#Marseille J-3 : Veazy, le prodige de Ghetto Phénomène

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Né à Nanterre mais ayant passé une bonne partie de sa vie à Marseille, Veazy est l’un des quatre membres du groupe Ghetto Phénomène avec Houari, Friz et Bil-K. Le groupe a connu un gros succès avec Maria Maria en collaboration avec Jul (plus de 85 millions de vues sur YouTube), puis a dévoilé en 2016 son album La Vida Loca. Cheveux colorés, toujours souriant, Veazy retient vite l’attention par sa maîtrise exceptionnelle de l’autotune et des couplets et refrains semi-chantés. Après un appel à l’improviste, le rappeur nous a rencontré devant l’hôtel InterContinental et nous a embarqué dans une virée nocturne inattendue, en total accord avec son univers déjanté.

Bonjour, je m’appelle Veazy, je viens pour les alcooliques anonymes. Vas-y, commence!

Bon le thème, c’est sur Marseille…

Mais j’ai un accent de Parisien…

C’est pas grave ça.

(Prend son plus bel accent marseillais) C’est pas grave le saaaang

Du coup, sur Marseille, t’as des influences locales ? C’est un truc qui t’a marqué localement ?

Je vais pas te mentir, à la base je viens du 92, ensuite je suis parti dans le 60, après je suis redescendu un peu dans Paris, et je suis à Marseille depuis 15 ans. On m’a bien intégré à Marseille, je suis comme à la maison maintenant!

T’es d’où dans le 92?

Nanterre-Ville, ils ont détruit mon quartier, j’étais au Bateau.

T’avais tourné un clip à Nanterre Ville en plus, j’avais pas capté…

Du coup tu comprends maintenant. Après, la mairie nous a tous redirigé dans d’autres quartiers du 92. Au Bateau, c’était le QG. Mais je suis un voyageur, j’aime bien m’enjailler partout dans le monde, j’ai un pote qui descend beaucoup en Espagne, il va me dire “viens”, je vais aller avec lui.

Tu fais beaucoup de voyages ?

Encore heureux avec la musique ! On voyage, on voyage, mais à l’ancienne j’avais plus le droit de quitter le territoire, maintenant, je suis tranquille. Donc aucun souci.

C’est quoi la destination qui t’a le plus marqué ?

Je vais pas te mentir, on est partis faire un clip qui s’appelle Tout Maintenant, à Saint-Martin du coup j’ai fait une surprise à mon père, ça faisait longtemps, je le vois pas trop mon père. Je lui ai fait une surprise, je l’ai fait venir en avion puisque Saint-Martin, c’est à côté de la Guadeloupe et de la République Dominicaine, je l’ai ramené, on a vécu un truc. Après, y a 4-5 jours, j’étais en Tunisie, c’était pas mal. On a fait un showcase au Guitoune à Hammamet, vous connaissez ?

Non, on y est déjà allés mais pas là bas

Faut y aller, c’est le zoo, c’est touristique mais sympathique.

Sur un tout autre sujet, un an après, t’as quel regard sur le premier album de ton groupe Ghetto Phénomène ?

En fait, je vais t’expliquer un truc tout simple, ça fait plus de 10 ans qu’on est ensemble, tout le monde le sait dans Marseille et les groupes de rap qui durent aussi longtemps, c’est rare. On est toujours restés solidaires. Ca veut dire qu’on l’a sorti pour le sortir, on a eu des galères, on nous a retardé. On est contents parce qu’il y avait que des galères, et en octobre Inch’Allah un nouvel album arrive. Des clips vont arriver, il y aura aussi 2-3 petits featurings.

Malgré ce côté solidaire, t’envisages une carrière solo ou pas du tout ? Des clips où t’interprétais des solos sont déjà sortis.

Ouais mais ils sont vieux, c’est plus le même délire, j’étais plus dans la trap, je suis un peu bando. Je les ai lancés comme ça, après on verra par la suite, rien est décidé.

Mais ça te dérangerait pas ?

On restera toujours solidaires, je peux très bien lancer un truc en solo et je serai toujours avec mon groupe.

En plus à Marseille, ça fonctionne souvent par groupe, Psy 4, IAM, la FF…

Je te mens pas, ça fait longtemps qu’on est solidaires dans notre secteur, on essaye de rester entre nous, on est bien, on se mélange pas, on n’est pas des gens bizarres. Donc tranquille, ça se passe. Du solo, tout le monde va en faire, on va tout tester, la musique est faite pour faire kiffer les gens en vrai.

Et vous aussi ?

Ah je kiffe, si je kiffais pas, je le ferais pas.

Toi qui parlais de la Guadeloupe tout à l’heure, tu as des influences caribéennes ?

Tu regarderas sur internet, mon cousin c’est Chien La Ri, chienlari comme on dit chez nous, les chiens de la rue. Tu verras, ils sont bien connus là bas, c’est un bon clan. Je suis obligé, je viens des îles, après ça se ressent aussi dans les paroles, c’est du Francky Vincent.

Après on a l’impression que c’est aussi une manière d’être, t’es festif..

Ah ça pour l’être, t’as vu j’ai déjà plus de voix, hier j’étais en train de fêter déjà. Tant qu’on peut festoyer, on rigole, vaut mieux rire que pleurer non ? C’est ce qu’on disait et c’est ce qu’on dit toujours.

Tu te fais rire parfois quand t’écris ?

Non (rires). Non je rigole, je me fais rire tout le temps, je suis con. J’aime bien, je préfère me prendre au second degré plutôt que faire le mec premier degré, nerveux pour rien. T’as vu, je suis super sociable, tout, tranquille, gentil, je vais accueillir tant que je peux, tout ça, mais après faut pas me prendre pour un con trop longtemps.

Sur Marseille, il y a des gens que t’écoutes ou que t’apprécies en ce moment ?

La vérité, la plupart des rappeurs de Marseille, je les connais parce que je suis un débauchard. Je suis tout le temps dans la rue, la plupart, je les écoute, après y a des jeunes qui sont pas encore connus à Paris, comme Numbers.

On était avec Miaouss (membre du groupe Numbers) hier justement, les deux autres étaient pas dispo…

Ouais, y en a un qui est vraiment pas là, et un autre qui est en prison. De toute façon, mon frangin, t’inquiète, dommage je l’ai pas sur moi aujourd’hui, mais je le mets tout le temps, j’ai fait des t-shirt « Libérez N.I.C », c’est le frangin donc je donne la ce-for comme never. T’as vu je suis plus grand que lui, donc c’était un petit pour moi, à l’ancienne, après on s’est retrouvés à traîner ensemble, avant qu’il aille en prison, mais c’est un bonhomme, il réfléchit comme un grand, il fait de la bonne musique, comme Miaouss. On habitait presque ensemble, à un moment.

Mais j’ai l’impression que la prison est un vrai frein dans la progression de certaines carrières musicales marseillaises…

On est obligés de passer par là, on ne nous donne pas assez de trucs pour s’en sortir à Marseille, on nous fait passer pour des chacals, des charos.

A Marseille, on a eu l’impression que certaines choses associatives ont été faites…

Regarde à Kalliste, va voir ce qu’ils ont fait, ils ont construit un terrain de foot après 6 ou 10 ans. Mais ça dépend, tu vas aller dans le 8ème, t’auras des beaux trucs, dans le 5ème aussi.

On était à la Savine, ils ont un gros studio là bas…

B-Vice ?

Ouais, c’est tenu par L’Adjoint.

Ouais, mais parce que là bas, il y a des grandes personnes, si c’est nous qui devons parler, comment tu fais ? Avec le jargon de la rue, ils vont direct te recaler.

Tu gardes quel souvenir de ton travail avec L’Adjoint ?

Que du bonheur, même si on se voit pas, je lui fais un gros bisou sur le front. C’est un bon, franchement, je te dis, c’est pas tous les ingénieurs qui vont te dire “cette prise est pas bien, recommence!”, il s’applique, il s’intègre dans le truc, il essaye d’être là, il donne des idées. On devait travailler ensemble, mais après y a eu trop de trucs. Regarde, le travail paye parce que ça fait longtemps qu’il est présent à Marseille, maintenant il place des prods pour Fianso. Ca fait plaisir, on peut qu’être content pour quelqu’un qui est bon.

D’ailleurs, on parlait de Numbers, on retrouve des points communs, dans la façon de poser, l’utilisation de votre voix…

Je t’ai dit, on habitait presque ensemble. Je suis modeste, je me la pète pas ou quoi, mais je vais te dire un truc que j’ai jamais dit, j’ai influencé des rappeurs sur les trucs chantonnants. Numbers a une plume qui n’est pas la mienne mais je kiffe.

Vous aviez fait un clip ensemble…

Plusieurs même, mais il y avait des clips qui étaient trop sombres, trop noirs. Dans certains clips, je me mettais pas, mais après à presque tous les clips, j’étais là. On est vraiment comme ça.

Tu penses que sans Marseille, t’aurais pas fait cette musique là ?

J’aurais pas rappé comme ça, Marseille c’est quelque chose. Même les Parisiens qui viennent, pourquoi ils s’en rappellent ? On s’en rend pas compte mais quand tu quittes la ville, tu te rends compte qu’il y a un truc qui est trop bien. Après je suis un débauchard, j’aime trop aller partout, les familles t’accueillent trop bien, tu peux te retrouver à manger avec des daronnes, alors qu’elles te connaissent même pas. Et après, ça rigole. A Paris, c’est pareil, je suis allé à Vitry, on retrouve ce truc. Après à Marseille, t’as la mer, même si j’aime pas la mer, t’as envie de t’évader l’esprit au bord, tu regardes, t’as des trucs à faire.

Et ton écriture, c’est au feeling ou tu te prends la tête dessus ?

Ta question est perplexe (rires). Franchement, c’est au feeling parce que c’est marrant, mais dans une connerie je vais essayer de te faire comprendre quelque chose. Mais c’est dur d’écrire, t’as des mecs qui ont une plume de fou. Après je m’inspire de la rue, de la vie, de la musique, je vais te l’envoyer mais c’est quand même réfléchi parce que je réfléchis quand même, on dirait pas !

En regardant les interviews du Ghetto Phénomène, tes collègues disent que ça t’arrive de t’endormir en studio, et après quand tu poses, ça se passe comment ?

Tiens, bois une gorgée. (Il nous tend une bouteille de Coca, contenant un mix avec du Cognac)

C’est pas mauvais, c’est quoi ?

Cognac et Coca. On boit du digestif, nous. Après, il y a un cognac Jack Daniel’s que j’aime bien.

Et en parlant de Jack Daniel’s, t’aimes bien le Jack Daniel’s Fire ?

Ouais j’étais en buvette à Saint-Charles, j’en ai pris ce matin.

Mais c’est pas ton préféré ?

Non, je préfère le rhum de toutes façons.

En tant que Marseillais, t’aimes bien le pastis ?

J’en ai pris ce matin, j’ai bu un moresque, avec du sirop d’orgeat, c’est du jus de bagarre.

L’alcool t’aide pour la musique ?

Non, j’ai besoin de rien pour la musique, j’ai besoin d’un micro, c’est tout.

Tu penses quoi du rappeur Kalash ?

C’est un martiniquais, je suis un guadeloupéen, mais il est très très fort, il est chaud. Je suis honnête, si j’aime pas, je vais te le dire, je trouve ça logique, et que je te connaisse personnellement ou non.

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