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Rim’K, aux racines de deux décennies de carrière [Interview]

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Nombreux sont les artistes qui ont profité du confinement pour sortir des projets surprises, compilations d’inédits destinées à faire patienter le public alors qu’une bonne partie des sorties majeures ont été suspendues dans l’attente de jours meilleurs. Si outre-Atlantique, c’est Drake qui crée l’évènement avec Dark Lane Demo Tapes, la France n’est pas en reste : Alonzo, Leto et d’autres nous ont ainsi gratifié de morceau mémorables pour meubler une période inédite. Parmi ces artistes, Rim’K s’est illustré avec Midnight, un EP de cinq titres incluant des collaborations avec Koba LaD, SCH, Hamza et Dadju. Single phare de ce projet de transition, Rose rouge se classe dès sa sortie en troisième position des nouveautés musicales sur la plateforme TikTok et cumule plus de 3 millions de vues sur YouTube. Avec Midnight, Rim’K clôt la trilogie Monster – Fantôme – Mutant et entame un nouveau volet de sa carrière. Vingt cinq ans après ses premiers pas dans la musique, le tonton le plus populaire du rap français est loin d’avoir dit son dernier mot et ne cesse d’impressionner par sa capacité à assimiler les tendances du moment à son univers sans le dénaturer.

REVRSE : Tu as sorti l’EP Midnight il y a trois semaines, quels ont été les retours ?

Rim’K : Moi, je suis super content ! C’est un EP de base, pas un album, pas une mixtape… Il n’y a que cinq titres ! C’est un produit fait pour être consommé rapidement, mais c’est toujours conceptualisé autour du thème de la nuit.

REVRSE : Tu sors d’une trilogie ancrée dans le fantastique, est-ce que cet EP est une transition vers quelque chose de nouveau ?

Rim’K : À la base, j’avais simplement enregistré quelques titres avant de remarquer que le thème de la nuit revenait pas mal. Plutôt que de faire dix autres titres sur la même lancée, je suis resté sur cette base. Avec un album de quinze titres, il y a des pépites qui passent inaperçues au détriment de certains morceaux. Je me dis donc que ce format permet de mettre en valeur chaque chanson ! Niro est allé dans le même sens en sortant l’album Stupéfiant sous forme d’EPs pour attirer l’attention du public sur chaque morceau. J’aurais aussi pu me cantonner à du titre par titre, mais j’ai quand même besoin de raconter quelque chose, de conceptualiser… J’ai appris la musique de cette manière. Au titre par titre c’est difficile de pousser des concepts. Le format EP est très intéressant pour ma proposition musicale.

REVRSE : Tu prenais l’exemple de Niro, on peut s’attendre à ce que le projet devienne aussi évolutif ?

Rim’K : Je ne sais pas. Pour dire la vérité, je ne suis pas dans le calcul. Je n’ai pas de plan de carrière, j’ai vingt ans d’expérience. Je suis dans le pur kiff… C’est dans cet état d’esprit que j’ai sorti Turbo puis Midnight.

REVRSE : D’ailleurs, Turbo n’est pas dans l’EP. Il ne collait pas assez à la couleur du projet selon toi ?

Rim’K : Je me suis dit qu’il pouvait être de trop. Il y a déjà le titre Rodéo sur Midnight qui est assez similaire. Je ne voulais pas de doublons. J’ai dû faire des choix, j’ai préféré l’aspect inédit de chaque morceau.

REVRSE : Rodéo se distingue du reste des titres parce qu’il est coupé par un changement de beat. Pourquoi avoir recouru à ce procédé, par ailleurs de plus en plus populaire en France ?

Rim’K : En fait je me suis imaginé dans ma voiture pendant la conception du morceau. Quand tu conduis, tu passes par différentes humeurs et plusieurs sentiments au volant, pendant ta ride. Si on parle de changement de beat, on l’avait déjà fait en 98 avec AP sur Ni barreaux, ni barrières, ni frontières. On racontait une histoire, et la musique changeait en fonction des différents épisodes.

REVRSE : Pour résumer, rien ne se crée, tout se transforme !

Rim’K : Exactement.

REVRSE : Parmi les gros succès de l’EP, la collaboration avec Hamza. De manière assez inattendue, elle a pris d’avantage que celle avec Koba et SCH. Un signe que le public recherche des rencontres et non des confrontations d’univers ?

Rim’K : Cette collaboration à trois était un pari au départ. J’ai fait énormément de duos dans ma carrière, par exemple avec Lacrim, Nekfeu… On se rendait la balle, on se faisait des passes. Sur un projet comme ça, il faut tenter des choses. J’ai décidé de partir sur un titre à trois : j’ai pris le S parce que son style est vraiment atypique, idem pour Koba. Il n’y en a pas deux comme lui ! J’ai voulu faire quelque chose de vraiment original. C’est plus dur à réaliser qu’un son à deux, mais j’aime beaucoup le morceau et j’ai énormément de bons retours.

REVRSE : C’est vrai que ce trio peut paraître inattendu, mais vos trois styles sont finalement plus compatibles que ceux de Dadju et d’Hamza avec le tiens…

Rim’K : Avec Hamza et Dadju, on a vraiment des styles différents ! Tout ce que je fais aujourd’hui, c’est dans l’expérimentation. Au bout de vingt ans de carrière, une routine s’installe. J’ai mes disques d’or et plus rien à prouver. Il me faut de nouveaux challenges. On me demande souvent pourquoi je pose avec les jeunes. C’est parce parce que j’aime poser avec les gens chauds du moment ! C’est comme au foot, je veux voir les joueurs et les équipes qui sont en forme.

REVRSE : C’est ce qui te permet d’éviter de tourner en rond, de te renouveler ? Tu apprends d’eux aussi, il y a un vrai échange ?

Rim’K : Absolument. On a de longues discussions, on écoute du son, on se met dans un univers… On est pas dans une histoire de performance où chacun fait son couplet dans son coin.

REVRSE : Pour toi c’est essentiel d’être ensemble pendant les séances studio ?

Rim’K : Ça dépend. Pour certains artistes avec qui je m’entends vraiment bien, je pourrais travailler à distance. Mais rien ne remplacera l’expérience d’une session studio en commun.

REVRSE : Tu dis ne pas avoir de plans de carrière, mais tu as survécu aux passages à vide de l’industrie musicale comme à ses rebonds. Comment est-ce que tu adaptes ta musique et ton modèle ?

Rim’K : C’est tout un univers. Les gens pensent que si j’ai ma longévité, c’est parce que je suis uniquement un bon rappeur. C’est faux, il faut aussi savoir tenir son business. Il y a quinze ans, après trois albums de 113, j’ai estimé que je comprenais le business. J’ai ouvert mon label, je me suis autoproduit… C’est tout aussi important que de se renouveler. Malheureusement la musique coûte cher, et sans argent, pas de musique. Il faut prendre en main sa carrière, ne pas être dépendant ou biberonné des maisons de disques. Parce que le jour où elles auront une nouvelle marque, tu seras plus ou moins délaissé, à son détriment.

REVRSE : L’EP surprise, c’était déjà prévu ou c’est une décision qui s’est prise en réponse au confinement ?

Rim’K : C’était déjà prévu. Mais avec le confinement, comme tout le reste de l’industrie, je me suis questionné. Les gens sont-ils en mesure d’écouter de la musique en cette période ? Après réflexion, je me suis rappelé qu’en étant bien ou mal, j’écoutais toujours de la musique. Je suis donc resté sur ma décision de sortir le projet à ce moment-là, tout simplement.

REVRSE : Après une montée en puissance des individualités, les groupes sont progressivement revenus sur le devant de la scène dans le courant des années 2010. Pourquoi ?

Rim’K : J’ai pas vraiment d’explications mais je dirais que dans le rap, on est souvent des mecs de quartiers, personne ne rappe vraiment seul. Rester solitaire, c’est vraiment dur et même les rappeurs qui percent en solo sont rarement seuls en studio. Voir tous ces groupes me fait super plaisir, je retrouve de nous dans chacun d’entre eux ! À titre d’exemple, Ademo de PNL est un mec que je connais bien. Dès ses premières séances, j’ai su qu’il était affamé, et ça c’est indissociable d’un rappeur. Il faut ce moteur pour tenir sur la durée.

REVRSE : Quels sont les avantages et les inconvénients d’une carrière en groupe ?

Rim’K : Pour les avantages on partage le taff, l’expérience… Plusieurs cerveaux réunis sont plus puissants qu’un seul ! Néanmoins, en solo, tu peux aborder des choses beaucoup plus intimes. Dans mes projets solos, j’ai pu parler de sujets assez personnels comme mon village en Algérie, ma famille… Des choses que je ne m’étais pas permis de faire en groupe. En groupe, il faut faire des titres qui nous représentent tous, garder un vecteur commun. Parler de mon village n’aurait pas de sens dans un morceau de 113.

REVRSE : En parlant de 113, pourquoi est-ce que Les princes de la ville n’est pas disponible sur les plateformes de streaming ?

Rim’K : Il y a des questions administratives et contractuelles à régler, il n’y a aucun malentendu ou problème par rapport à ce disque. Ça va arriver.

REVRSE : Est-ce qu’on peut s’attendre à de nouvelles collaborations avec AP, voire à un retour du 113 ?

Rim’K : Pour AP, je vais pas gâcher la surprise mais normalement, il y en a une qui arrive ! Je n’en dis pas plus, mais ça va vite arriver. Pour le 113, on va d’abord essayer de mettre Les princes de la ville sur les plateformes. Cependant, ce n’est pas prévu. Et puis on a fait tellement de choses individuellement… Je ne veux pas parler de marche arrière, mais chacun a ses priorités !

REVRSE : On te sait très amateur de rap américain, quels sont les artistes que tu écoutes le plus en ce moment ?

Rim’K : Don Toliver, c’est vraiment cool. Sinon, j’écoute aussi le dernier album de Lil Uzi Vert, mais surtout Pop Smoke, paix à son âme. Ses projets Meet The Woo 1 et 2 sont de vraies claques. J’invite les gens à écouter ça, c’est du très bon rap.

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