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Le duo PNL a reçu 250,000 euros d’aides pour « Deux Frères »

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Pour la conception, la promotion et la réalisation des clips de l’album Deux Frères, le duo PNL a reçu des financements de trois organismes, à hauteur de 250 000 euros. Cette somme a, en partie, contribué à faire de l’album l’une des plus grandes réussites de l’année sur le plan artistique. Pourtant, on constate encore une sous-représentation de la filière rap dans les demandes de subventions auprès d’organismes comme la SCPP, la SPPF, la SACEM ou encore l’ADAMI. Récemment, les artistes se sont vus opposer une nouvelle difficulté à la réalisation de ces démarches : le 8 septembre, la Cour de justice de l’Union européenne a privé les États membres de la manne des irrépartissables issus des diffusions de titres d’interprètes américains, qui représentait près de 35% du budget de certains organismes de gestion collective pour l’attribution d’aides. Alors que la création musicale a déjà été mise à mal par la crise COVID-19, ce coup de rabot pourrait porter atteinte aux projets programmés pour les mois à venir…

Au-delà de PNL, la relation timide du rap et des aides à la création

Entre 2018 et 2019, le duo PNL a pu bénéficier de subventions conséquentes, qui lui ont permis de livrer avec Deux frères un album d’une facture remarquable. Ainsi, deux aides avant réalisation de 80 000 euros et 40 000 euros ont été accordées par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) pour les clips d’Au DD et de Deux frères, ainsi que 8 259 euros du Bureau Export pour la promotion de l’album aux Pays-Bas, aux États-Unis, et en Allemagne. Enfin, la SPPF a accordé un total de 161 000 euros de subventions aux deux rappeurs, incluant 25 000 euros pour les clips d’À l’Ammoniaque et d’Au DD, 20 000 euros pour le clip de Deux frères, 18 000 euros pour le clip de Blanka, 40 000 euros pour l’enregistrement de l’album et 33 000 euros pour son marketing et sa promotion. L’ensemble de ces aides cumulées atteignent la somme de 250 000 euros. De quoi financer des extravagances telles qu’un clip tourné au sommet de la Tour Eiffel, ou encore une promenade en bus à impérial sur les Champs-Élysées. Ce dossier de subventions soigneusement mené à bien n’est donc pas étranger au succès critique et commercial de l’album. Pourtant, en France, PNL semble faire figure d’exception. Les projets portés par la filière rap sont encore minoritaires dans les listes de aides attribuées, notamment, par les organismes de gestion collective.

Si l’on porte un regard attentif au détail des 1 046 subventions accordées par la SPPF en 2018, on constate qu’à peine 107 d’entre elles concernent un projet rap francophone. Ce chiffre détonne quand on le met en regard avec la contribution du genre au chiffre d’affaires de la musique enregistrée la même année : il représentait notamment 43% du Top Albums et 109 des 200 singles les plus écoutés de 2018. Cette sous-représentation est associée à plusieurs facteurs : un manque de communication des organismes concernés auprès des professionnels indépendants du rap, mais aussi une imagerie du genre construite autour d’un narratif d’opulence qui exclut, par défaut, le recours à des systèmes d’aides et de subventions… Autre élément déterminant de cette rupture, l’absence quasi-totale de professionnels issus du rap dans les rangs des principales institutions politiques de l’industrie musicale. Le producteur Tefa pointe ainsi régulièrement du doigt le fait que, malgré ses importantes parts de marché, le rap n’est « toujours pas représenté à la SACEM ». On retrouve néanmoins Tefa et Béatrice Bonnefoi (Suther Kane) à la SPPF et à l’UPFI, Olivier Caillart et Antoine Guéna (Panenka Music) à l’UPFI et la GAM… Maigre victoire pour le premier registre de l’hexagone.

Une décision européenne qui bouleverse le système d’aides

Le financement de ces systèmes d’aides s’appuyait jusqu’à récemment sur deux sources de revenus des organismes de gestion collective : les sommes provenant de la rémunération pour copie privée, et les sommes ne pouvant être réparties en application de conventions internationales ou faute d’avoir identifié leurs destinataires. Dans les faits, la majeure partie de ces irrépartissables provenaient de la diffusion en France du répertoire d’interprètes américains, privés des revenus ainsi générés par application réciproque de la réserve des États-Unis au Traité sur les interprétations et exécutions et les phonogrammes de 1996. Cette réserve prévoyait en effet que la diffusion par une radio américaine du répertoire d’artistes étrangers ne donnait pas droit au versement de redevances au titre des droits voisins. Le 8 septembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a créé un véritable séisme dans une filière musicale européenne déjà sévèrement atteinte par la crise COVID-19 en réaffirmant le principe de rémunération équitable, et en déclarant illégale l’application réciproque de la réserve des États-Unis. Tandis que la société de gestion collective américaine SoundExchange se félicite de la décision, l’économie des labels indépendants outre-Atlantique accuse le choc.

Les irrépartissables représentant plus de 5,2 millions d’euros par an pour la SPPF et 6 millions d’euros pour l’ADAMI, cette décision prive de nombreux interprètes d’appuis considérables. Le 7 octobre, l’Adami a ainsi annoncé que le dépôt de nouvelles demandes d’aide était suspendu jusqu’à minimum décembre 2020. Dans un futur proche, il semblerait qu’il revienne aux pouvoirs publics de contrer cette décision… Une première étape rassurante a été atteinte ce 7 ocobre, avec un amendement adopté à l’Assemblée Nationale à l’initiative de la députée LREM Aurore Bergé. Celui-ci prévoit que le déblocage d’un fond de soutien aux organismes de gestion, afin que les créateurs et labels s’étant déjà vu attribuer des aides à la création ne se trouvent pas dans l’obligation de les rembourser.

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