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Denzo, le jeune loup de Grigny s’impose dans l’hexagone [Interview]

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Originaire de Grigny, Denzo porte le lourd héritage musical de la ville dans ses morceaux… Et fait un véritable carton ! Après s’être constitué une fanbase au travers de la série de freestyles Trop Atroce, nommée d’après son gimmick emblématique, le jeune rappeur a donné un coup d’accélérateur en 2019 en sortant chez Because deux mixtapes sombres et authentiques à souhait. De quoi satisfaire les amoureux du rap de la Grande Borne, de La Comera à Juicy P, figure emblématique de la ville et accessoirement oncle de Denzo, mais aussi les nouvelles générations qui apprécient sa technique, son univers et ses textes rédigés avec soin. En dépit de son âge, Denzo prend très au sérieux la composante textuelle de sa musique et écrit chaque ligne pour qu’elle conserve sa puissance plusieurs années après sa sortie. Avec Koria et le réalisateur attitré de son label Royal Music, il conçoit une esthétique en constante évolution, qui réunit les codes de la rue à une impression globale de sobriété. Interview exclusive avec un artiste qui ne manquera pas de faire parler de lui dans les mois qui viennent… Et qui a su se créer un style à part entière avec son dernier projet Atrocité 2.

REVRSE : Mon premier souvenir de toi, c’était ton couplet sur Danse avec les loups (Remix) de Juicy P. C’est quelque chose qui t’a donné envoie de prendre ta carrière au sérieux ?

Denzo : C’était quand j’avais 13-14 ans. Avant ça, je rappels déjà mais Juicy P attendais que je sois prêt. Quand il a vu que c’était bon, il m’a mis sur le son.

REVRSE : Le fait que Juicy P soit de ta famille, ça t’a mis dans le bain directement en quelque sorte, non ?

Denzo : Direct ! Quand ton oncle rap, est respecté dans ton quartier… Forcément, ça te donne envie !

REVRSE : C’est à ce moment que t’as rejoint le groupe 3GC ?

Denzo : En fait, le groupe existait déjà mais on était huit. Après ça, on a réduit et on est passés à trois. Ça a duré trois ans je crois, mais au bout d’un moment j’ai vu qu’il fallait que je ramène de la lumière par moi-même. Je suis passé chez Royal Music, puis Because a commence a travailler avec nous…

REVRSE : Justement, comment s’est passée la signature chez Because ?

Denzo : Au début il y avait d’autres maisons de disques mais on a choisi Because parce que c’est ceux qui connaissaient le mieux Denzo. Il étaient renseignés sur ma ville, sur moi, et j’ai senti qu’ils cherchaient à faire un vrai truc avec moi. On travaille toujours les sons avec Royal Music, et Because nous apportent les médias, de la visibilité. On travaille bien ensemble.

REVRSE : Cette année, t’as décidé de passer un cap et t’as accumulé les sorties. Ça t’es venu comment ?

Denzo : Au début il n’y avait que les freestyles Trop Atroce, puis j’ai décidé d’enchaîner avec deux mixtapes. Il y a aussi eu un reportage, dans le cadre d’un projet de Because que j’ai inauguré. Ça veut dire qu’ils devraient faire la même chose pour d’autres artistes normalement.

REVRSE : Sur les mixtapes on sent qu’il y a un vrai travail sur l’image de ton côté, entre les covers de Koria et le clip de Quotidien

Denzo : L’idée, c’était de montrer notre routine, notre vie de tous les jours. L’effet figé, c’est pour innover en quelque sorte. Pour tout ce qui est collectif, c’est un travail de groupe : on propose des idées mais en général je suis mon réalisateur parce que je sais où il veut aller.

REVRSE : Est-ce qu’on pourrait dire que t’as concilié un travail sur l’esthétique et un fond toujours aussi dur ?

Denzo : Même si je suis écouté jusqu’à Bordeaux, je suis toujours au quartier. J’ai une visibilité, je suis un peu connu mais je considère pas que j’ai percé. Tant que j’en suis là, il faut que ça se ressente dans la musique !

REVRSE : Ça veut dire que le jour où tu perces, tu vas cliper dans un pavillon ?

Denzo : (rires) Pas dans un pavillon, mais tu vas sentir que Denzo a percé.

REVRSE : Musicalement, comment t’as amené la différence avec les freestyles Top Atroce ?

Denzo : Avec la première mixtape, l’idée c’était surtout d’affirmer mon écriture alors que sur la deuxième on a voulu montrer mon côté rap de Grigny, un peu gangsta. Sur l’album, l’objectif va être de prendre le meilleur des deux.

REVRSE : Le rap de Grigny c’est ce qui a le plus influencé ta manière de faire de la musique ?

Denzo : Essentiellement, ouais, c’est le rap de Grigny. Après, il y a d’autres noms bien sûr : Rohff, Kery James… Mais c’est surtout le rap de la Grande Borne que j’ai écouté : LMC Click, La Comera, Mossda, Ekinox. Et à la fin, je fais les choses à ma sauce.

REVRSE : Au moment de Danse avec les loups, il y a eu une bascule avec le rap du 91 qui est passé de l’underground au devant de la scène. Ça t’a motivé ?

Denzo : Bien sûr, quand même. Avant, personne avait vraiment pété dans notre coin du 91. Donc quand ça a commencé à se faire une place, je me suis dit que je pouvais profiter de la vague. Et clairement, c’est notre tour en ce moment.

REVRSE : T’as atteint tes objectifs avec les deux mixtapes ?

Denzo : La première mixtape m’a surpris, elle a vraiment bien tourné. Déjà avant qu’elle sorte, j’aimais trop les sons et je les écoutais en boucle. Quand elle est sortie, énormément de gens ont validé et moi j’ai fait le tour de la France pour faire des rencontres avec mon public. C’est là que je me suis rendu comptent que des gens connaissent à Bordeaux,Montpellier Strasbourg… Moi, je suis tout le temps au quartier donc j’ai pas le recul de penser à ce genre de choses. Pour la deuxième mixtape, j’ai des retours positifs mais c’est pas encore terminé !

REVRSE : Ton gimmick Trop Atroce, j’ai l’impression que c’est un outil hyper efficace pour fédérer ta communauté…

Denzo : C’est vrai, d’ailleurs quand je vais rencontrer du monde je le crie et tout le monde le reprend à chaque fois. Quand je pose sur un couplet, il faut que ça Trop Atroce. C’est un truc qui est resté et qui m’a suivi, au final je suis Trop Atroce.

REVRSE : Avec Bendo, c’est la première fois que tu passes le cap du million de vues aussi rapidement. C’est une validation de ta visibilité au-delà de ton public ?

Denzo : On a fait le million en trois semaines. Après la mixtape, il nous fallait un gros son avec un gros clip et ça a clairement porté ses fruits.

REVRSE : Est-ce que c’est pas un peu tôt pour sortir un album ?

Denzo : C’est une bonne question… Dans un premier temps, on va faire monter la sauce pour défendre la mixtape en sortant de nouveaux clips et si après sa on sent qu’on est bien, on verra avant de balancer un album.

REVRSE : Tu commences aussi à te familiariser avec autotune avec tes mixtapes, ça se passe comment ?

Denzo : J’ai enregistré deux mixtapes en un an ! Ça veut dire que j’ai énormément travaillé. Quand je suis en studio, j’essaye d’être dans le professionnalisme, c’est-à-dire de tout maîtriser. Au début, je bossais dans le 92 et maintenant Royal Music a son propre studio donc je fais tout là bas.

REVRSE : Il y a aussi un studio à la Grande Borne, non ?

Denzo : Ouais, mais c’est plus les grands qui posent là bas : Juicy P, La Comera…

REVRSE : J’ai l’impression que t’as un modèle de carrière à la Niska. T’as un ADN qui est pas si éloigné de ses premiers sons, et tous les deux, vous avez commencé à gagner en visibilité après avoir amené quelque chose de nouveau sur l’image.

Denzo : C’est similaire mais c’est pas le même rap. Lui c’est de la trap, moi je rappe. Et pour ce qui est du changement des clips, ça va évoluer mais tu sentiras toujours que Denzo n’a pas changé. Chaque projet doit amener quelque chose de nouveau, mais je dirais pas que c’est un changement.

REVRSE : Tu commences aussi à travailler avec des beatmakers côtés (Loxon, Trent 700), comment ça se passe ? C’est Because qui t’aide sur ça ?

Denzo : Because nous ont ramené DST notamment qui a bossé sur pas mal de titres. J’ai clairement senti que je montais d’un niveau, même si à chaque fois je dois amener ma touche sur les grosses instrus. Et pour l’album, on va encore devoir élever le niveau, même si sur la mixtape déjà c’est très lourd comparé à ce que je faisais avant.

REVRSE : Si tu devais expliquer le truc qui te distingue de tout ce qui se fait actuellement, ça serait quoi ?

Denzo : La réalité des textes. Je sens que beaucoup de gens écoutent seulement les instrus parce qu’elles sont bien, mais sur chaque son il faut écouter les textes. Là, tu verras que c’est l’écriture qui rend le morceau lourd. Sur Twitter, j’ai vu quelqu’un dire : Rohff a Regretté, Denzo a La Mort. je sais pas si c’est vrai, mais en tous cas je pense que dans trois-quatre ans, les gens l’écouteront encore parce que c’est limite un classique à mon échelle. C’est ça qui me plait, quand il y aura une lumière, les gens vont écouter les deux volumes d’Atrocité et se rendre compte que c’est lourd depuis longtemps.

REVRSE : Tu vises un public qui cherche à aller au fond des choses…

Denzo : je vise des personnes qui savent qui est Denzo, un vrai public. Pas des gens qui ont vu que je faisais tant de millions de vues en une semaine. Je veux des gens qui sont vraiment avec moi. Le public, c’est comme une famille, dès que je sors un projet on le défend tous ensemble. Et c’est cette famille que j’essaye de solidifier.

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