Enima

Enima, partout comme à la maison

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Aujourd’hui, il est difficile de passer outre l’émergence de la scène rap québécoise. Celle-ci connait un engouement critique, assez comparable à celui connu par le rap Belge durant la seconde moitié des années 2010. Si l’on assiste à un regain de popularité du Roi Heenok, devenu une figure culte de l’histoire du rap francophone des années 2000, collaborant avec des jeunes rappeurs francophone tels que Freeze Corleone et prochainement Alpha Wann, on voit aussi un succès grandissant de jeunes artistes québécois talentueux tels que White-B, RowJay, 8Ruki, Mike Shabb ou encore Jeune Loup. Il paraît néanmoins improbable d’évoquer cette effervescence canadienne en omettant le phénomène Enima. Le rappeur, de son vrai nom Samir Slimani, est originaire de l’Algérie où il a vécu jusqu’à ses dix ans. Partant ensuite pour le Québec où il vivra la majeure partie de sa vie, le rappeur a récemment rejoint l’Hexagone. Partout où il est allé, Enima a vécu au travers du prisme de la francophonie. Entre déboires avec la justice canadienne et un succès grandissant, retour sur la carrière du Montréalais, déjà riche en rebondissements. Forte de six projets (En attendant MMS Vol. 1 (2016), MMS Vol. 1 (2016), MMS Vol. 1.5 (2016), Eclipse (2017), OPN (2018) et De Rien (2019)), d’une multitude de singles et de clips en l’espace de seulement quatre ans, le parcours d’Enima est on ne peut plus tumultueux et atypique.

Enima, un artiste unique au style flamboyant

Tout est particulier chez Enima, son nom d’artiste en tête de gondole. Prénommé Samir, son tempérament méfiant va rapidement l’amener à mentir sur son prénom aux gens qu’il rencontre. Il utilisera souvent « Amine » comme pseudonyme face aux gens qu’il ne connaît pas. De là, son entourage va rapidement commencer à le surnommer Enima, verlan du prénom Amine. S’il dit avoir plus ou moins toujours rappé, c’est vraiment lors de ses allers-retours prison qu’il estime avoir fait ses classes : le rap lui a permis de s’évader de sa cellule, dit-il. Enfant d’une institutrice, Enima a la langue française dans le sang. S’il s’essaie parfois à rapper en anglais sur certains couplets, sa plume prend toute sa profondeur quand il interprète dans la langue de Molière. Mêlant les lignes les plus humoristiques et absurdes (« J’aurais le million avant la calvitie ») avec des teintes de tristesse (le titre Belzébuth en est un bon exemple), le rappeur crée un mélange particulier et maitrisé au service d’un egotrip permanent. Cette maîtrise se trouve aussi bien dans son verbe que dans son sens de la mélodie. En effet, le rappeur utilise l’autotune de manière quasi-systématique et produit des mélodies justes avec ce qui paraît être une facilité déconcertante, au vu de son rythme de production effréné. Le rappeur à d’ores et déjà sorti un bon nombre de projet, à chaque fois mieux construits et transcendés par une seule obsession : les richesses, un thème incontournable de son oeuvre au même titre que les femmes et la drogue. Des thèmes que l’on retrouve aussi dans ses clips, flamboyants à souhait. Ce style n’a pas laissé indifférent, si bien que Booba repartagera en story Instagram le clip de Misère et que le rappeur français Tortoz invitera Enima sur son single Mi Amor !

Un succès grandissant, perturbé par un passif judiciaire lourd

Enima a sur le papier les clés de la réussite entre ses mains. Bien qu’il effectue une montée en puissance, tant qualitative que quantitative à chaque nouveau projet (De Rien étant le dernier en date), cette ascension a connu ses perturbations. Avec un succès grandissant en France à chaque sortie de sa part, se traduisant récemment par une interview sur l’émission Le Code  d’Apple Music, tout semble tracé pour que l’artiste atteigne les étoiles. Hélas, sa carrière est indissociable de son passif judiciaire. Si la décision de justice de 2017 qui lui a permis l’obtention d’une caution grâce à son oeuvre musicale l’a motivé plus que jamais à travailler d’arrache-pied dans ce domaine, il a pu voir certains concerts annulés à cause de son passif houleux. Une perte pécuniaire comme temporelle, jamais négligeable pour un artiste dans ses premières années comme lui. Au delà de l’aspect artistique, la décision de l’expulser du Canada a récemment été prise par le tribunal de l’immigration local. Une décision qui fait suite à sa cavale, après avoir fait l’usage d’armes à feu l’an dernier. Néanmoins, tout n’est pas tout noir pour Enima. Installé en France depuis quelques mois, son manager Gil a travaillé de sorte à lui obtenir un contrat au sein de la maison de disque Believe en juin dernier. Une chance pour l’artiste, qui pourra conserver sa liberté artistique avec son label MMS Records tout en étant distribué par une maison de disque ayant déjà fait ses preuves dans l’indépendant en distribuant des artistes tels que Jul, PNL ou Mister V. Peu après cela, il sort le clip de Million, une ode à sa réussite filmée dans son nouvel environnement, Paris. Pour couronner le tout, Enima a récemment été annoncé comme un des artistes qui figurera sur la playlist « Validé » de Booba et son DJ, Medi Med. Il a en outre fait un titre avec ce dernier qui n’est pas encore sorti à ce jour. Après avoir sorti Cullinan, single faisant suite à six autres sortis depuis De Rien, Enima est donc dans une position confortable et sa carrière semble avoir malgré tout de beaux jours devant elle…

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