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Coelho, le nouveau visage du rap nantais [Interview]

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La ville de Nantes est encore largement invisible sur la carte du rap français, mais cet état de fait ne devait pas tarder à changer. La raison de ce changement ? Un certain Coelho, bousillé au rap depuis l’âge de 12 ans qui finit par s’y mettre au sein du collectif West Smith. En 2016, il choisit de faire table rase du passé et de se lancer en solo, accompagné par son grand frère à la composition. Le résultat, un premier projet intitulé Philadelphia, qui attire l’attention de deux poids lourds du milieu: Tunisiano et Merkus. Ensemble, ils rencontrent le jeune talent en 2017 puis finissent par le signer sur leur label Mezoued Records courant 2018. La même année, Coelho dévoile un deuxième projet solo intitulé Vanités, qui donnera suite début 2020 à la sortie d’Odyssée. Entre maîtrise des mélodies, textes personnels de mieux en mieux travaillés et un univers facilement identifiable, le rappeur promet de faire parler de lui dans les mois qui viennent. Ses albums travaillés en famille et sa recherche de spontanéité permanente en font un artiste précieux aux mélodies captivantes, largement influencées par le R&B et la nouvelle scène rap d’Houston.

REVRSE : Après un peu de recherches, je me suis rendu compte que tu partageais avec beaucoup d’artistes nantais un ADN un peu expérimental…

Coelho : Peut-être ouais ! Le rap, c’est vraiment pas ce qui domine ici, il y a beaucoup de musiques électroniques, de techno et des trucs comme ça. Moi, c’est pas trop mon délire mais c’est peut-être ce qui explique que les rappeurs nantais ont des démarches plus expérimentales. En ceci me concerne, c’est plutôt lié à mes influences américaines…

REVRSE : Tu peux nous parler de ces influences, justement ?

Coelho : Dernièrement ça a été Travis, pas mal de trucs en R&B comme 6LACK ou Brent Faiyaz. Sur les dernières sorties… Don Toliver, The Weeknd, en France Laylow.

REVRSE : Ce côté R&B, on le retrouve un peu dans tes sons d’ailleurs, c’est toujours un peu chanté…

Coelho : Oui c’est un peu cette version moderne de R&B, entre chant et rap. C’est quelque chose qui se fait chez Travis, Roddy Ricch, et c’est complètement le créneau que je veux reprendre.

REVRSE : J’ai l’impression que t’as déjà sorti énormément de projets, et surtout de projets aboutis, pour quelqu’un à ton stade de développement.

Coelho : J’aime bien les albums, j’aime bien les trucs avec un fil rouge et une vraie ambiance. J’aime pas les projets playlists avec des sons mis dans n’importe quel sens, même si ça m’arrive d’en écouter. Moi, j’ai grandi sur des albums et c’est ça que j’aime, donc quand on fait un projet avec mon frère, on essaye de faire un truc aussi carré que possible avec une tracklist qui a un sens. Même si je vais pas être aussi précis qu’un Kendrick Lamar, je vais essayer de créer une ambiance.

REVRSE : Parmi les éléments de ton univers, il y a cette composante visuelle très paysagère qu’on retrouve sur la cover de Philadelphia ou le clip d’Odyssée…

Coelho : Pour la cover de Philadelphia, c’était le premier projet qu’on faisait avec mon frère. On avait cette photo sous la main qu’on a trouvé parfaite. Sur tout ce qui est clips, ça ne vient pas forcément de moi. Par exemple, pour le clip d’Odyssée dont tu parles on a tourné au Havre. C’est une référence à Takeshi Kitano, qui fait toujours des films très beaux, très poétiques, dont le réalisateur est fan au niveau de l’image. Même si je suis de la ville, j’aime bien tourner dans la nature parce que ça permet de se démarquer, de créer quelque chose d’intéressant.

REVRSE : Tu travailles avec Tunisiano et Merkus [manager de Vald], comment s’est passée la rencontre ?

Coelho : Je connais le neveu de Tunisiano depuis plusieurs années. Quand j’ai sorti Philadelphia, il m’a appelé et il m’a dit que son oncle voulait me voir parce qu’il avait bienaimé le projet. Il m’a donné son numéro, on s’est vus sur Paris avec Merkus, fin juillet on est partis en studio. C’est pour cette raison que depuis 2018, je suis signé chez eux [Mezoued Records].

REVRSE : Vous travaillez ensemble de quelle manière sur tes projets ?

Coelho : Le seul projet que j’ai sorti en indépendant, c’est Philadelphia. Odyssée, c’est le deuxième projet que je sors avec eux. Ce que je fais, c’est que j’enregistre des maquettes à Nantes étique par la suite je pars à paris pour enregistrer les sons définitifs. Ça me saoule de tout ré-enregistrer, j’ai l’impression de perdre en sincérité surtout si je le fais quatre mois après la maquette. Là, je me suis acheté du matos, et je pense tout enregistrer chez moi puis envoyer à un bon ingé.

REVRSE : Sur l’ensemble tes projets tu n’as enregistré que deux collaborations avec GaB’ et RAN…

Coelho : Oui, je feat qu’avec des artistes en trois lettres (rires) ! Plus sérieusement, les deux sont de Nantes. RAM, j’ai bien accroché à son délire un peu R&B et je voulais une chanteuse pour coller avec le fil conducteur de Philadelphia. GaB’ a sorti un projet par mon frère il y a pas longtemps, on se connait bien et j’avais besoin d’un gars comme lui, qui soit plus fluide et se prenne moins au sérieux.

REVRSE : Parla suite, t’envisages des collaborations avec des artistes qui ont une certaine notoriété ?

Coelho : Pourquoi pas, je suis ouvert à tout mais je préfèrerais être identifié dans un premier lieu. J’ai pas envie de faire un gros feat avec quelqu’un pour l’instant, même si ça peut être différent dans le cas où on me le propose…

REVRSE : La plupart de tes morceaux sont produits par toi et ton frère ?

Coelho : Sur les projets d’avant, j’avais composé quelques prods (Désirs, O.D), mais sur Odyssée c’est essentiellement mon frère. Là encore, je suis pas fermé mais naturellement je vais pas vers les gens. Je préfère être identifié avant de bosser avec d’autres têtes. Pour l’instant, je suis très content de ce qu’on arrive à faire.

REVRSE : Quand tu parles, j’ai l’impression que la spontanéité occupe une place importante dans ton processus artistique…

Coelho : C’est clair que j’arrive pas à travailler sans envie. L’idéal, c’est des morceaux assez fluides où tout me vient directement. Je pourrais pas faire 60 morceaux et en sélectionner 15, j’arrive pas à fonctionner en machine. Pour faire la musique que je fais, j’ai aussi besoin d’en écouter beaucoup.

REVRSE : À côté de ça, tu restes productif en termes de sorties de projets. C’est une manière d’évoluer en dépit de ce mode de fonctionnement ?

Coelho : Carrément ! Sur Philadelphia et Vanités, c’est assez brut mais on ne retient pas grand chose en termes de mots forts. Tunisiano m’a proposé de travailler dessus, et je trouve qu’en écoutant ce projet j’ai marqué l’essai en quelque sorte. C’est ce que ça m’apporte, j’essaye de m’améliorer à chaque fois. J’ai un processus assez lent de création, j’aurais du mal à terminer un morceau en un jour.

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