Future et Juice WRLD, l’échec artistique de « WRLD ON DRUGS »

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À première vue, la collaboration entre Future et Juice WRLD n’a rien d’évident, tant sur le plan de l’identité des deux artistes que sur celui de leurs niveaux respectifs de popularité. Une génération les sépare, quinze ans pour être exact, et si l’on devait les comparer, leur manque d’atomes crochus ferait de WRLD ON DRUGS un projet surprenant en tous points. Cet album est pourtant la suite logique de quatre ans de règne au sommet de la scène rap américaine, juste le temps qu’il fallait pour laisser une réelle empreinte dans l’imaginaire d’un lycéen à la quête d’inspiration. Ce n’était qu’une question de temps avant que le Future de Monster, Beast Mode, 56 Nights et DS2 puisse mesurer son impact sur les nouvelles générations de rappeur. Aujourd’hui déjà, une bonne partie des figures émergentes à l’échelle nationale ont intégré la musicalité du rappeur d’Atlanta à leurs palettes, Juice WRLD l’a lui-même qualifié d’influence formatrice.

Qui est Juice WRLD, la jeune star US qui sort un album avec Future ?

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Du haut de ses 19 ans, Juice WRLD a fait une entrée fracassante à la deuxième place du Billboard Hot 100 avec le single Lucid Dreams. Son esthétique musicale s’imprègne autant de Future que du label punk alternatif Fueled by Ramen. De son côté, Future incarne un narcissique qui ne veut rien de plus qu’être hypnotisé, un point de vue plus proche du voyage initiatique que du trip halluciné auquel il nous a habitué. C’est la profondeur de son être intérieur qui rend le rappeur si fascinant, c’est peut-être aussi la raison pour laquelle il n’est jamais parvenu à sortir d’excellent projet en collaboration avec un autre rappeur : Free Bricks avec Gucci Mane n’est qu’un aperçu de leurs talents respectifs, What a Time to Be Alive est d’avantage travaillé autour de l’univers de  Drake que de celui de Future et enfin Super Smiley avec Young Thug n’a pas tenu la promesse de leur collaboration brillante sur Relationship. Ces projets n’ayant pas fait l’unanimité, avec WRLD ON DRUGS, Juice WRLD tente à l’instar d’un Zaytoven de récupérer le Future de Pluto.

➡️ Des apports intéressants parvenant difficilement à compenser le manque d’alchimie des deux rappeurs

Première surprise, Juice donne systématiquement le ton là où Future, étrangement, s’en remet presque complètement à son protégé. Le résultat, un album aux mélodies recherchées porté par une production cherchant à combiner aux mieux l’univers des deux artistes. Si l’on prend pour exemple le morceau Fine China, produit par Wheezy, Psymum et SinGrinch, on y retrouve les percussions du beat qui flirtent habilement avec de la pop sans perdre les éléments trap caractéristiques de Future. Cela donne à Juice WRLD un cadre intéressant et nouveau pour améliorer ses performances vocales. Pour autant, le couplet de Juice est sabordé par un passage plus que douteux au niveau du texte : « It’s her body or nobody, I refuse to compromise / So if she leaves, I’ma kill her, oh, she’ll die ». Le couplet de Future, de son côté, n’arrive pas à sauver le morceau malgré toutes les qualités de l’instrumentale. A certains moments pourtant, la double présence de Juice WRLD et du narcissique Future parvient à ds résultats concluants. Quand les deux artistes se partagent équitablement un titre, les résultats sont plutôt bons, mais les duos réussis tels que Jet Lag, Realer N Realer, Hard Works Pays Off et WRLD ON DRUGS sont en minorité. Plutôt que de jouer de manière synchronisée et fluide, les rappeurs nous donnent souvent l’impression d’attendre leur tour pour aborder des thèmes sensiblement équivalents. Le match entre les deux voix est très laborieux et ne se fait pas naturellement, ou du moins très rarement.

En-dehors de leur passion commune pour le beau sexe et de leur amour partagé pour les  drogues sur ordonnance, Future et Juice WRLD n’ont pas grand-chose en commun. Et si ces passions somme toute assez communes sur la scène urbaine contemporaine suffisaient à créer une alchimie entre deux artistes, cela se saurait. Dans les faits, WRLD ON DRUGS ne met vraiment en avant ni les atouts du Future, ni ceux de Juice WRLD. Sur chacune de ses collaborations, Juice parait timide, voire carrément effrayé, comme un adolescent qui fait sa première soirée dans un club de strip-tease… Et de ce fait dilue l’ADN de Future, cette profondeur entre dépravation et haine de soi qu’il est capable d’insuffler dans un projet.  Malgré l’aspect brouillon et mal assorti de la collaboration, Juice WRLD réussit tout de même parfois à faire ressortir des facettes intéressantes de Future. Confronté à de nouvelles sonorités, il parvient également à faire évoluer son style vers de nouveaux horizons le temps d’une paire de couplets.

➡️ Les 3 titres incontournables, un panorama de l’univers de WRLD ON DRUGS

Fine China [prod. Wheezy]

Ce morceau nous propulse dans un univers aussi coloré que la pochette de l’album. Alors que coule la mélodie, la fameuse tasse de porcelaine se remplit d’une liquide violet entouré d’un arc-en-ciel de pilules. A l’appui de ce titre, l’un des plus visuels du projet, Juice et Hendrix livrent des performances vocales concordantes qui lui confèrent une nouvelle dimension. C’est sur ce passage de l’album, pourtant loin d’être irréprochable, que les deux univers des deux artistes s’harmonisent parfaitement, on ressent dès la première écoute l’alchimie qui fait cruellement défaut au reste de l’album…

Works Hard Pays Off [prod. Happy Perez, Andrew Bell & watt]

Un autre morceau qui a pour point fort de très vite propulser l’auditeur dans l’univers musical de Future et Juice WRLD ! Que serait un album de rap US qui n’aborde pas les thèmes de la réussite et de la détermination ? Hard Work Pays Off prend rapidement des airs d’auto-persuasion quand Juice WRLD, lui-même en pleine ascension, fait irruption sur l’instrumentale.

Jet Lag (feat. Young Scooter) [prod. Louis Bell & watt]

C’est une sorte d’hymne à la vente de substances illicites que nous proposent les deux artistes en collaborant avec Young Scooter, le Jugg King autoproclamé. Toujours dans l’optique très libérale du culte de la réussite, le sujet est traité sous l’angle du profit financier. C’est  la drogue qui confère le pouvoir et bien sûr qui permet de le conserver. La production est totalement appropriée au paroles, mais également aux deux artistes qui s’y retrouvent comme des poissons dans l’eau.

WRLD ON DRUGS aurait été enregistré d’après ses auteurs en moins d’une semaine, et la qualité de l’album semble confirmer ce propos. Ce projet mal assorti, sans être horrible, ne restera probablement pas dans les mémoires des fans des deux artistes. Peu importe ce qu’on attendait de cette collaboration manifestement partie de considérations de surface plus que d’une véritable alchimie musicale et personnelle, il confirme une nouvelle fois l’échec relatif de la plupart des projets communs sortis ces dernières années. Un album qui vaut le détour si l’on garde en tête qu’il sera aussi vite oublié qu’il a été consommé

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