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Demi Portion, le rap de la bonne école [INTERVIEW]

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Après une vingtaine d’années de carrière, Demi Portion effectue une forme de retour aux sources dans son quatorzième projet La grande école. Pas de sentimentalisme superflu cependant, le rappeur originaire de Sète invite une brochette d’invités particulièrement variée sur ce nouvel opus et explore une nouvelle dimension de sa musicalité : Bligflo & Oli, Féfé, Furax Barbarossa, Davodka, Grand Corps Malade, Scylla, Rocé… Comme à son habitude, il décide de faire travailler ensemble nouvelle et ancienne génération pour donner naissance à une musique hors du temps, ancrée dans les valeurs qui ont jalonné l’ensemble de son parcours. Ces valeurs, Demi Portion les partage volontiers au travers de ses projets, mais aussi de nombreuses scènes et de son propre festival, organisé dans sa ville natale et réunissant chaque année des panels d’artistes toujours plus surprenants. Entre mélancolie et plaisirs simples d’un quotidien pas toujours si joyeux, le rappeur dresse le portrait honnête et sans concessions d’un quartier du Sud de la France et de son ambiance su particulière. Un plaisir toujours intact vingt ans après, et l’occasion d’aller interroger l’auteur de La bonne école sur son processus de création, son modèle économique ou encore sa vision créative.

REVRSE : Ton album La bonne école vient de sortir, quels ont été les premiers retours ?

Demi Portion : Ceux de mon entourage, de la famille… De mon côté, je suis content de l’avoir sorti après deux ans de travail et de voir que le public suit.

REVRSE : J’ai l’impression que c’est un projet avec lequel tu as voulu passer un cap tout en restant dans la continuité de ce que tu faisais…

Demi Portion: C’est exactement ça, c’est un peu un retour aux sources donc il y a ce côté rétro, mais en même temps j’ai gardé les mêmes valeurs que sur les précédents projets pour le pas le perdre.

REVRSE : C’est dans cette optique de retour aux sources que tu as placé autant de « suites » sur l’album (Petit bonhomme 2, Mon dico 5, Une vie particulière 2, Poignée de punchlines 3) ?

Demi Portion : C’est voulu cette histoire de refaire un titre clin d’oeil sans forcément faire du copié collé. C’est notamment le cas de Mon dico, un titre avec lequel j’ai commencé ma carrière et dont je sors une cinquième version vingt ans après…

REVRSE : D’un autre côté, au niveau des collaborations avec Bigflo & Oli et Féfé notamment, j’ai retrouvé une vibe pas si éloignée de celle de l’album de Némir. T’en penses quoi ?

Demi Portion : Némir, c’est quelqu’un avec qui j’ai commencé le rap. Il était à Perpignan, moi à Sète, donc on est de la même école. Il y a pas longtemps d’ailleurs, on était encore en direct sur Le Mouv’. Ce dont tu parles, c’est peut-être notre héritage du Sud, un peu chanté, énervé… Après, mon rap peut avoir plusieurs influences dans la mesure où j’écoute des choses très différentes.

REVRSE : Notamment, il y a le deuxième volume d’Une vie particulière que je trouve assez incroyable. Dix ans plus tard, c’est une manière de dire que rien n’a changé ?

Demi Portion : Exactement. C’est une journée pétée à Sète, tu t’ennuies et tu essaies de rendre ça un peu cool. Tu joues à la play, tu fais du rap.. On est entre potes et on kiffe. Et puis la première version c’était sur une face B de Dr. Dre, cette fois c’est sur une prod à moi… Ça n’a pas vraiment changé. Je suis toujours aussi passionné, il n’y a que l’âge qui change.

REVRSE : Et le titre de l’album, La bonne école, se réfère à l’école du Sud dont tu parlais ?

Demi Portion : Pour être honnête, c’est l’école de la vie, ce que j’apprends tous les jours. C’est aussi mes outils, le hip-hop, le scratch, le graffiti… Ce que je vis chaque jour. Comme le disait la Fonky Family : « Issu de l’école de la vie et des enfoirés aussi / Où j’serais si j’les avais écoutés à cette heure-ci ? »

REVRSE : Est-ce qu’on peut dire que tu as un fonctionnement en circuit fermé ? Dans le sens où tu as déjà un public et où tu n’as pas forcément besoin de chercher au-delà ?

Demi Portion : C’est un peu ça, on sort de sa zone de confort en continuant de respecter les supporters qui attendent dans le stade. On cherche pas plus loin, il s’agit juste d’impressionner les nôtres, faire les bonnes tactiques de jeu, et si ça peut intéresser les autres ou propager ça se fera par le biais de concerts ou de festivals… Que ce soit dans le reggae ou le rock, je m’adapte à tout.

REVRSE : C’est un mode de fonctionnement qui rappelle celui de Davodka, un artiste que tu connais bien et que tu as encore invité sur ton album. D’où vient cette affinité ?

Demi Portion : C’est une connexion qui s’est faite depuis longtemps, c’est un gars que je respecte par rapport à ce qu’il fait parce que ça me ressemble. C’est hip-hop, ça fait beaucoup de concerts et surtout ça dure. Pour moi, le but c’est de durer parce que sinon t’es oublié.

REVRSE : Vous avez une longueur d’onde commune artistiquement, mais des couleurs très différentes. Ça s’explique par la géographie ?

Demi Portion : Davodka, c’est un rappeur qui a souvent essayé de faire des choses différentes, mais finalement son public aime quand il poursuit sur ses bases. Comme Hugo TSR, comme plein d’autres artistes en fait… Il s’agit d’être fidèle. Davodka essaye de s’ouvrir, se prête à plein de jeux notamment au niveau des interviews. Moi-même, Lacrim c’est mon ami, je peux faire des feats avec plein d’artistes mais je n’en parle pas avec eux. Je respecte ce mouvement en fait.

REVRSE : Parlons de ton festival. Comment le projet est né et s’est développé ?

Demi Portion : Ça avait commencé quand j’avais fait le Narvalow, un festival à Montreuil organisé par Swift Guad. J’avais fait la première édition avec 1995 notamment. J’avais essayé de lancer quelque chose à Sète, mais ça n’avait pas forcément pris. A ce moment, le Scred Festival s’est monté, je suis rentré chez moi, j’ai cogité. J’ai organisé ça avec des copains, et l’idée est partie sur trois jours, mélanger les écoles… Ces plateaux là ne se font plus aujourd’hui. Dans ce festival, je sens un peu l’ambiance, la bonne vibe. L’ego, le réseau, les on-dits s’effacent.

REVRSE : Tu penses que c’est important que quelqu’un qui ait déjà une sensibilité artistique comme toi soit aux commandes de la curation d’un festival ?

Demi Portion : Comme les grands frères de La Rumeur, de la Scred… Quand je fais le line-up d’un festival, c’est comme une mixtape. T’essayes de trouver des combinaisons, des featurings… J’essaye d’amener des artistes qui marchent aujourd’hui, mais aussi des anciens. Notamment ATK qu’on avait reformé sur scène, juste avant la sortie de leur album.

REVRSE : Sur les aspects techniques, t’as préféré déléguer à quelqu’un d’autre ?

Demi Portion : Pour tout ce qui est technique et production, c’est Hook Up, une boîte de prod à Sète qui est assez sérieuse. La personne en charge s’appelle Eliel, ex-manager de Tha Trickaz qui gérait déjà des festivals et qui connait tous ces aspects là. Je préfère payer des personnes pour ça, qui connaissent le métier, que faire n’importe quoi.

REVRSE : Avoir ton festival, tes réseaux et ton public, ça t’offre un peu le luxe de ne pas être dépendant financièrement de ton calendrier ?

Demi Portion : C’est vrai mais ça reste la course. C’est un boulot dont t’essayes de donner le meilleur de toi-même, de ne pas te moquer les gens. Mais c’est vrai que j’ai pu prendre le temps de travailler mon album, dans une autre situation ça n’aurait pas forcément été le cas. Je suis maître de moi-même.

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