Entretien avec Kino, la musique comme une course de fond

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En 2016, Kino rejoignait l’écurie indépendante Katrina Squad, notamment connue pour son travail sur la musique de SCH. Il devenait par la même occasion artiste d’une maison respectée pour son travail et sa capacité à perdurer tout en conservant sa patte artistique distincte. Cette facette atypique dans la musicalité et la démarche artistique se ressent pleinement dans la musique de Kino. Ce dernier se démarque grâce à sa polyvalence technique et son attrait pour une variété de terrains artistiques, qui lui permettent de développer une forme de singularité. Après près de deux ans de travail en studio et une dizaine d’années passées dans le rap à moindre niveau, Kino s’est décidé à sortir son premier projet Sur un air de piano, synthèse parfaite de sa palette artistique et preuve définitive de son potentiel. Pour cette mixtape, Kino a mis les petits plats dans les grands en invitant Leto, PLK, Aladin 135 et Hooss… Une tracklist prestigieuse, à l’image de sa musique et des sphères qu’il pourra atteindre à l’avenir.

REVRSE : Tu viens de Joinville, du 94, est-ce que t’as été bercé par la Mafia K’1 Fry ou les rappeurs locaux de cette époque ?

Kino : Je les ai écoutés mais j’étais davantage dans du Sinik, Salif, Rohff, Booba, je cherchais avant tout à être impressionné par la technique dans l’écriture et la performance. J’appréciais également le côté mélancolique de l’époque qui se retrouvait beaucoup chez Sinik. D’ailleurs je trouve qu’il n’est pas assez cité alors que c’était un des piliers de l’époque.

REVRSE : A tes débuts, au vu de tes influences, j’imagine que tu n’avais pas vraiment envisagé de travail sur les mélodies ?

Kino : A la base, c’était rap, écriture, mélancolie, profondeur… Quand la Sexion d’Assaut est arrivée, ça a permis de décomplexer énormément de rappeurs. Au fond de moi, j’avais cette musicalité enfouie car j’ai toujours aimé la musique avant tout. La Sexion m’a servi un peu de repère dans ce que je souhaitais faire en termes de musicalité.

REVRSE : Chronologiquement, quel a été ton premier rapport avec le rap ?

Kino : J’avais 14 ans, j’étais dans le sud, on commençait à gratter des textes au quartier. Parce que j’ai aussi habité dans le sud, avant. J’ai eu un parcours chaotique, je suis né à Bagnolet, puis je suis descendu à Fréjus. J’étais au collège avec Hooss, on se côtoyait. Maintenant, je suis dans le 94 et je représente pas forcément cet endroit de façon précise car je n’en viens pas, j’ai habité partout.

REVRSE : La connexion avec Hooss, c’est une belle histoire visiblement…

Kino : Ouais mais il faut être précis, on s’est connus en bas, après la vie a fait qu’on s’est perdus de vue. J’ai juste vu qu’il faisait du rap, ça prenait, c’était lourd pour lui, mais j’avais pas repris contact. On s’est retrouvés par coïncidence étant donné qu’on bosse tous les deux avec Guilty, et la connexion s’est refaite naturellement.

REVRSE : J’aurais aimé savoir comment Katrina Squad s’est intéressé à toi en l’absence d’intermédiaire.

Kino : Je balançais mes morceaux sur YouTube, je m’en foutais de la qualité, je voulais juste que ma musique existe. Je mettais une jaquette pourrie, je mettais les sons comme ça, dans ma tête, ça prenait ou pas, c’était pareil. Il y avait un gars qui me suivait et a envoyé mes sons à Guilty et lui m’a contacté directement. Je regrette pas d’avoir fait ce choix parce que Katrina Squad a permis de me recadrer sur certains points, voire de me professionnaliser. Ils ne m’ont pas forcément apporté le rap, le chant, l’écriture ou un univers mais grâce à eux, on réussit à mieux cibler les choses.

REVRSE : Justement, t’as ce côté un peu indépendant sur le processus créatif et j’aurais aimé savoir jusqu’à quel point Katrina Squad s’impliquait sur cette partie ?

Kino : Je suis très libre, je sais ce que je dois faire, je prends les conseils, mais ils m’envoient des prods et je fais ma sauce dessus, c’est assez basique notre relation de travail.

REVRSE : Est-ce que vous aviez une ligne directrice dès le départ pour la conception de ce projet ?

Kino : Non pas du tout, il n’y avait pas de ligne directrice, on enregistrait au compte-gouttes. C’est véritablement une mixtape Sur un air de piano, je viens d’une école où le nom d’album a une signification. Je conçois ça comme un projet sur lequel tu racontes une histoire complète. Même si sur ma mixtape il y a une suite et de la cohérence entre les différents morceaux, le projet a été réalisé au feeling. Ma seule crainte est d’éventuellement lassé les gens, par rapport à mon univers, parce que certains peuvent dire que je raconte toujours la même chose et qu’il n’y a pas forcément de thèmes abordés. Je me dis que côté rap à thème, il y a déjà tout ce qu’il faut dans l’histoire du rap français.

REVRSE : Ce qui est frappant quand tu écoutes le projet, c’est son éclectisme. C’était une véritable volonté de ta part ?

Kino : Mon but était de faire des mélodies à la Maître Gims, avec des propos à la Alkpote, presque.

REVRSE : Alkpote a été l’une de tes influences ?

Kino : Beaucoup, à l’époque de son premier album L’Empereur, je kiffe ce mec, c’est un génie incompris. Il aurait dû être encore plus haut. Il a un succès tardif mais je pense que lui-même doit en être surpris. Au niveau du fond, ce qu’il fait actuellement, il l’a toujours fait et on est dans une époque où c’est désormais plus accepté. Finalement, il était avant-gardiste.

REVRSE : Je souhaitais également revenir sur la collaboration avec PLK et Aladin 135, pourquoi as-tu fait le choix de ramener les deux sur le même morceau, s’agissait-il d’une opportunité que tu souhaitais saisir ?

Kino : Je connaissais ces personnes par leur musique mais pas personnellement, c’est Guilty qui a géré la connexion. On s’est rencontrés, j’ai direct adhéré, c’est des bonnes personnes. D’ailleurs, c’était totalement une idée de Guilty de ramener les deux artistes sur le même morceau, en pensant que cela pouvait être un bon délire sachant qu’ils n’avaient pas fait de son ensemble depuis un certain temps. Sur la conception du morceau, c’est moi qui ai fait la production initialement, qui ne ressemblait pas à ce qu’elle est devenue, j’ai posé sur cette première version, avec couplet et refrain. Ensuite, j’ai envoyé le morceau aux autres, ils ont tous kiffé, PLK a fait un truc rap, et Aladin m’a suivi dans le délire, en reprenant mon flow et mes placements avec sa voix. Je trouve ça vraiment cool, c’est vraiment américain dans la démarche. Pour finir, Katrina a peaufiné l’instru et le résultat final est dans le projet.

REVRSE : Au vu de la tracklist prestigieuse de la mixtape, tu n’estimes pas que la sortie de Sur un air de piano est éventuellement prématurée ?

Kino : Totalement mais cette sortie, à cette date, est intervenue à cause d’impératifs en interne. On était obligés de le lâcher par rapport au contrat qu’on avait avec Caroline.

REVRSE : Pour la suite, as-tu déjà une idée de date de sortie de l’album ?

Kino : Je pense que je sortirai d’abord une autre mixtape avant l’album. Là, c’était Sur un air de piano, pourquoi pas reprendre ce concept et faire Sur un air de guitare ? Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup de musique, notamment du rock où les guitares électriques sont très présentes et c’est quelque chose que j’apprécie. Mais l’album sortira quand j’aurai une vraie reconnaissance et un public encore plus important. Album, c’est un mot fort, il faut des résultats.

REVRSE : Même si la dénomination des projets a évolué avec le temps, il y a une constante autour de l’importance d’un premier album, sa réception commerciale et son impact…

Kino : Maintenant, si le projet n’a pas trop fonctionné, tu dis que c’est pas grave car c’était uniquement une mixtape. L’appellation mixtape sert désormais beaucoup aux artistes pour se rassurer.

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