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Fresh, l’étoile montante de Liège débarque en France [Interview]

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En l’espace de deux ans, Fresh est parvenu à donner une impulsion significative à sa carrière et à s’imposer pour de bon comme l’un des nouveaux visages de la scène rap belge. Le rappeur originaire du quartier d’Ans, à Liège, se forge peu à peu une identité musicale à part, à cheval entre les mélodies typiques des musiques congolaises qui ont bercé son enfance, l’ADN reconnaissable entre mille du rap belge et des inspirations puisées dans un immense répertoire international avec la volonté de créer quelque chose de différent. Cette recherche de singularité attirera bientôt l’oreille des équipes NRJ Belgique, qui mettront progressivement Fresh en avant au cours du tremplin NRJ Talents 2017, puis sur scène tout au long du MRJ Music Tour. Une expérience qui va marquer profondément le rappeur et son équipe, le pousser à se professionnaliser et à prendre en expérience. Conscient de la nécessité de passer un cap, Fresh se confie sur son ambition d’exporter son art dans l’hexagone au cours d’une interview exclusive. L’occasion parfaite pour revenir sur sa montée en puissance, la structuration de son label indépendant ou encore l’importance de l’image…

REVRSE : D’où est-ce que tu viens en Belgique ?

Fresh : De Liège, et plus précisément du quartier de Ans. Je suis originaire du Congo, mais j’ai vécu tout ma vie ici.

REVRSE : Justement, on ressent bien des influences congolaises dans certains de tes sons…

Fresh : Forcément ça se ressent, je vais beaucoup à des fêtes de famille par exemple et les sonorités finissent par rentrer. C’est un trait à moi. C’est aussi parce que j’ai commencé à travailler avec NRJ et que j’ai placé deux morceaux chez eux. Sinon, de base, mon truc à moi c’est le rap. A force d’aller en studio, j’ai voulu tenter d’autres trucs. Aujourd’hui, je touche un peu à tout, mais ma zone de confort c’est encore le rap. Ça va se ressentir dans les morceaux qui sortiront dès à présent, notamment mes deux derniers extraits en date En Bas et Dallas 2.0. Et ce samedi, j’ai mon nouveau morceau Bon Jeu qui sort dans le même délire ! Cette année, j’ai vraiment envie que les gens découvrent mon univers. Pour l’instant, j’ai passé beaucoup de temps en studio à bosser mais les gens ne s’en rendent pas encore compte et ont tendance à me voir comme un ambianceur. J’aime bien l’afro, mais c’est pas forcément ce que je fais le plus et les gens qui m’ont vu sur scène le savent. Mais forcément, ça fait plaisir quand même ma daronne danse sur mes sons…

REVRSE : J’ai l’impression que même les sons dont tu parles ont une identité belge très marquée, notamment en termes d’écriture et de mélodies.

Fresh : T’es pas la première personne qui me le dit ! Le rap français est totalement différent du rap belge, même si on suit des tendances en commun. Le rap belge a son truc, rien que la manière de réfléchir en studio n’est pas la même. C’est quelque chose que j’ai remarqué en allant en studio avec des français. Ça va du rappeur à l’ingé son en passant par le beatmaker. Moi, comme je baigne dans le rap belge depuis toujours, tu vas remarquer des similitudes avec les autres. Je pense à des artistes comme Damso ou même Shay. On a tous une manière de bosser assez proche finalement, c’est notamment lié au fait que la Belgique n’est pas si grande que ça et donc qu’on fréquente tous plus ou moins les mêmes studios. Par exemple, Hamza et moi on bosse dans les mêmes studios et je le ressens quand je vois comment les ingés sons bossent. Malgré tout, j’essaye de faire les choses à ma façon. Quand j’écoute du rap belge ou français, c’est pour mon kiff à moi ou pour faire le tour de ce qui fonctionne le mieux, mais pour m’inspirer je préfère écouter du rap qui n’est pas dans ma langue. Ça m’ouvre beaucoup plus.

REVRSE : Est-ce que tu peux parler de la collaboration avec NRJ que tu évoquais tout à l’heure ?

Fresh : Ça a commencé avec un concours NRJ Talents en 2017. Quincy, mon grand-frère qui est aussi mon manager, a déposé la bande-annonce d’un son que j’allais sortir dans peu de temps. Eux ont kiffé et m’ont nominé. Nous, on ne voyait pas ça arriver, on ne pensait pas que des mecs comme nous pouvaient gagner des concours organisés par NRJ ! On est arrivés en finale, on a fait une prestation live et on a été désignés gagnants. A partir de là, on est rentrés dans la « famille NRJ », c’est-à-dire que s’ils peuvent nous aider ils le feront. Par exemple comme ils ont accroché au morceau en question, ils l’ont mis en rotation directement. Comme NRJ nous passaient beaucoup, d’autres radios ont repris grâce aux charts. A partir de là, vu que les statistiques étaient bonnes, on a fait le NRJ Music Tour avec eux. On prenait du plaisir sur scène, la fanbase a commencé à s’agrandir étant donné que j’allais dans des villes que je ne connaissais pas pour performer devant 20.000 ou 30.000 personnes. Les gens commençaient à me suivre sur les réseaux. Pour continuer sur notre lancée, on a balancé un deuxième morceau dans le même délire. Cette stratégie n’a pas eu que des avantages pour nous. On a créé une bonne relation avec l’équipe NRJ, c’est des gens vraiment sympas avec qui on échange régulièrement. Mais à l’échelle de ma carrière, ça m’efface un peu car quand tu sors deux sons purement radiophoniques dans la même année t’es vite caractérisé. J’étais plus à l’aise dans cette situation, on m’appelait pour des scènes qui me correspondaient pas entièrement. Quand t’as envie d’avancer, tu veux le faire avec ta propre identité. A partir de ce moment là, on a fait un travail de développement artistique et à la fin de l’été on a balancé un nouveau morceau qui s’appelait En Bas. J’avais peur de la réaction des gens qui me supportent, au final j’ai eu que des retours positifs. J’ai quasiment eu l’impression qu’il marchait mieux que mes sons diffusés en radio, même si bien sûr ça faisait moins de rentrées financières derrière. C’est maintenant que j’envisage de m’exporter, avec cette identité plus authentique. Avant ça, il fallait que je me fasse un nom chez moi. Et bien sûr, je garde ma relation avec NRJ, car c’est de l’humain avant tout.

REVRSE : Quand je regarde l’évolution de ta carrière, j’ai l’impression que ça fait vraiment deux ans que tu fais de la musique avec une visée professionnelle. Tu confirmes ?

Fresh : Ça fait super longtemps que je rappe, peut-être cinq ou six ans. Professionnellement, ça fait plus longtemps que j’essaye d’y être mais j’y suis vraiment depuis deux ans, c’est ça. Maintenant, l’ambition première c’est de s’exporter en France. C’est surtout une question de passer un cap en fait, en Belgique on a fait un gros bout de chemin. On a été diffusé en radio, sur les meilleures chaînes de télévision. Pour passer ce cap, on est obligés d’avoir une reconnaissance en France.

REVRSE : Justement, comment tu conçois ta valeur ajoutée auprès d’un auditeur français ?

Fresh : J’ai envie de dire que c’est différent tout simplement. C’est quelqu’un qui a la dalle, qui ne vient pas de chez vous, d’une ville que vous ne connaissez peut-être même pas ! Parce que que souvent les français connaissent Bruxelles, les vitrines et c’est tout (rires). Il se passe des bonnes choses en Belgique, tu pourrais être choqué de ce qui se fait ici. Ce que je compte faire cette année, c’est un gros travail d’exportation et j’ai bien conscience que pour ça il faut être au-dessus du lot dans les sons, les visuels, la prestance scénique…

REVRSE : T’as un gros avantage qui est que tu ne pars pas de 0. T’as déjà une fanbase, des réseaux bien développés, des clips qui tournent pas mal, des rotations… Donc un confort en termes de revenus, d’expérience et d’image.

Fresh : C’est vrai mais ça peut être une qualité comme un défaut. Je vais t’expliquer pourquoi. Pour un mec comme moi, qui a déjà un petit confort, c’est compliqué de s’exporter parce que les maisons de disques aiment moins les artistes déjà en place, elles préfèrent prendre un talent brut qu’elles vont travailler et c’est normal. Du coup, j’ai une double pression. Je sais que je dois faire mieux que les autres parce que du fait de mon parcours, je peux demander plus. Mais c’est une pression positive, qui me pousse à travailler. Depuis quelques années, je bosse pour faire de mon label indépendant Iceberg Click une structure qui pèsera en Belgique dans le futur. Pour ça, je vais devoir frapper à certaines portes qui resteront fermées sans deal avec une maison de disques. Je parle pas forcément d’un contrat d’artiste, ça peut très bien être une licence, une distrib ou même un contrat d’édition. Du coup, chaque semaine, on descend sur Paris pour rencontrer des gens. On a décidé d’être indépendants et on l’assume. Ce qui est bien, c’est qu’on est très sociables et que grâce à ça on a développé un bon carnet d’adresses.

REVRSE : Pour toi, c’est nécessaire de casser la distance entre toi et Paris pour exporter ta musique ?

Fresh : Pour moi, c’est super important. Avant de me faire connaître en Belgique, moi aussi j’ai dû me déplacer pour rencontrer des beatmakers par exemple. Il y a beaucoup de gens avec qui on s’est rencontrés en direct, avec qui on a parlé des choses qui n’ont rien à voir avec le business, avec qui on a développé une vraie relation. Et derrière, il peut très bien y avoir des retombées sans intérêts derrière. Les gens aiment bien mettre un visage sur ton nom. Le contact humain te fait gagner beaucoup de points. Je vois la différence entre le moment où je restais en Belgique et celui où je me déplace.

REVRSE : D’ailleurs t’as récemment été partagé par Bolemvn, comment la connexion s’est faite ?

Fresh : Ce été, j’ai été booké à un événement à Mons avec Bolemvn, TayK et plein d’autres artistes. J’ai été amené à être en backstage avec lui, on a bien parlé, on a rigolé. Chacun avait eu sa petite histoire avec les organisateurs, c’était marrant. C’est un bon gars Bolemvn. Pareil, j’étais avec Gradur il y a quelques jours. On est sortis en boîte ensemble parce qu’on a des amis en commun. Maintenant, on se connait, peu importe ce qui se passe par la suite.

REVRSE : Musicalement, t’envisages comment ton développement ? Tu comptes rebasculer sur du rap assez dur comme ton dernier titre, ou continuer d’intercaler des singles un peu dansants ?

Fresh : C’est compliqué pour moi de répondre à cette question. Moi, je fonctionne beaucoup à l’envie. Je suis un passionné de musique. Je suis rappeur c’est vrai, mais avant tout je suis un auditeur passionné. Quand je rentre en studio, j’ai comme une playlist dans la tête. Je peux écouter de la trap, de la pop, du zouk. Et à ce moment là, je peux faire exactement ce que j’aime tout en gardant ma signature propre. C’est possible que je fasse deux-trois sons rap classiques, puis que j’envoie un titre chanté, pas parce qu’il le faut mais parce que j’en ai envie. Je fais pas de calculs à ce niveau là sur la réception du public. L’important, c’est d’être à l’aise avec le morceau et en phase avec moi-même. C’est plus facile de défendre un morceau quand tu l’aimes à 100%. Si tu le sors pour un but précis c’est compliqué dans la mesure où si le morceau ne remplit pas ce but tu vas vite t’en détacher.

REVRSE : Comment se passe ton travail en studio, notamment avec les beatmakers ?

Fresh : J’ai une équipe qui m’envoie des panels de prods chaque mois, ce qui fait qu’au final c’est souvent les mêmes noms qui reviennent. Mais des fois, quand j’écoute ce que j’aime, j’aime bien aller chercher des beatmakers pour tenter de nouvelles choses. T’en as aussi beaucoup qui m’envoient tout sur le mail. Je suis toujours amené à écouter de nouvelles choses, et ça me permet aussi de rencontrer d’autres personnes. Une fois que j’arrive en studio, ça dépend. Des fois, je suis chez moi et j’écris un truc qui me vient en écoutant une prod. D’autres fois, je vais en studio sans idées précises, j’écoute des prods et j’écris sur place. J’ai aussi un petit studio chez moi, ce qui me permet de me préparer à l’avance et de faire des essais.

REVRSE : L’aspect visuel, c’est quelque chose qui compte pour toi ?

Fresh : À l’heure d’aujourd’hui, le visuel est limite la chose la plus importante parce que c’est ce qui détermine. Les personnes qui regardent s’accrochent au personnage, comme quand tu regardes un film. Comme si je regardais un film avec Jason Statham. Moi, je travaille avec une équipe de trois caméramans. Avant qu’on commence à bosser ensemble, je leur ai expliqué qui j’étais, comment j’étais… Et après, c’est devenu des amis, donc ils savent exactement ce que je veux transmettre. On essaye vraiment de se rapprocher de la réalité.

REVRSE : Dans tes clips, t’aimes bien caler des petits scénarios. C’est ta marque de fabrique ?

Fresh : On peut dire ça, en fait moi je kiff le cinéma. Je trouve que ça ajoute un truc à un clip, et si tu regardes bien les personnes sont toujours les mêmes. C’est ceux avec qui j’ai commencé à faire de la musique depuis le tout début, les rôles qu’ils ont dans les scénarios se rapprochent au maximum de la réalité. On aime bien ce truc là parce qu’au final, tu t’accroches comme si c’était une vraie série. Si ça se trouve, un mec va commencer à regarder mes clips pour un autre personnage qu’il trouve drôle. Quand tu regardes mon clip, j’ai envie que tu sois intéressé par ce qui se passe.

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