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Avec Shayfeen, la scène du Maroc passe à la vitesse supérieure

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Depuis près de cinq ans, la scène rap marocaine a traversé une véritable mutation pour s’imposer comme la plus exposée du Maghreb à l’international. Parmi les milliers de cette lame de fond, Small X et Shobee forment le groupe Shayfeen et participent actuellement au SAFAR Tour. En l’espace de dix ans, ils se sont imposés comme le groupe phare du collectif Wa Drari. Des clips soignés, un code vestimentaire futuriste, à l’image de leur rap et un style décomplexé et créatif font d’eux des stars en devenir. Après plus d’une décennie de carrière et des galères multiples, la voie du succès s’ouvre enfin pour le duo marocain. Avec le collectif Wa Drari, ils aspirent désormais à une universalisation du rap marocain. Pourtant, rien ne les prédisposait à un tel succès. Shayfeen trouve ses racines à Safi, sur la côte marocaine. Soufiane Oussrir (Snow) et Chouaïb Ribati (Shobee) créent le groupe en 2006, puis Abdessamad Lamriq (Small X) les y rejoint en 2009. Peu de temps après, Snow quitte le groupe… Le début d’une véritable épopée.

➡️ Un parcours difficile, guidé par une faim insatiable et une passion inébranlable

La réussite de leur groupe vient de plusieurs facteurs : leur originalité, leur esthétisme, leur créativité et leur avant-gardisme mais aussi et surtout leur détermination. Venant de la petite ville de Safi, ils n’ont pas eu accès aux infrastructures dont pouvaient disposer les artistes de Casablanca. A leurs débuts en duo, les deux passent des nuits dehors, mangent parfois très peu afin de pouvoir payer leurs heures de studio. Shobee et Small X sont des passionnés de rap qui s’inspirent d’une multitude de scènes à l’international, que ce soit « des américains, des français mais aussi des allemands, des scandinaves » confiait Shobee à Check. Après quelques années à expérimenter toutes sortes de genres musicaux, le groupe se focalise sur le rap à partir de 2014. Sur YouTube, le succès prend et leurs sons dépassent le million de vues. Face à « l’ascenseur social cassé », les deux artistes souhaitent « donner de l’espoir » à la jeunesse marocaine dont le taux de chômage avoisinent les 40%. Shayfeen se transforme alors en porte-parole de revendications trop souvent oubliées.

➡️ Libérer la parole au Maroc, le pari risqué de Shayfeen et de la nouvelle génération

Dans un pays meurtri par une faible liberté de la presse (le Maroc se classe 135ème sur 180 du classement 2019 de Reporter Sans Frontières), il est difficile de connaitre le succès et de passer à la radio lorsque l’on critique le pouvoir. « Au Maroc, tu fais six ou dix fois les efforts d’un artiste qui est dans un pays développé artistiquement et industriellement » disait Shobee à Konbini. Ancré à Casablanca depuis plus de dix ans, le rappeur Moby Dick déplorait lors d’un entretien avec le Bruxelles Bondy Blog « l’absence totale de ce qui se passe sur internet » sur les chaines de télévision marocaine. Pas de subventions pour les rappeurs marocains, contrairement aux français qui peuvent recevoir des aides par la Direction Régionale des Affaires culturelles (DRAC) par exemple. C’est sur internet justement que le groupe va se développer, au travers de sa chaîne YouTube notamment. Shayfeen voit le rap comme un partage sans frontières où chaque artiste, peu importe sa provenance, peut se faire entendre. Cette vision, ils la partagent avec le collectif Wa Drari, qui rassemble une pléiade d’artistes, notamment marocains, en devenir.

➡️ Naar et l’Atlantablanca, de nouvelles têtes d’affiches du Maghreb à l’international

Avec ce groupe, ils souhaitent mener à bien un projet nommé Naar. Leur but : exporter la culture marocaine à l’international. Pour cela, Shayfeen va établir une stratégie qui a porté ses fruits. Des featurings avec des artistes internationaux et l’usage de la trap, un dérivé du rap dont les rythmiques énergiques brisent la barrière de la langue car les membres du groupe rappent en darija, dialecte local marocain. En France, ils ont déjà collaboré avec Laylow, sur un clip qui cumule  six millions de vues, mais aussi avec Leck et Lacrim. Plus récemment, on pouvait les retrouver aux cotés de l’orléanais Dosseh sur Kssiri, dont le clip a d’ores et déjà dépassé le million de vues sur YouTube. A cela s’ajoute la chanteuse canadienne Empire ISIS, Ahmed Soultan, le rappeur marocain Toto ou MADD, petit-frère de Shobee. Depuis, le duo enchaîne les concerts sur le vieux continent avec le SAFAR Tour, aux côtés de MADD et d’artistes français comme Nelick ou Lomepal. En point d’orgue, une tournée européenne au mois d’avril, qui devrait leur permettre de s’imposer définitivement comme les valeurs sûres du rap maghrébin à l’international.

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