Du centre de formation à la Ligue 1: les étoiles montantes du rap

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Dans un rap aujourd’hui en constante évolution, où n’importe qui peut s’improviser rappeur du moment qu’il possède un micro, une version crackée de Fl Studio et un iPhone 6, les avis divergent sur qui imagine et dessine la ou les nouvelles tendances du rap de demain. Entre la monotonie des instrus, la crise d’inspiration des rappeurs, les pâles copies de pâles copies qui copient d’autres pâles copies de MC’s prodigieux, le public ne sait plus où donner de la tête; et alors que se baladent des centaines de mixtapes, de LPs, de EPs, ou encore de maxis, il est aujourd’hui devenu presque impossible de faire le tri entre ce qui est bon et novateur, ce qui est juste bon, et ce qui est terriblement nul. Tout semble s’essouffler, mais tout continue à se consumer au bon désir des artistes, qui, épuisant les derniers carburants de la Trap, forment aujourd’hui une véritable ruche de rappeurs tous persuadés d’être le nouveau Kaaris. C’est toutefois dans cette même ruche que de jeunes talents posent les bases de la tendance musicale à laquelle ils vont s’adonner quotidiennement, et à travers laquelle ils trouveront leur audimat. De jeunes talents qui semblent avoir compris qu’il ne suffit pas simplement de copier un gros vendeur, mais qu’il s’agit au contraire d’inventer son propre style dès le départ; de s’inspirer d’une dérive musicale qu’on apprécie, tout en la modifiant pour en faire une musique personnelle et novatrice. En alliant productivité et qualité, ils sont arrivés très rapidement au rang de ceux sur qui, aujourd’hui, tous les yeux sont rivés; au rang de ceux dont les mixtapes sont autant attendues qu’un retour de Salif ou de la Sexion, tandis que d’autres tombent dans l’oubli, leurs mixtapes étant encore moins attendues que le retour de Colonel Reyel. De plus, et même si la France a toujours eu du mal à se détacher du rap américain, on sent de plus en plus un renouveau artistique. La nextgen du rap francophone, au départ représentée par 1995 et la Sexion, ne vous déplaise, a réussi a conquérir une partie non-négligeable des jeunes nés à la fin des années 90/début 2000; et même si la moitié des puristes d’aujourd’hui s’expriment en envolées lyriques sur ce qu’est le “rap” et le “hip-hop”, défendant corps et âme ce qu’est selon eux l’essence de la musique urbaine, très peu peuvent nier qu’ils ont tous a priori soit découvert, soit apprécié le rap à travers 1995. Il faut dire que ces messieurs ont eu la brillante idée de se lancer lors d’une période très importante de l’histoire du rap français. Outre l’énorme/gigantesque/inhumain succès de la Sexion d’Assaut en 2010; outre les albums de Rohff et de Booba la même année, qui, par leurs succès continuel depuis 10 à 15 ans de carrière dans le rap forcent le respect et l’admiration, on commence à voir que le rap a du mal à se réinventer. La Sexion a réussi là où beaucoup ont échoué: ils ont innovéMême si la moitié des MC’s du groupe étaient restés dans une posture très rap selon les codes de l’époque, les deux rebelles du nom de Gims et Black M ont complètement bousculés le Saint-Ordre codifié du R.A.P, dont les fervents défenseurs pensent d’ailleurs encore que c’est l’acronyme de Rythm and Poetry. En bref, on avait des rappeurs talentueux en solo comme en groupe, tous sous le joug d’une ambition musicale démesurée, et la recette fonctionne; voilà la Sexion propulsée au rang de nouveau Cador du rap français.

Démocratiser le rap

C’est dans ce contexte bien précis que le collectif l’Entourage, tristement célèbre pour, certes leur qualité musicale, mais surtout pour la séparation violente avec Guizmo, s’installe sur la scène urbaine française, bien décidé à y rester. Des bonnes gueules, des rimes multi-syllabiques, des instrus qui rappellent le premier âge d’or du rap tout en y ajoutant des touches “new-bave” pop et electro, un esprit de groupe, une productivité sans faille et un plan marketing bien pensé; ils sont devenus, non sans le vouloir, la coqueluche des jeunes collégiens et lycéens en quête d’une personnalité musicale; ainsi que bien évidemment, la première cible des néo-puristes souhaitant se détacher de ce dont ils sont profondément fans “pour ne pas faire comme les autres” car après tout, “c’est commercial.” On ne fait pas une omelette sans casser des oeufs. J’me rappelle qu’à l’époque, tout le monde connaissait par coeur les passages des jeunes parisiens aux Rap Contenders qui, d’ailleurs, ne jouiraient pas d’une aussi grande notoriété sans les punchlines devenus mythiques des membres du groupe (S/O Jazzy Bazz). Vous avez pu le remarquer, je suis entrain de mettre 1995/L’Entourage/S-crew sur le même piédestal que la Sexion. Ne vous méprenez pas, ne faites pas une attaque cardiaque, mais laissez-moi plutôt vous expliquez mon point. Au-delà du simpliste “j’aime/j’aime pas”, ils ont continué, à leur manière, ce qu’était entrain de faire la Sexion au même moment; essayer de démocratiser le rap. Précision plus qu’importante: ce n’était en aucun cas vis à vis des chaînes de télé ou pour les émissions dites “d’interviews et chroniques musicales”, car même si elles offrent une promotion à grande échelle c’est depuis bien longtemps une cause perdue, et il est clair que rien n’a vraiment changé entre le passage de Nekfeu à ONPC et celui de Fabe dans Taratata. Je vous parle ici du rap en tant que musique, pas du mouvement hip-hop d’un point de vue culturel, qui, lui, se démocratise de plus en plus à travers les médias; preuve en est l’influence du streetwear sur la mode d’aujourd’hui et d’hier. En réalité, il s’agissait de démocratiser le rap pour tout ceux qui n’ont pas eu la chance de grandir avec les Géants lorsqu’ils ont, soi-disant, crée “l’âge d’or du rap francophone.” Âge d’or qui selon moi est beaucoup mieux représenté à l’heure actuelle tout à la fois par les deux-trois anciens, véritables minéraux survivants aux épreuves du temps et qui continuent d’être des valeurs musicales sûres malgré la presque-quarantaine passée, et la nextgen qui a plus d’ambition que Tony Montana. Il faut penser que ma génération, c’est-à-dire les 95-99 ont grandi avec la radio et les disques des parents, les oreilles asséchées par le flow absent des pseudo-chanteurs de variet’ de l’époque. Il fallait donc que le rap trouve une aspiration autre que le “je viens dénoncer c’qui se passe dans les cités sur une instru boom bap 90bpm.” Certes, je caricature, mais disons que pour que le rap touche la nouvelle génération d’auditeurs étant conditionnés à la pop-music; donc bien loin des disques rayés et beuglements tout sauf musicaux de Joey Starr, certains mélangèrent musicalement le rap et la pop. Des refrains dansants proches de la pop/électro, des couplets tranchants proches du rap, voilà la recette ingénieuse qui a définitivement transformé le rap depuis 2010. Soit dit en passant, les mélanges entre courants musicaux divers étaient bien présents dès la naissance du hip-hop, après tout le rap emprunte ses sonorités au jazz, au funk, au rock, au blues, au reggae, à la “musique nègre” comme dirait Henry de Lesquen (bon, je vous l’accorde ce n’est pas réellement l’homme à citer). En toute honnêteté j’ai bien l’impression qu’il n’y a pas un style musical au monde qui ne peut pas se mélanger au rap d’une manière ou d’une autre. Alors si à ça on rajoute le sampling, qui fait revivre éternellement la musique hors des limites temporelles, on a le combo gagnant. Pour la petite anecdote, certains mélanges musicaux avait déjà été testé et approuvé par Saint-Booba, je vous laisse par exemple écouter des morceaux comme Couleur ébène, qui date quand même de 2006. Pas étonnant qu’il continue à être le numéro uno toujours aujourd’hui. On est un artiste ou on ne l’est pas. (Minute lèche-cul terminée).

Le pourquoi du comment de la trap

Dorénavant, les rappeurs dans leur globalité changent musicalement; prennent plus de risques, innovent, copient toujours certes, mais le font parfois en mieux, souvent en moins bien, mais ils tentent des choses. Beaucoup d’artistes prennent un tournant musical dans leur carrière, Maître Gims et Soprano sont les exemples qui l’illustrent le mieux. Black M les suivra de près. Passons maintenant aux choses sérieuses s’il vous plaît. Vous devez surement vous dire que c’est bien beau tous ces changements, mais ça n’explique pas vraiment le pourquoi du comment de la Trap. Et bien laissez moi vous éclairer. Tout prend un élan démesuré quand un homme, mat de peau, noir de coeur (à part avec sa pitite fille), barbu et à l’apparence sombre tah Dark Vador, importe magistralement en France ce qu’un autre homme, toujours mat de peau, habitué à la prison et aux glaces avait crée outre-atlantique. Kaaris — suivi de près par Juicy-P, qu’on oublie trop souvent — ne fait pas qu’exposer la trap, n’en déplaise à ses détracteurs, mais il la modifie, la change, la fait passer dans le moule du rap français et en fait ressortir un concentré de haine et de violence; de tout ce qu’est le côté obscur de la musique, pour en cracher le venin sur la capitale. Et c’est précisément là que commence la fondation de la gigantesque ruche de trappeurs/rappeurs, tous décidés à montrer que leur flow, leur clip, leur gestuelle et leurs lyrics sont bien plus sombres et plus représentatifs de la vie de rue que les autres. D’un point de vue musical, on est loin de ce que fait un Gucci Mane, comme je vous l’ai dit plus haut, Kaaris s’était chargé de transformer la sauce d’ATL en bonne mayonnaise française, la faite-maison. Maintenant écoutez-bien je vais relever un point important. La trap est, au-delà du côté strictement musical, littéralement indissociable de la société dans laquelle nous évoluons quotidiennement. Avec le développement exponentiel des réseaux sociaux et des moyens de consommation, il est naturel qu’elle se soit imprégnée de ce système et qu’elle est évoluée avec lui. Imaginez un peu un organisme biologique extra-terrestre, Venom par exemple. Cet organisme ne peut vivre qu’en s’imprégnant de matière organique humaine, et bien la Trap c’est exactement ça. Là où Spider-man tout gentil tout mignon sauve des vies, Venom fait ressortir tout ce qu’il y a de plus sombre chez l’homme-araignée. Mais comme vous le savez si vous avez eu la chance/malchance de voir le dernier épisode de la trilogie, Venom quitte le corps de Spider-man qui ne laissait pas libre cours à sa colère parce que gnegnegne “un grand pouvoir implique une grande responsabilité” , et s’en va chercher celui qui au contraire ne rêve que de la libérer; tout ça pour finalement nous donner la version la plus esthétiquement dark d’un méchant que l’univers Marvel ait pu créer. Et bien faisons maintenant le parallèle ingénieux (merci) avec le rap; on avait à la base un genre musical urbain, véritable tableau naturaliste de la vie de banlieusards, coincés entre la quête de spiritualité et celle d’argent. Une musique aux sonorités brutes qui témoignaient d’une volonté, inhérente au rap, de faire connaître sa colère aux Saintes Institutions du Saint-Etat de la Sainte France, qui, plus occupaient à s’enrichir qu’a réagir, ne prêtaient pas ne serait-ce qu’une oreille aux pitits problèmes sociaux que pouvaient vivre les “reclus” de la société. Vous pouvez donc facilement imaginer que ça met en colère bon nombre de ces dits ‘reclus’, une colère qui s’exprimait parfois par la musique. Pour Venom/Trap, cette situation s’apparente à du caviar; il arrive de loin, s’accroche d’abord aux bras, puis aux jambes, puis au torse, et finalement à la tête; il s’imprègne de la colère du genre, pour en sortir un concentré pur jus. La Trap est le Venom du rap français. Mais là ou le personnage d’Eddie/Venom dans le film perd sa propre identité dans une métaphore classique de la violence des passions humaines, le rap lui garde ses codes. Au final, la trap ne fait que les améliorer, c’est une Upgrade, le +1 qu’on gagne chaque année à son anniversaire. Et ça, même toi, ô grand puriste aux connaissances plus que douteuses, tu ne peux pas le nier; et surtout, tu ne peux rien y faire, tu connais toi-même le dicton: personne ne va plus vite que la musique. Oui, car la Trap est devenue à l’heure actuelle le vecteur le plus utilisé par le jeune banlieusard en quête de reconnaissance et de money pour acheter les nouvelles sapes Philipp Plein. Dealer ou pas, faut être bien fringué. Cettre Trap-vibe a permis au rap de prendre un tournant musical sans retour, et des plus gros street-bangers au plus classique rap faussement-classé “oldschool”, le rap francophone fourmille de talents et de déceptions.

Les canoës de sauvetage du rap français

Avant de vous laisser découvrir les rappeurs que je présente ici, qui sont déjà naturellement presque tous connus, je voudrai préciser que la Trap n’a pas réellement été le seul canoë de sauvetage du rap en France, mais que tout se passe quelques années auparavant outre-atlantique, comme d’habitude. Si je devais citer la Quinte Flush Royale qui a le plus influencé la musique urbaine et la culture en général depuis 2000, je donnerai sans hésitation les noms de Kanye West, Pharell Williams, Kid Cudi, Timbaland/40 (le choix est très dur) et Outkast. Que ce soit dans l’ombre ou face au public difficile qu’est le public rap, il est indéniable qu’ils ont imaginé et dessiné l’innovation que la branche musicale du hip-hop connaît aujourd’hui; et tout ça depuis leur studios, derrière une machine qu’on appelle ordinateur et devant le regard avide de la Création. Envers et contre tous, et au-delà des personnages qu’ils représentent quotidiennement face caméra, ces Messieurs n’ont jamais cessé de faire de leur musique une véritable oeuvre d’art, bravant les fausses-conventions et les faux-codes d’un courant qui n’a jamais eu vocation à en avoir et témoignant à l’image de Picasso d’une volonté de touche-à-tout; ils intègrent tout ce qu’ils aiment à leur art, métamorphosant les tournants émotionnels de leur vie respectif en véritables innovations artistiques. En bref, les cinq compères ont été ce qu’a été la Nouvelle Vague pour le cinéma : un renouveau indispensable à la survie du genre. Aujourd’hui la France n’a rien a envier aux Etats-Unis, qui profondément assis dans le canapé de la vanité et de la surestimation de soi commence seulement à saisir que nous, français râleurs, nous sommes à l’heure actuelle la deuxième scène rap à l’internationale. Bien heureusement et croyez-moi j’en suis fort aise, le grand peuple français fut sauvé par quelques infidèles de la terrible religion du boom-bap, nous menant à l’avénement du rap comme art, et non comme musique à seule vocation textuelle de dénoncer tous les problèmes sociaux que vivent les classes moyennes et pauvres françaises, sur qui le Saint-Etat décharge toutes ses poubelles. Après tout, c’est tellement français d’être victimaire, n’en déplaise aux fans des “lyricistes maudits.” Je tiens donc à remercier Myth Sizer et Ikaz Boy pour la musique incroyable à laquelle ils s’adonnent continuellement, bien loin des créneaux du rap auquel on est habitué depuis 2012, parce que mine de rien et même si on est sur le canoë de sauvetage, on se dirige lentement tout droit vers des cascades. Je tiens également à remercier Ichon, d’une part pour son ambition musicale illimitée et son éloignement des carcans sonores d’un rap faussement codifié, et d’autre part pour la qualité esthétique épatante dont il fait preuve à travers ses clips. Je tiens finalement à remercier ma famille, sans qui j… Oui, non, je me suis emporté. Revenons à nos moutons et cessez de me distraire avec vos bêtises. Venons en aux faits. Que faut-il écouter aujourd’hui Lundi 24 Octobre 2016? Qui sont ceux qui innovent vraiment? Et qui donc représente à l’heure actuelle la fine fleur de l’héritage rapologique ?

Les rappeurs à écouter?

Je vous propose le premier épisode d’une (très) longue série où je vous présenterai une liste de rappeurs à absolument écouter si vous voulez suivre l’évolution du rap. Je vous préviens, il n’y en aura que quatre aujourd’hui pour éviter que l’article soit interminable; l’introduction que vous venez de lire étant une nécessité pour que vous saisissiez l’ampleur de ce que je souhaite faire -mais je suis tout de même gentil et je vous offre un bonus. Qu’ils soient américains, français, allemands, italiens, ou encore japonais, je vous conseille de prendre des notes, car vous risquez de ne pas les oublier de sitôt.

Ninho

Ninho est surement le rappeur qui fait le plus parler de lui actuellement. Originaire du 91, puis affilié au 77 (“siete siete ouais j’ai le dossard”), il s’est érigé comme digne héritier du rap dès sa première mixtape ISPAC (Ils étaient pas au courant, un gimmick qu’il reprend régulièrement). Les sonorités d’ISPAC sont très proches de ce que faisait un Rohff à l’époque de la Fierté des notres ou d’un Code de l’horreur, autrement dit l’âge d’or Rohffien. Il sort ensuite ISPAC vol.II qui le propulse sur le devant de la scène, adoptant cette fois-ci un aspect sonore beaucoup plus trap, avec des featurings hauts en couleurs : GLK, Sirsy, 13block, FSK ou encore Richie P.  Finalement il annonce sa nouvelle mixtape MILS (Maintenant ils le savent, encore un gimmick récurrent dans sa musique; et surtout une réponse aux titres de ces deux premiers projets, soyez pas con réfléchissez un peu) pour le 21 Octobre, de quoi nous préparer à un Halloween des plus terrifiants (Mise à jour de l’article: il urine sur 80% des rappeurs français actuels). Avec les singles Bitch Dab, Pour nous, Tout ira mieux, et ses trois freestyles à mon sens déjà classiques Binks to Binks, cumulant des millions de vues; Ninho s’est dorénavant installé comme la figure de proue d’une nouvelle génération de rappeurs, ET PAS SEULEMENT DE TRAPPEURS (la trap n’étant qu’une branche musicale de l’Arbre-Sacré du rap), à l’instar de Leto avec qui il partage le mic sur le frissonnant Crésus. (J’ENCAISSE J’ENCAISSE J’ENCAISSE).

13 Block

Les 4 rappeurs-effigies du 13block Gang sont décidément l’aspect le plus sombre de la Trap française et surêment les plus proches de ce qui se fait de mieux sur la terre natale du genre musical auquel ils s’adonnent régulièrement. Ils sont au rap français ce que Migos est au rap kainry, c’est à dire un lanceur de tendance. Ecouté par tous les rappeurs du moment, de Booba qui partage le son F.S.R sur twitter et qui invite le groupe sur son clip Walabok, à Alpha Wann qui partage ouvertement son goût pour la dernière mixtape ULTRAP, le 13block influence tous les courants du rap, et au final tous ces amoureux. Particulièrement fan de gimmicks, de mélodies et de vocalises plus qu’originales, accompagnés du label Hotdeff Records, composés des meilleurs beatmakers français du moment (Binks beatz, morex on the track, bunkerhd, zewone (qui a signé la prod de Walabok) et Diks68) les membres du groupe se sont aujourd’hui inscrits comme les seuls “Trappeurs” français-américanisés, au même titre que Kaaris, avec qui ils ont partagé le mic sur le son Vie Sauvage (version plus rapide sur le lien) dans le deuxième album de Zongo le Dozo. Pour autant, ce ne sont pas que des trappeurs, mais avant tout des musiciens, ne l’oubliez jamais. KEEEEEEY.

LTF

Les Tontons Flingueurs sont d’une certaine manière semblable en France à ce que peut-être le ASAP Mob aux Etats-Unis ; un crew composé d’une dizaine d’amoureux du rap qui, en solo, ont tous des aspirations et inspirations différentes, mais qui ensemble sur un même morceau nous produisent la plus pure des classique shit. Un cocktail de rap, mêlant la nonchalance d’un M le Maudit avec la plume tranchante d’un S-Cap, ou encore le flow très puissant d’un lu’cid avec le schéma de rimes futuriste d’un Lesram. Arrivé dans le rap d’abord à 9 (S-Cap n’étant pas présent sur le premier projet du groupe) LTF sort sa mixtape LDA9Q, une émeraude encore brute, qui respire la rue et un certain amour d’un rap en pleine évolution ; une évolution qui justement s’affirme beaucoup plus dans le dernier projet en date qui s’est longtemps fait attendre, LDA9Q vol. II, où chaque membre du groupe (maintenant en compagnie d’S-Cap) nous lâche un solo, qui ne prend son sens que sur le premier et dernier son du projet où ils se retrouvent tous. De plus en plus présent, les membres d’LTF se font remarquer à droite à gauche par des featurings et des apparitions maîtrisées : M le Maudit sur le dernier projet de Népal qu’on vous invite à aller écouter, M le Maudit (encore lui) qui lâche un freestyle sur le planète rap de georgio, au même titre que Lu’cid dernièrement au planète rap du Panama Bende (Lesram faisant aussi parti du groupe). En bref, LTF a déjà fait ses preuves sur son premier projet, confirmées sur la Grünt 27 (une des meilleures, au même titre que la #11 et la #12) et termine leur qualification sur le deuxième projet, où chaque artiste assume ces inspirations du moments. J’attends avec une impatience non dissimulée leur prochaine mixtape/album, mais pour l’instant, je pense que chacun va se concentrer sur son projet solo, Bbiface ayant déjà sorti deux EP, Lu’cid allant sortir le sien, et Lasco qui nous balance des sons de plus en plus épurés, ça n’annonce que du bien pour cette fin d’année, déjà très chargée.

Django

Django c’est un peu ce que déteste tout à la fois les puristes et les rappeurs à en devenir. Les premiers car c’est un jeune dans sa toute récente vingtaine (je spécule), qui maîtrise aussi bien le rap selon la Sainte-Charte affichée dans le Bronx depuis 1979, et le rap selon la Sainte-Charte affichée dans les chiottes de Kanye West depuis 2000. Les seconds car c’est (toujours) un jeune dans sa toute récente vingtaine (je spécule encore) qui donne l’impression qu’il sait tout faire, et qu’il le fait avec une facilité déconcertante. Je l’ai découvert avec sa toute première vidéo, qui ne date que de quelques mois, un an à tout casser, ‘Billy Cocaïne‘, et je peux vous assurer que lui comme moi, vous comme nous, nous comme vous, bref, que personne ne s’attendait à un tel succès. Succès dû a priori aux nombreux partages sur les réseaux sociaux et à un bouche-à-oreille plus ‘inattendu’ que ‘résultat d’un plan commercial basé sur une étude de marché.’ La confirmation se fait définitivement avec sa deuxième apparition vidéo du nom de ‘Fichu‘. Ça en dit peut-être long sur la personne mais pas sur la carrière qu’il a de grandes chances d’avoir. Avec un imaginaire hyper-travaillé, sa musique devient un “film pour aveugle” (s/o Lino), où s’entremêlent pop-culture, cinéma, séries, manga, bref, tout ce dont un jeune s’est imprégné au cours de sa maigre existence. Avec une base instrumentale assez classique en somme; un piano ou des bells, un hit violent, une 808 puissante; il ne suffit à Django que de poser sa voix et travailler son texte et sa mélodie pour finalement sortir un produit d’une qualité peu comparable à ce stade d’une carrière; produit qui n’a de défaut que le clip. Après tout c’est naturel, là où on peut facilement cracker Fl Studio et trouver un studio d’enregistrement et de mastering, voler une caméra à 2 000 balles à la FNAC ça risque d’avoir de grosses conséquences sur votre petite vie de galérien apprenti-cinéaste. Mais Django c’est un peu plus que le “je kick vite avec des grosses punch sur une instru trap”, rendez-vous donc sur son soundcloud et sur la chaîne youtube ‘Esclavagist Music’ (qui soit dit en passant propose un contenu très intéressant à tout ceux qui voudraient découvrir de jeunes talents, souvent codéinés) et rendez vous compte que les sons ‘$ilence‘ et ‘Fine$$e‘ par exemple contrastent totalement avec ‘Flex’. Témoignant d’une influence sonore de ce qui se fait de mieux outre-atlantique à l’heure actuelle, son dernier coup médiatique (compte tenu du nombres de vues sur ses vidéos on peut parler de coup médiatique) s’appelle ‘Impala 1967‘ et s’inspire, en tout cas c’est le ressenti global du public, de ce qu’à l’habitude de faire Travis $cott. Mais ne nous arrêtons pas au vulgaire “il a copié lol” s’il vous plaît, le but de cet article est justement de vous montrer, sombres ignorants, les artistes qui prennent le fruit à la source et qui en l’exportant sur le sol français, nous cuisinent à l’instar de Panoramix un nectar pulpeux aux bonnes saveurs du pays. En bref vous l’aurez compris, Django a tout pour plaire, et malgré tout ce que son public peut dire, il ne ressemble à Sch et Nekfeu que d’un point de vue physique… Non sérieusement c’est incroyable, on dirait une parodie de Maskey. Car pour ce qui est des mélodies, du flow, du texte et des instrus, il s’en éloigne tellement que je me demande sincèrement si une partie de son public n’est pas à moitié sourde.

Bonus du chef: D6

Je vous conseille vivement de regarder ce que propose D6, rappeur dans l’entourage de l’Entourage (oui), du Panama Bende et de la 75ème session; bref un mec de la scène parisienne. Il n’a fait que de très rapides apparitions aux micros de la grünt 25 de Nekfeu et à certains Planète Rap des collectifs nommés ci-dessus. Quoiqu’il en soit, vous pouvez presque toujours le voir dans un clip d’un des membres du groupe… Non sérieux il est partout. On se concentre sur ‘Dans cette $hit‘ , une trap vibe qui casse des nuques, l’ayant vu en live à la première partie du showcase de Sch en février dernier je peux vous le confirmer; ‘Parle pas chinois‘, ainsi que ‘Sonner’ qui est sincèrement son meilleur son à l’heure actuelle. Bonne écoute à toutes et tous, portez-vous bien.

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