YG prouve que la Californie sait comment faire la fête avec « Stay Dangerous »

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On l’attendait depuis des mois, et après un teasing interminable, le champion des hymnes pour « barbecue un dimanche d’été » est de retour pour le plus grand plaisir des afficionados des sonorités westcoast. Sorti le même jour que Swimming de Mac Miller et qu’Astroworld, le troisième album studio du rappeur de Compton Stay Dangerous a tenu la comparaison sur le plan musical à défaut de succès commercial. Loin d’être écrasé par l’exploitation débordante de Travis Scott, YG a réussi à s’imposer avec ce nouveau projet comme l’une des sorties incontournables d’une année 2018 pourtant incroyablement riche. Malgré sa qualité pourtant, le projet présente un certain nombre d’aspérités, et laisse en bouche un arrière-goût amer… Celui qui reste en bouche après avoir écouté le bon album d’un artiste qui aurait pu viser l’excellence.

RJ, focus sur l’étoile montante de L.A. signée chez YG et DJ Mustard

➡ L’album de toutes les prises de risques ou un projet inégal qui laisse une impression d’inachevé ?

Son premier opus, My Krazy life, projet rondement mené, avait donné un coup de jeune à la scène Westcoast et avait remis au goût du jour une couleur jusqu’alors cantonnée aux 90’s. Deux ans plus tard, YG transformait l’essai avec Still Brazy. Sur Stay Dangerous, le rappeur de Compton (pardon, de Bompton) tente d’embrasser pleinement sa drôlerie naturelle flirtant avec le niais. Cette impression démarre avant même d’avoir écouté l’album : la cover annonce déjà la couleur. On s’attendait à ce que Stay Dangerous soit l’infusion des deux projets qui l’ont précédé, au sein desquels YG avait pu démontrer toute l’étendue de sa palette et avait proposé à la fois des bangers gorgés de soleil et d’odeurs de côtelettes grillées tout comme des morceaux plus politisés où il parvenait à peindre le quotidien d’un jeune afro-américain conscient, révolté mais aussi résolu face aux inégalités auxquelles il fait face dans son pays. C’est ce YG que l’on retrouve immédiatement sur l’intro 10 Times où le hook « It’s ten times hard for a real nigg* » embarque immédiatement l’auditeur dans une boucle infinie, ponctuée par l’hypnotique synthé de DJ Mustard. L’intro se termine sur un cœur gospel qui vient casser sa structure de manière abrupte et laisse penser que cet album sera celui de toutes les prises de risques et de la dangerosité, comme le suggère son titre. Que nenni ! YG tente d’enchainer les morceaux efficaces pour retrouver cet esprit Who do you love / Left – Right et on a malheureusement l’impression de ne jamais entrer dans le vif du sujet.

➡ Entre humour noir et fièvre rouge, des choix d’écriture désarticulés qui déstabilisent l’auditeur

Sur la forme, YG est resté très prudent en s’associant à plusieurs reprises à DJ Mustard, avec qui il a pour habitude de travailler et qui semble détenir la recette des hits. En revanche, sur le fond, YG propose une écriture totalement désarticulée qui entre en parfaite contradiction avec les thèmes qu’il aborde sur certains morceaux. Sur Bulletproof en featuring avec Jay305, on s’attend à ce que la piste soit un véritable hymne à la rue, mais YG désamorce son couplet en enchainant les lignes légères et inoffensives. Les morceaux très festifs, eux, regorgent de considérations plus profondes comme sur Power en duo avec Ty Dolla $ign où il aborde des thèmes tels que le consentement, et le leitmotiv « that pussy got power » est empreint d’un féminisme sans pareils. Le rappeur a récemment eu une petite fille, ce qui a probablement donné une nouvelle dimension à sa vision de la femme.


➡ Ni régression ni bond en avant, YG fait du sur place et ne sort pas de sa zone de confort

Il y a peu de moments pénibles sur l’album si ce n’est la piste Can’t Get into Kanada où YG s’essaie à un flow plus proche du South que de la Wescoast, s’échouant brutalement sur d’abominables percussions. Quelques coups de fouet donnent un rythme à cet album aux allures de routine, en particulier Suu Whoop, cri de guerre à la gloire des Bloods sur lequel YG offre une belle cadence en plusieurs temps sur le refrain, assez typique de ce qu’on pouvait trouver chez Xzibit dans sa grande époque. Too Cocky et Power qui sont les bangers estivaux que tout le monde attendait du rappeur. On trouve également Deeper Than Rap et Bomptown’s Finest où YG propose davantage d’introspection sur une production léchée et résolument Westcoast. Ces deux morceaux, qui clôturent l’album, laissent transparaitre un YG plus mûr, plus sérieux et plus enclin à offrir cette fresque de la vie, à son échelle, dans des coins de la Californie où le soleil ne brille pas toujours. On y retrouve toute la contradiction de l’homme qui jongle entre sa paternité nouvelle, ses disques de platine et son amour et sa loyauté envers son gang. Probablement victime du « syndrome du survivant » (la culpabilité d’avoir pu s’en sortir sans pouvoir forcément emmener tout le monde avec lui), YG livre ses regrets, ses peines et tente d’exorciser ses démons… Un registre dans lequel il semble être plus attendu, à la manière de son homologue Kendrick Lamar.

Loin de la dangerosité prônée par le titre de l’album, YG  y reste plutôt calme et collectif en faisant ce qu’il sait faire de mieux aux côtés des personnes avec lesquelles il est habitué à le faire (Ty Dolla Sign, DJ Mustard…). Si My Krazy Life et Still Brazy ont été de véritables tsunamis, difficile de dresser le même constat pour ce troisième chapitre où YG reste à la surface et ne prend pas la vague en pleine tête, il est donc difficile pour lui d’emmener ses auditeurs en immersion. Loin d’être un énorme fail mais loin d’être un classique en devenir, le projet reste médian, une fois la vague passée, quelques morceaux restent en guise d’écume mais le reste coule profondément, on peut tout de même s’y replonger plusieurs fois pour de se rafraichir par cette chaleur caniculaire.

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