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Entretien avec Biwai, la fierté grenobloise

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Kespar, Tortoz… Les artistes talentueux ne manquent pas à Grenoble, mais la ville située au sud de Lyon et de Genève et à quelques kilomètres à l’ouest de a frontière italienne reste plus connue pour sa proximité avec les montages et ses faits-divers que pour sa production musicale. Pourtant, la situation est sur le point de changer avec Biwai, motivé à faire connaitre sa ville au-delà des cartes postales. Le jeune rappeur a décidé de dépeindre la réalité de Grenoble sur des mélodies entrainantes, à l’instar de la nouvelle scène marseillaise. Son premier album, Music, est un mélange de d’ambiances, qui nous fait voyager et qui montre à quel point Biwai est un artiste capable de s’adapter à n’importe quel beat. Biwai est revenu sur son parcours mouvementés, sa passion pour le rap et la musique en général ainsi que sur son processus créatif et ses ambitions musicales.

REVRSE : C’est quoi ton feeling à la sortie de ton premier album ?

Biwai : C’est mon premier album, c’est pas mon premier projet parce que j’avais sorti Remontada et une mixtape avec un collègue à moi. Là c’est l’appellation album qui rend le moment un peu plus solennel, mais c’est un soulagement parce que maintenant, j’ai envie d’en sortir d’autres. Je me suis bien amusé sur l’album, mais je me suis laissé de la marge pour la suite parce que j’aime pas tout dévoiler dès le début… Je suis super content du résultat.

REVRSE : Pour ceux qui te connaissent pas très bien, il faut savoir que t’as signé très jeune chez Wati B. Qu’est-ce que ça t’as apporté comme expérience ?

Biwai : Ma signature chez Wati B, ça m’a permit d’ouvrir les yeux, de me rendre compte de la réalité du monde de la musique. D’être un acteur du rap et non plus un spectateur. Je suis passé du rap de quartier, dans des ateliers, à bidouiller des instrus sur ordi, au plus gros label d’Europe donc forcément il y a eu un choc. Mais j’ai très bien encaissé le choc et j’ai appris beaucoup de choses. Ça m’a permis de m’affirmer, de savoir ce que je voulais pour moi et pour développer ma musique.

REVRSE : D’un point de vue musicale tu penses que cet album t’a permis de franchir un palier ? Tu penses te lancer dans d’autres projets musicaux ?

Biwai : C’est mon premier album, je me suis laissé énormément de marge de manœuvre même si j’ai tenté énormément de choses, en passant du rap à la house sans oublier le dancehall et tout ça me donne envie de m’aventurer encore plus dans la musicalité et de voir ce que ça peut donner.

REVRSE : On a pu remarquer un changement de ton identité musicale entre tes freestyles plus anciens et tes musiques actuelles, qu’est-ce qui à déclencher ce changement ?

Biwai : Le changement s’est fait naturellement. En fait pour les freestyles, j’ai commencé la musique en rappant. Quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse, j’ai rappé avant tout. Puis j’ai commencé à chantonner, j’ai toujours chanté, j’aime bien les mélodies et j’ai essayé de ramener ça dans ma musique. Je suis pas un baryton, mais je chante juste et quand j’ai une idée en tête j’aime bien m’y tenir pour l’appliquer au mieux. En soit des chansons de rap je pourrais en faire des centaines, mais je pense que le public a besoin de mélodies.

REVRSE : En parlant de mélodies justement, on sent l’influence de la nouvelle scène marseillaise sur ta musique et on aurait voulu savoir si ça t’avais inspiré pour cet album ?

Biwai : Oui bien sûr qu’il y a une influence parce que lorsque je revenais sur Grenoble, je voyais la différence musicale entre le Nord et le Sud. A Paris on préfère les gros kickers alors que dans le Sud on porte l’attention sur l’ambiance qu’apporte la musique. Soit t’es ultra-mélancolique soit t’es quelqu’un qui ambiance. Quand j’étais plus jeune, mes influences c’était avant tout des rappeurs mélancoliques comme Lino, Soprano ou encore Sniper et moi j’essaie d’allier les deux. Voilà pourquoi j’ai rappé et qu’ensuite je me suis mis à chanter.

REVRSE : Dernièrement la presse a décrit Grenoble comme le Chicago français, un surnom qui avait déjà été donné à Marseille auparavant. A Chicago comme à Marseille, de nouvelles scènes ont émergé en réponse à la montée des violences… Est-ce que tu penses créer le même mouvement sur la scène grenobloise ?

Biwai : Si je devais rapper l’identité de ma ville, je serais pas écouté par les 7-14 ans. Ça serait trop cru, je me mets des barrières à ce niveau-là parce qu’il y a des choses violentes dans la vie de quartier. Mais la comparaison est bonne parce que j’amène ça d’un point de vue plus ambiance, plus coloré pour qu’à ma façon je puisse détendre l’atmosphère et aussi montrer que la vie de quartier ne se résume pas qu’à la violence. Parce que derrière toute cette violence, il y a des êtres humains qui ont chacun leur histoire, leur famille, leur personnalité, c’est beaucoup plus profond que la simple violence. Je vais pas rapper exactement ce qui ce passe dans la vie de quartier mais pour autant tu vas quand même pouvoir le ressentir tout en t’ambiançant.

REVRSE : Ton album commence sur le featuring avec Hooss, qui lui aussi n’est pas de la scène marseillaise mais qui gravite autour un peu comme toi, du coup comment s’est passée la connexion ?

Biwai : Alors Hooss, je le connais depuis un petit moment maintenant, on échange pas mal sur les réseaux sociaux. Pourtant je l’avais jamais approché pour un featuring parce que j’avais envie de tracer ma propre route. En fait pour la petite histoire Hooss était parti à Londres pour tourner un clip avec Soso Maness et au moment du retour ils ont eu un problème, ils ont donc été obligés d’atterrir à l’aéroport de Grenoble. Ça été l’occasion pour moi de le rencontrer pour la première fois, ça accroché directement et on s’est dit qu’on allait immortaliser ce moment avec ce morceau. Mais je pense que même sans ce coup de pouce du destin la connexion aurait eu lieu un autre jour mais ça à clairement accéléré les choses.

REVRSE : Dans l’album il y a un morceau qui ressort un peu, c’est Italy, où tu décris la ville de Grenoble mais aussi dans le refrain où tu dis « on est pas loin de l’Italie, c’est peut-être pour ça qu’on a la tchatche ». Est-ce que t’écoutes du rap italien ? Et est-ce que ça à eu une influence sur ta musique ?

Biwai : Ouais j’écoute la scène italienne mais ça me fait beaucoup penser à la scène marocaine. Je sais pas si tu suis cette scène mais il y a de très gros artistes au Maroc, comme en Italie d’ailleurs, qui osent, ils se posent pas de limites, que ce soit d’un point de vue vestimentaire, musical mais aussi visuel pour les clips. Ils sont très méticuleux sur ça et donc oui forcément ça m’inspire.

REVRSE : Cette proximité avec l’Italie montre bien que tu ne fais pas partie des pôles rap français que sont Paris et Marseille. Est-ce que tu penses t’inscrire dans la lignée des nouvelles têtes d’affiches de province ?

Biwai : Oui clairement il y a plus de facilité à se faire connaitre grâce à internet mais la musique ça se résume pas seulement à là où t’habite ou même comment tu t’appelles. Tu peux habiter au fin fond de la Bretagne, si t’es fort, t’es fort, c’est la musique qui fera le travail. Je préfère qu’on juge un artiste à sa musique, à son œuvre et pas à sa provenance. Mais pour revenir à Grenoble, il ne faut pas oublier que c’est la capitale des Alpes. C’est une grosse ville, c’est un gros pôle touristique, une grande métropole. Sans oublier le fait qu’on est un point d’accès important sur l’Italie, la Suisse et qu’on peut facilement se rendre sur Lyon et Marseille. Grenoble c’est un gros point de passage et tout ce contexte fait qu’il y a énormément d’histoires à raconter.

REVRSE : On constate sur l’album qu’il y a énormément de thèmes musicaux différent comme la funk brésilienne, le dancehall ou bien même club. Quels sont les types de musiques qui t’inspirent le plus ?

Biwai : Pour être honnête c’est un mélange de tout. Pour te dire la funk brésilienne, quand je suis allé à Rio de Janeiro pour le clip Copacabana, je suis arrivé en pleine période de carnaval et j’entendais de la funk à tous les coins de rues donc forcément ça m’a interpellé. C’est une musique particulière mais d’un point de vue rythme c’est très puissant. Mais chaque morceau à sa propre inspiration par exemple je peux partir en Jamaïque, revenir et te faire un morceau reggae. J’essaie de ne pas me poser de limite dans ma musique.

REVRSE : Pour rester sur la funk brésilienne, Sadek avait sorti un album inspiré de ce mouvement musical, comment t’as perçu cet album ?

Biwai : C’est un album que j’ai énormément écouté, même si c’est pas cet album qui m’a poussé à me tourner vers la funk brésilienne. Mais je salue la prestation parce qu’il fallait oser le faire, rien qu’au niveau visuel, c’était une grosse prise de risque. Après lui a fait un projet entièrement tourné vers la funk brésilienne ce que je n’ai pas fait pour me laisser plus de liberté.

REVRSE : On va rester dans les ambiances afro-caribéennes en évoquant la featuring avec Matt Houston. Comment s’est passée la connexion ?

Biwai : Matt Houston quand j’écoute ses anciens morceaux ça me rappelle mon enfance, on a tous écouté au moins une fois R&B 2 Rue. C’est une sacré légende dans le monde de la musique parce qu’à son époque c’était une grosse tête d’affiche, mais même récemment quand il est revenu avec P. Square il a sorti un sorti un vrai tube accompagné d’un clip vraiment bien travaillé. Il sait ce qu’il fait et sa présence sur l’album est une sorte de fierté pour moi. Pour le feat, on cherchait un artiste confirmé et mon équipe avait des contacts avec lui, ça c’est fait super facilement. On s’est captés sur Paris et il a compris tout de suite ce qu’on voulait faire pour le morceau. On a créé une vraie bonne alchimie et ça se ressens bien je trouve, sur le son.

REVRSE : Pour rester sur les featurings, il y a aussi le morceau Code 120 qui est un morceau collectif où l’on retrouve Soso Maness, Kamikaz, Dibson, L’allemand et Malaa. Ce genre de son fait penser à Paname Hall Starz de Sniper mais aussi plus récemment à Marseille All Star. Qu’est-ce qui t’attires dans ce genre de morceau ?

Biwai : Ce morceau, il est surtout là pour souligner l’alliance entre les trois villes que sont Marseille, Grenoble et Lyon. La connexion entre ces trois villes est vraiment réelle. Les gens de Lyon connaissent très bien Grenoble, les gens de Grenoble connaissent très bien Marseille et les gens de Marseille connaissent très bien Lyon. On peut dire que c’est un peu le triangle d’or du Sud-Est, ce que les voyous savent depuis longtemps d’ailleurs. Ce morceau c’était aussi pour dire qu’au-delà des connexions avec la rue il y a des connexions artistique.

REVRSE : Sur l’album, le morceau 2 grammes 4 fait penser au morceau Mon Meilleur Ennemi de Sinik. Est-ce qu’il y a un morceau de story-telling qui t’a marqué ?

Biwai : Le morceau de Sinik justement l’un de mes préférés parce qu’il a vraiment bien écrit ça. Après je l’ai fait à ma façon, je voulais faire de la prévention mais sans être dans la mièvrerie en disant « boire c’est pas bien », je voulais juste être honnête. Je voulais le faire différemment et le meilleur moyen que j’ai trouvé c’est de personnifier l’alcool, j’ai écrit le morceau comme si j’étais l’alcool. Parce que dans mon entourage que ce soit de près ou de loin, l’alcool est présent : dans les quartiers, dans les fêtes… Quand t’écoutes bien le morceau je fais référence à toutes les situations où l’alcool est présent.

REVRSE : Il y a un autre morceau sur l’album qui attire l’attention, Fury, qui est un morceau très engagé où tu abordes différents sujets de société sur un beat ambiançant… C’est quoi le processus créatif de ce morceau ?

Biwai : C’est simple, j’ai toujours aimé faire passer des messages et pour moi la musique ça a toujours été le moyen de vider mon sac. J’ai pas souvent l’occasion de le faire parce que je préfère divertir mon public, les ambiancer. Pourtant je crois que Fury c’est le morceau qui me ressemble le plus, parce qu’il n’y a pas de filtres, je l’ai écris assez rapidement, en 30 minutes environ. En fait je l’ai écris le jour de l’attentat en Nouvelle-Zélande et je pense que ça a eu un impact sur moi ce jour-là et j’ai eu ce besoin d’extérioriser mon point de vue sur certaines choses, même si j’ai bien conscience que ça reste un point de vue peu approfondi ça me permet de faire passer mon message.

REVRSE : On a pu constater que t’étais en relation avec les vidéastes Yomax et Gamemixtreize. C’est quoi la relation que t’as avec eux ?

Biwai : A la base on se connait pas forcément mais ils viennent de Grenoble donc c’est des membres de mon équipe qui les connaissent. La rencontre se fait un soir d’hiver au studio et puis on se ressemble, ils sont jeunes, ils bossent sur internet tout comme moi en plus de ça on a vite trouver des centres d’intérêts communs et on a décidé de s’entraider en alliant nos forces. Quand on regarde bien, le monde d’internet et le monde de la musique sont assez proches. Quand ils font des streams, ils mettent de la musique en fond, dans leurs vidéos ils mettent de la musique. Mais maintenant on a passé le cap d’être de simples connaissances, on est devenu des collègues… J’aime participer à leurs activités, aller sur leur chaine et faire des matchs sur Fifa. Mais eux aussi, ils viennent au studio, ils tentent de faire de la musique. On avait d’ailleurs tenté de faire un son avec Yomax et ses amis, qui s’intitule Mes Potes, ça part d’un pari entre nous et puis ses abonnés ont suivi. Je me fixe pas de limite par rapport ça, je me dis pas « je vais pas le faire parce que c’est pas des rappeurs », si on a une idée on s’y tient et on va jusqu’au bout.

REVRSE : D’ailleurs sur Grenoble, le plus gros nom de YouTube c’est Mister V, qui lui-même s’est lancé dans le rap. Tu penses que ça a aidé à mettre en avant la scène Grenobloise ?

Biwai : Le rap et YouTube sont reliés, il n’y a plus de limites. Si t’es sur internet et que t’as une fanbase, tu peux l’utiliser la manière dont tu le souhaites mais il faut aussi être crédible. Par exemple Gamemixtreize vient de signer sur notre label, il est en train de préparer son projet, ça se met en place tranquillement et ça prend forme. Il a toutes ses chances, pourtant rien ne le prédestinait à devenir artiste. Pour en revenir à Mister V, lui fait la même chose que moi mais à une échelle plus importante et depuis plusieurs années, il a beaucoup contribué à mettre en avant Grenoble. Dans ses sketchs il utilise beaucoup d’expressions de Grenoble, il caricature beaucoup les petites racailles de chez nous et j’ai toujours aimé sa façon de faire parce que c’est toujours juste.

REVRSE : C’est la fin de l’entretien, t’as un dernier mot à rajouter ?

Biwai : Grosse dédicace à REVRSE, on est ensemble et allez écouter mon album Music le 21 Juin !

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