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Larry, une vision derrière la spontanéité des bangers [Interview]

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Le 31 janvier dernier, Larry dévoilait son premier projet : la mixtape Cité Blanche. En l’espace de 17 titres plus deux bonus réservés aux auditeurs de Strasbourg, sa ville, le rappeur nous projette dans un univers sombre, rythmé par des bangers énergiques qui font secouer la tête à toute une nouvelle génération d’auditeurs rap. Influencé par l’atmosphère des rejetons français de la drill de Chicago, de 13 Block à XV Barbar, mais aussi par le tournant cartoonesque emprunté par certaines étoiles montantes du genre depuis 2018, Larry livre un projet surprenant. Proche de l’univers que ses auditeurs lui connaissaient déjà, mais conscient de la nécessité d’aller de l’avant et de proposer de nouvelles thématiques et sonorités à l’avenir, il emprunte avec adresse un chemin qui pourrait bien le mener vers de nouveaux horizons dans les mois à venir. Interview exclusive d’un des nouveaux visages de la scène rap hexagonale, mais aussi d’un des principaux acteurs du renouveau de Sony dans l’urbain, via le label Hall Access (Columbia). Portrait d’un artiste réfléchi, à la fois très spontané dans sa perception de la musique et capable de prendre de la distance sur ses choix de carrière…

REVRSE : Après quelques mois passés à te construire une fanbase, tu effectues une vraie montée en qualité sur Cité Blanche. T’as déjà eu des retours ?

Larry : Franchement j’ai de bons retours dans l’ensemble, j’en suis assez fier. Avant ce projet, je ne maîtrisais pas du tout l’autotune. Je suis fier du taff qu’on a fait dessus, il y a une vraie réalisation sur le projet, qui fait que ça garde l’ADN Larry en l’amenant à un niveau supérieur. Les sons d’avant, je ne savais que kicker, maintenant on tente des mélodies. Par exemple, les « ponts » c’est pas quelque chose que j’avais l’habitude de faire…

REVRSE : Tu as travaillé avec pas mal de beatmakers aguerris: Proof, Ghost Killer… Mais c’est surtout Cello qui joue un rôle important sur le projet. Il a participé à la direction artistique ?

Larry : Au studio je suis autonome, je n’ai pas besoin de direction artistique, je fais mes toplines seul. Cello, c’est la première personne que j’ai rencontré quand j’ai signé en maison de disques. Notre manière de travailler, c’était de l’amener comme ingé à des séminaires, c’est-à-dire de nous enfermer et d’écouter et d’améliorer des prods toute la journée. Parfois, il me faisait aussi écouter les prods qu’il faisait. Au final, on est restés tellement longtemps ensemble qu’on a appris à se connaître musicalement. Au début, je pouvais le guider un minimum sur les types de prods que je voulais, mais par la suite il savait de lui-même ce qui allait me plaire. C’est la raison pour laquelle il est aussi présent.

REVRSE : Woin Woin t’a bien installé sur le scène rap, avec notamment une première certification. Quel est ton rapport à ce nouveau public ? Tu veux en profiter au niveau de la scène et des festivals ?

Larry : De fou ça a élargi mon public, je le sens. C’était vraiment un banger. La scène vraiment c’est quelque chose que je kiffe. Quand j’ai commencé le rap j’aimais bien le délire de freestyle, j’aime trop les sensations que ça dégage. Sur scène tu retrouves aussi cette adrénaline, je vois ça un peu comme un combat de boxe. Donc les festivals à fond, j’en ai déjà annoncé et il devrait y en avoir d’autres pour cet été selon la manière dont les choses évoluent.

REVRSE : On retrouve aussi un featuring avec Zed. Un choix logique en termes d’univers, surtout qu’on ressent bien ton attachement à la période Violence Urbaine Émeute.

Larry : Zed c’est un choix de ma part, c’est un kiff perso, il a des mélodies de fou. Le 13 Blo, c’est arrivé à l’époque de la fin du collège. Ils étaient tellement sombres que ça me rendait sombre aussi, j’étais bousillé par ça. Concernant le son avec Zed, j’avais envie de partir dans son univers. Ça ne s’est pas fait au premier son, on en a d’abord fait un qui avait un peu trop ma couleur, c’était pas mon objectif. Du coup on a fait une deuxième session pour ce son.

REVRSE : Simple impression, mais est-ce que XV Barbar ne ferait pas partie de ces influences aussi ?

Larry : C’est vrai qu’on ne les cite pas beaucoup mais ça a été une grosse influence pour notre génération aussi. L’époque de Catch Up, Black Dance… Ils ont ramené un truc et ont influencé plein de monde au niveau de la gestuelle, notamment.

REVRSE : T’es le genre d’auditeur qui se butte au rap français et pas du tout au rap américain ?

Larry : Franchement ouais, j’écoute en très grande partie du rap français depuis toujours. Pourtant, je suis pas fermé. Demain je suis pas à l’abri de me prendre une gifle en rap US et d’en écouter à fond.

REVRSE : On sent que tu as un vrai rapport à ton quartier et à ta ville. Tu peux nous parler un peu de l’engouement que ça crée au niveau local ?

Larry : Ma zone m’a toujours donné de la force, que ce soit mon quartier, ma ville ou mêmes les coins autour. J’essaye vraiment de rendre la pareille à ma ville en faisant ce que je peux. Ça passe par inviter des mecs de chez moi à Planète Rap, des concerts gratuits, en mettant deux sons en plus dans l’édition de l’album qui sortira qu’à Strasbourg… Ils me le rendent de fou. En tout cas ça fait super plaisir d’être aimé dans sa ville.

REVRSE : Il y a aussi une autre composante dans ton identité, à savoir tes origines marocaines. Est-ce que tu suis ce qui se fait là bas ? On peut s’attendre à un feat avec des artistes locaux ?

Larry : Je parle arabe et je suis très attaché à mon pays. J’ai découvert le rap marocain via Shayfeen sur un son avec Laylow, j’ai pris une grosse gifle, depuis je suis. Il y’a aussi Madd et 7liwa que j’aime bien, El Grande Toto avec qui je parle sur les réseaux parfois. Ça fait super plaisir les marocains commencent à être dans le bail. Franchement ça fait longtemps que je ne suis pas allé au Maroc, mais quand j’y irai on va se capter, forcément.

REVRSE : Cette mixtape est un cheminement vers l’album ? Est-ce qu’on peut s’attendre à des thèmes plus tournés vers l’introspection ?

Larry : Un cheminement vers l’album… Oui et non. Tu retrouveras sûrement l’ADN de Cité Blanche dans l’album, mais en en plus abouti. Dans cette mixtape, il n’y a pas beaucoup de sons où j’ai pris des risques, mis à part Enfant compliqué et Maman me disait, et c’était notre volonté. Je voulais pas brusquer les gens en envoyant que du turn up et en changeant de créneau d’un coup. On prend le virage doucement, mais je tends dans cette direction pour l’album, notamment en développant d’autres thèmes et on peut même s’attendre à d’autres prises de risque, en parlant plus de moi même comme tu dis…

REVRSE : Parmi les sujets récurrents de la mixtape, celui des courses poursuites avec la police…

Larry : C’est réel, moi j’étais celui qui se faisait pas peter. J’étais trop rapide pour eux ! Exemple : un jour, on était dans une cité pour sauter un gars, on l’a pas trouvé donc on a un peu foutu la merde. À ce moment, je tourne la tête je vois que des keufs arrivent de tous les côtés, même derrière, à pied, en voiture… Malgré le traquenard, j’ai accéléré et c’était mort pour eux. À la fin je me suis caché sous une voiture en attendant que ça se calme, et c’était exactement à l’endroit où on a tourné Woin Woin.

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