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Entretien avec Bramsito, des premiers pas au premier million de vues

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Définitivement révélé aux yeux du public avec Sale Mood, son hit en collaboration avec Booba, l’artiste désormais signé sur le label 7 Corp (Capitol France) dévoile Prémices, un projet destiné à montrer l’étendue de son potentiel et à créer un lien véritable avec ses auditeurs. Compositeur avant d’être interprète, Bramsito n’a connu le succès qu’à l’issue d’un parcours inhabituel qui lui a conféré un regard bien particulier sur la musique. Loin de la façade renvoyée par le clip de Sale Mood, on découvre à l’occasion d’une interview exclusive un Bramsito à la fois sûr de ses choix et conscient des enjeux qui pèsent sur lui, à la fois passionné de musique et réservé quand à sa stratégie. Une rencontre étonnante, qui dessine un avenir intéressant à celui qui s’est classé pendant plusieurs semaines parmi les titres les plus écoutés de l’hexagone malgré la jeunesse de sa carrière. Pas un one hit wonder, mais plutôt un artiste débrouillard et capable de saisir les opportunités qui se présentent à lui. Autant dire que son instinct ne l’a pas encore trahi, et que Bramsito pourrait s’imposer dans les années à venir comme un artiste avec lequel compter sur la scène urbaine sur le long terme.

REVRSE : Avant toutes choses j’aurais aimé connaître ton premier rapport à la musique ?

Bramsito : J’ai commencé la musique à l’âge de 7 ans, avec le piano, ensuite j’ai composé à l’âge de 14 ans et je me suis lancé plus sérieusement dedans vers 20 ans. Ce déclic de la vingtaine est véritablement venu des gens autour de moi. Ils me disaient que j’avais une belle voix, qu’il fallait que je fonce, et j’ai tenté le truc.

REVRSE : Le fait de devenir un artiste à part entière est venu instinctivement ou ou tu as dû le travailler ?

Bramsito : De base, j’écoutais beaucoup de musique, c’était diversifié, ça allait de Ray Charles à Booba en passant par Goldman. En tant que Congolais, j’ai aussi beaucoup baigné dans cette culture musicale avec les Tabu Ley Rochereau, Franco, OK Jazz, Fally, Koffi… J’ai eu le droit à tout le monde. Ça tournait en boucle, par la force des choses t’es obligé de tomber dedans. Même à l’heure actuelle, je suis sûr que ma mère doit être en train d’écouter la musique de chez moi.

REVRSE : Au vu des nombreux artistes d’origine Congolaise qui squattent le haut de l’affiche, penses-tu que baigner dans cette culture peut t’apporter une certaine aide dans la musique ?

Bramsito : Par exemple, il y a des gens qui ne sont pas dans la musique mais ont déjà la mélodie, le rythme et compagnie et ils sont trop forts. Ça va te sortir une mélodie impressionnante, tu vas pas comprendre d’où elle vient… Mais quand t’es Congolais, t’as la musique dans le sang.

REVRSE : Quand t’as commencé la musique, est-ce que t’avais déjà une prédisposition pour les mélodies ?

Bramsito : Je pense que le truc de la mélodie est venu en composant car automatiquement quand tu crées des instrumentales, t’as des idées de mélodies qui te viennent en tête. A côté, tu vois également des rappeurs poser, tu captes leurs flows et leur manière de travailler derrière le micro.

REVRSE : Finalement, qu’est-ce qui t’a poussé à franchir le pas et passer de compositeur à interprète ?

Bramsito : A la base, je prenais mes instrus, je faisais des yaourts dessus voire je chantais, ensuite j’allais sur Twitter et je balançais. Puis de fil en aiguille, ça prenait bien, les gens me disaient que j’avais une voix. A partir de ce moment-là, j’ai créé un groupe avec des potes à moi, on a mis les sons sur YouTube.

REVRSE : En tant que compositeur, t’avais placé des productions à droit, à gauche et c’était pour des artistes qui n’avaient pas le même style que toi, comment expliquerais-tu cet éventuel décalage artistique ?

Bramsito : J’avais placé pour Ixzo et BlackBrut, surtout avec BlackBrut. D’ailleurs c’est lui et son équipe qui m’ont véritablement mis dans le son, ils étaient là, ils avaient besoin d’instrus, j’avais 15 ans, je charbonnais dans mon coin, et parfois ils en sélectionnaient quelques unes.

REVRSE : Lorsque t’envoyais des prods à cette époque, avais-tu déjà les idées de toplines qui allaient avec ?

Bramsito : Non, ça n’existait même pas à l’époque mais je n’en proposais pas et cela venait du fait que je n’osais pas, vraiment ça sortait pas. Quand tu n’oses pas, ça ne peut pas venir par miracle de toute façon. Actuellement, c’est vraiment différent, si je suis avec un artiste pour des toplines, je rentre dans la cabine en disant laisse-moi faire un truc s’il te plaît et t’inquiète pas. J’aime bien en proposer et ça m’est arrivé que certaines soient validées, mais je ne donnerai pas les noms car j’aime pas dévoiler pour qui je travaille.

REVRSE : Lorsque tu proposes une topline, n’as-tu pas l’impression que cela peut aussi dénaturer l’univers d’un artiste ?

Bramsito : Personnellement, j’essaye toujours de rentrer dans l’univers de l’artiste. Parfois, je fais des toplines, et c’est quasiment impossible de savoir que c’est moi qui l’ai réalisée. Afin de faire une bonne topline, il faut rentrer dans l’univers de l’artiste sans réapporter ta touche. Je peux proposer une vraie mélodie mais la difficulté reste de sortir de son propre univers. Par exemple, admettons que Booba me passe une de ses toplines demain, destinées à un de ses morceaux, et que je l’exploite derrière, ça rendra bizarrement et ça sera cramé.

REVRSE : Aux Etats-Unis, il y a de nombreux profils d’artistes hybrides, à mi-chemin entre le rap et le chant, à l’instar d’un Ty Dolla $ign et pourtant ils sont considérés comme des rappeurs. Est-ce que tu te considères comme rappeur ?

Bramsito : Je ne suis pas un rappeur. Les gens me disent beaucoup que j’en suis un et ça m’intrigue. J’aimerais beaucoup savoir pourquoi à leurs yeux, je serais un rappeur. Vraiment, je voudrai avoir un débat avec une personne qui dit ‘Bramsito est un rappeur’ et qui ne veut rien savoir. Personnellement, je me considère comme un chanteur.

REVRSE : A partir de quel moment as-tu décidé de te mettre très sérieusement à la musique afin de mettre toutes les chances de ton côté pour exploser ?

Bramsito : En 2016 lorsque j’ai sorti le morceau Charbonner, accompagné d’une vidéo, ça avait beaucoup marché. A partir de ce moment, je me suis dit et si la musique c’était fait pour moi, au final.

REVRSE : Justement, à cette époque t’avais rejoint le label Podium Record, que retiens-tu de cette expérience ?

Bramsito : Artistiquement, on ne s’entendait plus sur la fin donc j’ai préféré faire mon chemin, j’en retiens rien.

REVRSE : Par la suite, t’as monté ton propre label Losa Na Losa, que t’as signé au sein de 7 Corp, qu’est-ce qui t’a séduit dans leur discours à ce moment ?

Bramsito : Quand tu regardes 92i et le travail effectué sur leurs artistes, l’accent avait été mis sur le développement. Ce que j’aime également chez eux, c’est tout ce qu’ils vont faire autour de l’identification des artistes, ils arrivent à créer des véritables univers autour de chaque signature. En tant qu’auditeur, lorsque je voyais un Siboy, je me disais, ‘il est identifié’. Lorsque je discutais avec eux, j’ai saisi l’occasion.

REVRSE : Tu as l’air de tenir à ton indépendance sur le plan artistique, est-ce que t’as été conseillé par les équipes de 7 Corp ?

Bramsito : Non, j’ai toujours fait ce que je voulais faire et eux s’occupent davantage de l’aspect marketing et promotionnel.

REVRSE : Sur Prémices, quelle a été l’implication de Booba ?

Bramsito : Il a été impliqué quand même, je lui ai envoyé tous mes morceaux et il occupait un rôle de directeur artistique. Si tu signes chez Booba et que tu ne l’utilises pas, ça ne sert à rien. Il a une oreille musicale, il a de l’expérience, c’est important de l’avoir dans ton équipe. Du coup, je lui envoyais mes sons, il me donnait son avis, et dès qu’il y avait un morceau efficace, il me disait que c’était lourd ou de plutôt modifier le refrain.

REVRSE : Rien qu’au nom du projet, on sent que ce sont tes premiers pas dans le game, tu penses qu’on peut davantage le considérer comme une carte de visite que comme un album ?

Bramsito : Pour moi, ce serait une carte de visite parce que j’estime avoir mis beaucoup d’univers différents, de Tout Doucement à Panamera, il y a un écart d’univers, j’ai voulu installer cela. J’espère que ça deviendra ma marque de fabrique et que le public se dira ‘Bramsito touche à tout’.

REVRSE : Sur Prémices, il y a plusieurs ambiances différentes mais tu conserves une certaine ligne directrice. Lorsque les morceaux s’enchaînent, ce n’est pas décousu. J’imagine que c’était une volonté ?

Bramsito : Je conserve mon timbre de voix, et je ne le change pas facilement, quand je vais chanter sur un morceau, on va réussir à bien m’identifier et tu ne vas pas t’ennuyer, ce sera tout sauf dénaturé par rapport à mon univers.

REVRSE : Jusqu’à présent, t’as eu un gros hit qui a porté ton projet, avec Sale Mood, mais Booba étant plus connu, n’avais-tu pas peur que le public considère ce morceau comme celui de Booba plutôt que le tien ?

Bramsito : Booba est beaucoup plus connu que moi, donc ce type de réaction peut se comprendre. Au final, je vois pas les choses de cette façon, ce morceau m’a donné une énorme exposition, c’est quasiment à 70 millions de vues et quand tu regardes les chiffres de certains de ses morceaux, il doit avoir 4 ou 5 titres à ce niveau. Ce qui veut dire que Bramsito, le mec qui sort de nulle part, fait 70 millions de vues. C’est énorme, ça m’a fait grave plaisir.

REVRSE : Selon toi, quel pourrait être le prochain hit qui pourrait porter le projet ?

Bramsito : Il y a Millions de mélos instinctivement mais étant donné qu’il y a beaucoup d’univers différents, les gens ont du mal à choisir leur morceau favori sur le projet. Moi-même, je me demande quel est le morceau que je préfère, mon cœur balance pour 4-5 titres mais j’arrive pas à trouver lequel, allez peut-être Panamera.

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