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Entretien avec Dabs, un fan de Claude François à Sevran

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Après avoir connu un fulgurant succès en 2016 avec son single Ouloulou, Dabs s’est installé comme l’un des nombreux porteurs du flambeau de la ville de Sevran dans le paysage du rap français. Au fil des années Dabs ne chôme pas et multiplie à la fois les apparitions en featuring, notamment avec Maes, Niro ou 13 Block, mais aussi dans de nombreuses compilations : Booska Pefra Vol. 4, Cercle Fermé, Game Over Vol. 1 et bien sûr 93 Empire aux cotés de Sofiane sur le titre Dans le Bat. Pour autant Dabs prend son temps pour préparer son premier projet Mainmise. Pour raison, il lui tient à cœur de ne pas se reposer sur ses lauriers fraichement acquis grâce au succès monstre d’Ouloulou et de sortir un album lui permettant d’exprimer pleinement ses talents. Pour ce faire, Dabs s’entoure d’un casting cinq étoiles. A la direction artistique il fait appel à Skread, que l’on a déjà vu collaborer avec Booba, Rohff ou même Diam’s. Quant à ses invités, on retrouve presque logiquement son voisin de quartier Maes, la reine de la pop Aya Nakamura et enfin un choix plus que surprenant en la personne d’Orelsan. Nous avons fait le point avec Dabs sur ces différents points dans une interview exclusive…

REVRSE : Est-ce que tu peux revenir sur tes premiers pas dans le rap ? Ça ressemblait à quoi, c’était quand ?

Dabs : En fait j’ai commencé à écrire très très jeune, je crois que j’étais au collège et en fait au tout début j’écrivais pas pour faire du rap mais plus pour faire de la poésie. J’ai toujours été attiré par l’écriture. Puis après j’ai écouté des mecs comme Kery James, Booba, Rohff, Tupac et c’est des mecs qui m’ont donné envie de rapper. Et au début j’ai fais beaucoup beaucoup de sons mais j’arrivais pas à trouver ma pate, je rappais comme tout les autres, jusque ce fameux morceau Ouloulou. Ce morceau il m’a aidé à comprendre ce que les gens aiment de moi en fait parce que y a une grosse différence entre ce que les gens aiment et moi ce que j’aime.

REVRSE : Pour revenir sur Ouloulou, comment tu as vécu ce succès si soudain ?

Dabs : Ouloulou m’a fait du bien comme du mal, c’est sûr il m’a fait beaucoup plus de bien mais il m’a fait du mal parce que quand tu fais un clip qui finit par cumuler 50 millions de vues, les gens s’attendent à ce qu’à chaque clip tu fasses énormément de vues, du coup je ressens que l’exigence est plus forte. Et c’est vrai que quand je regarde ma chaine YouTube je vois la différence entre Ouloulou et ce que j’ai sorti après mais franchement c’est pas un truc que je vis mal, quand je regarde ce que je faisais y a très longtemps je suis bien content d’en être là

REVRSE : Et après un tel succès, est-ce que tu as eu une période de questionnement artistique sur comment enchaîner ?

Dabs : En vrai je me suis jamais posé cette question, parce que comme chaque morceau Ouloulou a sa propre histoire et j’estime que le plus important c’est pas de faire un morceau qui marche le mieux mais un bon album. C’est pour ça j’ai pris le temps de faire ce projet, ceux qui ont aimé Ouloulou vont s’y retrouver, ceux qui ont aimé les morceaux plus chantés ils vont s’y retrouver. Le but c’était pas de péter le plus mais de faire de la bonne musique.

REVRSE : Dans quelles conditions tu as préparé ce projet ?

Dabs : On va dire dans des conditions pas faciles. T’as pleins de gens qui viennent te parler, te conseiller donc tu dois trier le bon du mauvais. Après je suis quelqu’un qui a des enfants, je pouvais pas tout le temps aller en studio, puis j’ai eu quelques problèmes persos donc cet album j’ai un peu galéré pour le faire mais je suis content que tout ce travail paye. A côté je taff avec Skread qui s’est occupé de la direction artistique et qui m’a beaucoup aidé pour faire le choix final des morceaux qui resteront dans le projet parce que j’en avais enregistré plus d’une centaine pour n’en garder que 16 au final. Puis y a mon équipe aussi, ils savent me dire quand mettre mon égo de côté quand il faut pour faire des choix cohérents.

REVRSE : T’es capable de chanter et de rapper, est-ce que tu as tout de même une préférence pour l’un des deux ?

Dabs : C’est une question que je me pose tous les jours, moi je préfère chanter, mon équipe Colored préfère quand je rap et dans mon public c’est trop bizarre : c’est du 50/50. Du coup l’équilibre parfait c’est Ouloulou parce que je rap sur les couplets et je chante sur le refrain. Au lieu de faire ‘ça ou ça’, je fais les deux. Dans mon album j’ai fait un morceau qui s’appelle TLN, tu comprends pas sur le premier couplet je chante, sur le refrain je chante mais sur les pistes d’ambiance et le deuxième couplet je rappe.

REVRSE : Je sais que vous êtes assez proche avec Maes, est-ce que c’est une conversation que vous avez déjà eu ? Vous avez tous les deux ‘ce problème de riche’ d’être bon en chant et en rap et d’avoir à faire des choix…

Dabs : Maes c’est très simple, on a deux univers musicaux qui se ressemblent et à chaque fois que j’ai parlé musique avec lui j’ai cru comprendre qu’il prennait plus de plaisir à rapper. Mais, tout le monde le kiff quand il chante. Moi-même en tant qu’auditeur de Maes, j’aime quand il chante et j’aime quand il rappe ! Mais ouais comme t’as dit c’est un problème de riche !

REVRSE : Maes est d’ailleurs l’un des invités de ton album, est-ce que tu peux me parler de votre relation ?

Dabs : C’est notre deuxième featuring, on avait déjà fait 42 By Night sur son projet Réelle Vie 2.0. A vrai dire Maes je connais ses producteurs avant lui mais c’est un mec de mon quartier que j’ai toujours vu donc je peux pas te dire comment ou depuis combien de temps je le connais mais c’est le frérot.

REVRSE : Tu as aussi invité Orelsan, ce qui peut paraitre assez surprenant… Comment ca s’est fait ?

Dabs : C’est moi qui lui ai demandé ! J’aurais pu passer par Skread qui bosse aussi avec lui, mais Orel je le connais ! Donc je suis allé le voir directement pour lui demander s’il pouvait apparaitre sur mon album et il m’a dit ‘attends je finis la tournée de mon projet et on le fait’ et je lui ai répondu ‘tant mieux parce que je suis loin d’avoir fini l’album’. Puis quand j’avais bouclé le projet j’ai demandé à Skread de faire une prod pour un feat avec Orelsan. Au début, je pensais qu’on allait faire le son chacun de son côté mais non, il est venu au studio, il a trouvé la vibe du refrain, il a posé son couplet puis moi le mien mais je le trouvais pas assez bon donc j’ai demandé à Orel si ça le dérangeait pas que je repose. Il m’a dit ‘pas de problèmes’, du coup le lendemain j’ai fini de poser mon couplet. Et je trouve qu’on a réussi à bien rentrer dans l’univers de l’autre sans se dénaturer !

REVRSE : Tu as un troisième invité de marque, Aya Nakamura, vous avez enregistré le morceau dans les mêmes conditions qu’avec Orelsan ?

Dabs : Aya c’est quelqu’un que je connaissais avant qu’elle sorte son premier album [ndlr : 2017], on échange régulièrement sur les réseaux sociaux et c’est pour ça elle m’a invité à son Planète Rap. Un jour je lui ai dit ‘franchement Aya j’aimerais vraiment que tu sois sur mon album mais le problème c’est que je le sors pas maintenant du tout’ et elle m’a répondu ‘même s’il sort dans 100 ans, tu m’appelles, je viens’. En fait Aya c’est une meuf qui a qu’une parole, si Aya elle dit qu’elle vient, elle vient. Du coup au moment où j’enregistre l’album je demande à mon manager de l’appeler et quand je la rencontre elle me dit ‘si y a 3-4 ans je t’ai dit qu’on ferait un feat c’est pas parce que maintenant j’ai du buzz que je vais pas poser avec toi’. Et pareil qu’avec Orelsan je pensais qu’on allait faire le morceau chacun de son côté mais non, on l’a fait en studio ensemble. Je pensais que les gens cotés comme ça faisaient les stars (rires) mais non elle est arrivée pile poil à l’heure, j’ai choisi la prod parce que moi-même j’écoute du Aya donc je sais ce qu’elle aime et on a plié le morceau en 4h.

REVRSE : Est-ce que tu as déjà une idée des sons que tu vas clipper ?

Dabs : Le clip avec Aya c’est prévu qu’on le fasse mais c’est quelqu’un qui est vraiment débordé donc c’est compliqué. J’aimerais bien clipper Plaquette aussi parce qu’il est bien énervé. Et le Orel aussi j’aimerais bien. Déjà si on le clippe : Nike, il va falloir khalass parce qu’on fait de la pub gratos pour les Vapormax ! (rires) Non, sérieux, j’aimerais bien ramener Orel à Sevran, Vapomax aux pieds. En fait ce que je vois c’est un coté très rue pour sa partie où tu le vois en mode S.E.V.R.A.N et ma partie dans son univers, quelque chose de plus décalé, ça pourrait être terrible !

REVRSE : D’ailleurs Sevran est devenu ces dernières années un vivier de talent, tu vois ça de quel œil ?

Dabs : Je vois ça d’un très bon œil, pendant longtemps on parlait de Sevran que dans les faits divers mais jamais pour son rap, pas comme d’autres villes genre Aulnay-sous-Bois où il y avait Seyfu et les producteurs de Kenza Farah. Puis y a eu Bolo qui a commencé à faire parler de Sevran et comme je l’ai déjà dit dans d’autres interviews, Kaaris est arrivé et a ramené la lumière sur Sevran. C’est ce qui permet aujourd’hui de dire qu’on est quand même beaucoup, et je dis ça sans prétention. C’est comme Marseille, ils ont toujours été bons mais il a fallu que Jul arrive pour que les gens s’intéressent vraiment à la scène locale.

REVRSE : J’avais lu quelque part que t’étais un grand fan de Claude François, c’est vrai ça ?

Dabs : Oui ! Complètement ! Même si je viens de Sevran, 2.7.0, tout ce que tu veux, Claude François c’est la base. Quand j’étais petit je voyais ma famille l’écouter et j’ai kiffé son personnage avant sa musique. Il avait déjà un comportement de rappeur, il avait toujours 3/4 meufs avec lui en voiture, il clashait Johnny Hallyday… Mais sinon je suis pas un mec qui écoute de la variété en vrai !

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