans la légende, leur second album, les deux frères des Tarterêts signent le véritable classique de leur carrière, d’ores et déjà école à plus d’un million d’exemplaire. Ce véritable blockbuster mélancolique ouvrira à PNL les portes d’un public global, au-delà du rap, et fera d’Ademo et N.O.S l’un des duos les plus marquants de l’histoire du rap français aux côtés de Lunatic et Tandem. Avec eux, une véritable galaxie regroupée sous l’étendard QLF va progressivement prendre d’assaut le rap français : MMZ, DTF, S-Pion (IGD) ou encore F430 s’imposeront progressivement comme des noms à retenir.

6. Nekfeu – Feu (2015)

Après quelques années de travail collectif au sein du groupe 1995 ou du collectif S-Crew, le rappeur parisien s’offre un premier album qui marquera durablement le rap français. Outre sa plume et sa technique empruntées au grands noms du rap français des années 1990, Nekfeu fait appel à la musicalité et aux sonorités éthérées de la scène de Toronto sur un projet qui finira par être considéré comme un classique incontournable des années 2010. Quelques années après OrelSan, il ouvre les portes du rap à un public issu des classes moyennes citadines et donne naissance à un courant entier du rap français durant la seconde moitié de la décennie.

5. Jul – Dans ma paranoïa (2014)

Autotune dégoulinant et coupes blondes peroxydées : l’arrivée de Jul fait l’effet d’un raz-de-marée dans le rap français. Malgré les critiques qu’il essuie au moment de la sortie de cet opus encore considéré comme l’un des meilleurs de sa carrière, le rappeur contribue largement au renouveau de la scène rap marseillaise. Son modèle économique et sa capacité à pondre single sur single ne vont pas tarder à séduire le rap français et à l’ouvrir à de nouvelles sonorités inspirées du raï, de la pop latine et des grands succès eurodance des années 1990.

4. OrelSan – Le chant des sirènes (2011)

En 2011, deux ans après avoir posé les bases de son univers artistique sur Perdu d’avance, OrelSan fait son retour très attendu et réalise un véritable carton commercial avec Le chant des sirènes. Cet album essentiellement travaillé avec son binôme Skread est l’occasion pour le rappeur normand d’introduire dans ses textes des éléments d’imaginaire ou de pop culture qui vont captiver une génération entière d’auditeurs issus de la classe moyenne provinciale et préfigurer l’ouverture du rap français et l’émergence de nouveaux courants alternatifs regroupés tardivement sous le sobriquet revendiqué de rap de iencli.

3. Booba – Futur (2012)

Accompagné du collectif Therapy Music, Booba pose les bases de la trap à la française dans cet album conçu pour parler à un public étendu. En s’appuyant sur un flow plus lent que la grande majorité du rap français de l’époque, des productions aux drums surpuissants et des textes simplifiés au possible, martelés continuellement pour entrer dans la tête de l’auditeur, le rappeur de Boulogne met un point final au processus d’adoption de la trap par le rap français engagé six ans auparavant sur le premier album de Sefyu. Un an plus tard, la popularisation de la drill de Chicago ajoutera une nouvelle page à cette histoire…

2. Kaaris – Or Noir (2013)

…Et cette page porte le nom d’Or noir. Avec son premier album studio, encadré par Therapy et son mentor de l’époque Booba, Kaaris synthétise la musicalité et l’énergie des tête d’affiches de cette scène en pleine exposition à l’international : Lil Reese, Lil Bibby, Lil Herb. Il y adjoint une plume très imagée, bourrée de punchlines hardcore appuyées par de fréquentes allusions sexuelles. Dès sa sortie, Or noir crée une véritable onde de choc dans le rap français qui ne tardera pas à se propager parmi l’ensemble de ses acteurs pour les années à venir.

1. Sexion d’Assaut – L’école des points vitaux (2010)

L’école des points vitaux est un véritable album générationnel. Au sommet de son succès, la Sexion d’Assaut dévoile un album qui va marquer les premières années de la décennie et poser les jalons du développement de la pop urbaine et des nouveaux standards du mainstream rap français. Des titres comme Casquette à l’envers, Wati by night ou encore Désolé marquent un véritable virage pour le groupe parisien et sont repris en coeur par des foules d’auditeurs. C’est également sur ce projet que Gims et Renaud Rebillaud entament l’une des collaborations les plus influentes de la décennie.

Les 10 meilleurs albums internationaux de la décennie

10. 2 Chainz – Pretty Girls Like Trap Music (2017)

Il aura fallu attendre cinq ans après Based on a T.R.U. Story (2012), un premier opus qui le place définitivement sur la carte, pour que 2 Chainz trouve enfin la recette idéale. Grand public dans les productions et la guestlist (Gucci Mane, Quavo, Nicki Minaj, Travis Scott, Swae Lee), Pretty Girls Like Trap Music entretient sa particularité dans l’univers et les couplets de Tity Boi. L’ensemble est soigneusement orchestré, chaque élément s’agence pour former un tout cohérent, à l’image de cette trap house achetée par le rappeur, repeinte en rose et photographiée pour illustrer l’album.

9. Freddie Gibbs & Madlib – Piñata (2014)

Quand Freddie Gibbs, l’un des rappeurs les plus talentueux de la scène rap outre-Atlantique, joint ses forces avec le légendaire producteur Madlib, le résultat ne peut qu’être mémorable. Et autant dire que Piñata ne déçoit pas. Les deux artistes se retrouvent à mi-chemin du meilleur de chacun, du gangsta rap parfaitement maîtrisé sur des samples de jazz qui donnent à l’ensemble un côté rétro assumé. Un projet distillé sur pas moins de deux ans, bien travaillé, intemporel, qui dévoile écoute après écoute de nouvelles facettes insoupçonnées.

8. Kodak Black – Painting Pictures (2017)

Fier représentant de la scène floridienne, Kodak Black dévoile après quatre mixtapes saluées par la critique un premier album studio qui s’impose en tous points comme son chef d’oeuvre et un projet incontournable de la décennie. Le talent naturel dont le rappeur recèle, sa voix aiguë et son univers débordant sont mis en avant par une production soignée aux petits oignons par le très compétent Ben Billions et une flopée de grands noms du milieu. Visuellement comme musicalement, le résultat est une réussite absolue qui dévoile un Kodak Black à la fois prometteur et accompli en bien des points.

7. Skepta – Konnichiwa (2016)

Décidé à porter haut et fort la bannière du rap britannique à l’international, Skepta aura besoin de cinq longues années pour donner naissance à un chef d’oeuvre intitulé Konnichiwa. Conçu de manière très synthétique, ce quatrième album studio du rappeur originaire de Tottenham mêle grime et trap avec adresse et légèreté, le tout rehaussé par le flow incisif de son auteur et une guestlist américano-britannique triée sur le volet : Wiley, Chip, Novelist et BBK y côtoient ainsi Pharrell Williams et deux membres de l’A$AP Mob. Un game changer qui remplit largement son objectif et réalise l’ambition de Skepta d’en faire un classique.

6. Drake – Nothing Was the Same (2013)

Drake passe à la vitesse supérieure après un Take Care de très bonne facture en envoie Nothing Was the Same, un condensé de son oeuvre travaillé et retravaillé sans relâche aux côtés de son binôme Noah Shebib. Ensemble, les deux complices façonnent un projet court mais surprenant, bourré de singles à succès, de références bien senties et d’expressions qui finiront par entrer dans le langage courant. La capacité de synthèse et l’amour de Drake pour la sobriété trouvent sur cet album un terrain idéal pour s’exprimer, et le résultat séduit par sa cohérence. Un petit bijoux, et une pièce maîtresse de la discographie du canadien.

5. Pusha T – Daytona (2018)

Trois ans après King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude, Pusha T s’associe à un Kanye West en pleine folie créative pour livrer le meilleur album de sa carrière, celui que ses fans inconditionnels attendaient depuis des années. Retranché dans un ranch du Wyoming, le producteur se met en tête d’envoyer coup sur coup une série de projets réduits à leur substantielle moelle : 7 titres. Daytona, un nom qui évoque à la fois les fastes de la vie de dealer et le passage du temps, est le point culminant de ce Cruel Summer chaotique, un album parfait de bout en bout porté par des prestations magistrales de la moitié de Clipse.

4. Rick Ross – God Forgives, I Don’t (2012)

Rick Ross au sommet de sa gloire pose une conclusion à un fastueux run de cinq albums entamé six ans plus tôt avec Port of Miami. Le rappeur, plongé dans un univers de film mafieux de plus en plus consistant, s’appuie sur une guestlist faisant la part entre grands noms (Dr. Dre, Jay-Z, Usher, Drake et André 3000) et artistes du Maybach Music Group (Meek Mill, Wale, Stalley). Si God Forgives, I Don’t ne brille pas par son originalité ou son aspect novateur, Rick Ross ne brille jamais autant que dans cet univers quasi-théâtral à la Scarface et offre l’une de ses prestations les plus convaincantes.

3. Kendrick Lamar – good kid, m.A.A.d city (2012)

good kid, m.A.A.d city retrace le parcours initiatique d’un jeune de Compton vers l’âge adulte au milieu des turpitudes d’un quartier défavorisé. Ce projet très introspectif donne une nouvelle voix à la scène de Los Angeles, et plonge l’auditeur dans une atmosphère unique parsemée d’influences jazz et soul. Kendrick Lamar dialogue avec lui même, saute d’un registre à l’autre et impressionne par sa maîtrise. Son timbre de voix reconnaissable entre mille contribue à faire de cet album l’un des plus importants de la décennie et très certainement le meilleur de sa discographie.

2. Future – Dirty Sprite 2 (2013)

Future ne sera pas la popstar que certains rêvaient de le voir devenir, le rappeur d’Atlanta gagne néanmoins avec Dirty Sprite 2 le titre de monstre sacré d’Atlanta. Après l’échec de demi-teinte d’Honest, il enchaîne trois excellentes mixtapes à un rythme surhumain : Monster, Beast Mode et 56 Nights. Le stakhanoviste réalise un coup de maître avec ce nouvel album spontané et puissant qui plonge l’auditeur dans un univers dystopique noyé sous des torrents de lean et porté par des productions signées des plus grands noms de la scène locale : Southside, Metro Boomin, Zaytoven, Sonny Digital…

1. Kanye West – My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010)

Avec My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Kanye West ouvre la décennie avec une oeuvre d’art majeure, un opéra vivant illustré par le clip mégalomaniaque de Power. Samples et featurings sont intégrés au nombre des instruments du chef d’orchestre grandiose de l’album, Yeezy en personne, qui les agence à la perfection et les fait interagir pour donner vie à un ensemble éminemment complet. À la fois puissant et fragile, sombre et lumineux, My Beautiful Dark Twisted Fantasy est un album foisonnant et extravagant, à l’image d’un Kanye West instable mais pris d’éclairs de génie qui livre là le meilleur album de sa carrière.

Les 10 projets internationaux les plus influents de la décennie

10. Wiz Khalifa – Rolling Papers (2011)

En 2011, Wiz Khalifa apparait comme un nouveau visage à suivre dans un paysage musical globalement morne. Ses mixtapes Kush & Orange Juice et Cabin Fever ont fait monter l’attente autour de son prochain album, Rolling Papers. Porté par les singles Black and Yellow puis Roll Up, ce premier opus en major détone avec un virage pop-rap radical qui va faire du rappeur le hitmaker incontournable du moment. Dans le marketing, en prenant en compte l’importance des réseaux, dans les thématiques abordées ou encore dans les sonorités, ce projet anticipe une bonne partie des moments clés de la décennie

9. XXXTentacion – 17 (2017)

L’univers anarchique et le grain lo-fi des premiers succès d’XXXTentacion, hérités de la scène underground punk-rock, vont rapidement faire des émules dans le rap. Le jeune rappeur semble ne rentrer dans aucune case, déboule comme un torrent en emportant sur son passage bon nombre de tabous et fédère au passage une communauté de plus en plus importante. Sur 17, projet personnel s’il en est, XXXTentacion se joue des standards de l’industrie et prend un malin plaisir à dérouter l’auditeur. Bientôt, les charts voient défiler des artistes directement inspirés du surprenant 17 : Juice WRLD, Lil Pump, Lil Skies…

8. 21 Savage & Metro Boomin – Savage Mode (2016)

Avec Savage Mode, 21 Savage et le producteur Metro Boomin démontrent que l’influence en musique peut prendre plusieurs formes et n’est que rarement corrélée au succès commercial. Dans cet EP collaboratif, les deux artistes mêlent leurs ADN respectifs pour donner naissance à une quintessence de neuf titres uniques en leur genre. Très vite, le whisper flow caractéristique des couplets de 21 Savage franchit la frontière des Etats-Unis pour envahir le Royaume-Uni dont il est originaire et donner un coup de pouce décisif à la scène drill locale. Dans le même temps, son univers inspiré des classiques du cinéma d’horreur séduira plus d’un artiste…

7. A$AP Rocky – Long. Live. A$AP (2013)

Avec Long. Live. A$AP, A$AP Rocky donne une nouvelle dimension aux rapports entre le monde du rap et celui de la mode. Le rappeur new-yorkais diffuse au travers de clips soignés dans les moindres détails une esthétique inspirée des marques de luxe européennes et tourne d’ailleurs un clip à Paris sous la Tour Eiffel illuminée. Dans les années qui suivent, cette impulsion va s’avérer particulièrement importante d’un double point de vue économique et culturel, inscrivant à la postérité cet héritage inhabituel d’A$AP Rocky et de son crew… Qui n’hésitent pas à le revendiquer à l’occasion !

6. Drake – More Life (2017)

En 2017, l’industrie musicale mondiale se remet doucement sur ses pieds grâce à l’impulsion offerte par un mode de consommation en pleine explosion : le streaming audio. Peu s’en rendent compte, mais des plateformes comme Spotify, Apple Music ou Deezer en France vont littéralement façonner la culture en transformant la relation des auditeurs à la musique. Drake, lui, en a pleinement conscience et livre une mixtape intitulée More Life qu’il définit dans sa communication comme une playlist. Une stratégie qui s’avère payante et qui préfigure l’allongement progressif des tracklists pour répondre à des impératifs commerciaux…

5. Jay-Z & Kanye West – Watch the Throne (2011)

Comme More Life, Watch the Throne exercera une influence indirecte mais puissance sur la musique tout au long de la décennie en mettant au goût du jour l’album collaboratif entre deux têtes d’affiches. Le succès des singles N*ggas in Paris et Otis font de ce projet le plus téléchargé sur iTunes en une semaine dans le monde ! Inspirés par cette réussite, de nombreux artistes tenteront l’expérience avec des résultats plus ou moins convaincants : si Without Warning et What a Time to be Alive convainquent sans peine, on ne peut pas en dire autant de Drip Harder ou de WRLD on Drugs.

4. Chief Keef – Finally Rich (2012)

Avec Finally Rich, Chief Keef concrétise la montée en puissance entamée avec les mixtapes Bang et Back from the Dead, en particulier le succès du banger I Don’t Like. Le rappeur originaire de Chicago donne une nouvelle dimension à une variante locale de la trap : la drill. Bientôt, ce nouveau genre prend d’assaut les Etats-Unis au travers de collaborations à succès avec Kanye West, 50 Cent, Wiz Khalifa ou encore Rick Ross… Puis se répand dans le monde entier comme une trainée de poudre. Le flow imprévisible de Sosa, ses productions remarquables signées Young Chop et son univers impitoyable n’auront besoin que d’une paire d’années pour conquérir le globe.

3. Young Thug – Beautiful Thugger Girls (2017)

Comme Chief Keef, Young Thug fait partie des pères fondateurs des nouvelles tendances musicales empruntées par le rap tout au long de la décennie. Sur Beautiful Thugger Girls, le rappeur d’Atlanta perfectionne sa touche musicale et visuelle, pioche dans une variété fantastique de genres et de registres musicaux pour donner naissance à un courant à part entière qui prendra d’assaut les charts dès l’année suivante, personnifié par ses deux disciples Gunna et Lil Baby. Près de trois ans après sa sortie, cette mixtape rayonne toujours à la fois à l’échelle de la discographie de son auteur et à celle des dernières évolutions du rap.

2. Future – Dirty Sprite 2 (2013)

Si l’ascension éclair d’XXXTentacion marque l’apogée de l’émo-rap aux Etats-Unis, c’est bien à Atlanta que cette vague de fond trouve son origine… Et plus particulièrement dans Dirty Sprite 2, de loin le projet le plus important de la carrière du rappeur. L’abus de drogues et de produits stupéfiants, le personnage torturé et son rapport toxique aux femmes n’ont pas tarder à imprégner la culture et à rejaillir dans un bon nombre de projets de ces dernières années. Ce rayonnement engagé avec le premier volume de Dirty Sprite deux ans auparavant trouve dans le succès redoublé de Future son meilleur porte parole, pour le meilleur et pour le pire.

1. Waka Flocka Flame – Flockaveli (2010)

Alors qu’il dévoile fin 2010 le premier album studio de sa carrière, Waka Flocka Flame n’a probablement pas conscience de marquer le rap d’une empreinte indélébile. Le rappeur sélectionne instinctivement le meilleur de sa ville natale : l’énergie, la productivité et les ad-libs de Gucci Mane associés à la musicalité du crunk. Ensemble, ces éléments font de la trap un genre taillé pour les clubs, rythmé et sauvage. Sa signature #squad va rapidement devenir l’un des mots-clés les plus populaires des années à venir, tandis que des dizaines d’artistes s’engouffreront dans la brèche ouverte par Flockaveli… Sans que personne ne le voie vraiment venir sur le moment.

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