Comment Alchemist a fait renaître la scène new-yorkaise

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La renaissance récente de la scène new-yorkaise a fait sortir voire ressortir une montagne de producteurs venant de styles et d’horizons différents. Aussi bien des jeunes rookies tels que V Don, Big Ghost Ltd ou encore Chup que des vieilles branches comme Premier, Pete Rock ou Statik Selektah, tous ont pu apporter leur pierre et faire fructifier cette fameuse renaissance. Parmi toutes ces pépites, il y en a un qui restera à jamais dans les cœurs et les mémoires. Celui qui a traversé les époques et a su donner un second souffle a une scène et un style en perdition. Cet homme est bien évidemment Alchemist.

➡ Dynamiser une scène légendaire mais submergée par une concurrence omniprésente

Il est légitime de se demander comment le producteur de Beverly Hills a pu redynamiser une scène complètement perdue après les échecs des derniers survivants, ainsi que l’importance de la musique du sud dans le rap, encore à l’heure actuelle. Si la ville se retrouva complètement submergée par l’explosion de Cash Money et notamment des projets de Lil Wayne, elle restait quand même dans la tendance. Certaines têtes d’affiche telles que Jay-Z ou 50 Cent étaient toujours aussi populaires. Mais ces arbres cachaient la forêt, ou plutôt le désert. Le Dipset et ses affiliés commençaient à perdre du terrain à cause des embrouilles au sein de leurs entourages respectifs, Mobb Deep n’arrivaient pas à exploiter pleinement leur deal avec G-Unit, le super-groupe Army Of The Pharaos avait réussi a faire surface mais semblait trop old school pour cette époque, donc assez vite lassant et il ne semblait plus y avoir aucun rookie pour redévelopper la scène.

Côté Midwest, malgré les quelques fulgurances des artistes de Détroit, la scène a rapidement vécu les dommages collatéraux de celle de New-York. Ainsi, aux abords de 2009, Alchemist est allé collaborer avec des artistes provenant d’autres horizons  pour faire survivre cette scène et le style qui lui va si bien et pour continuer a faire régner l’ordre parmi les jeunes producteurs dissidents. C’est logiquement que le projet Chemical Warfare voit le jour, sur lequel on peut retrouver Snoop Dogg, Pusha T, la Three 6 Mafia ou encore son camarade Evidence. C’est de cet album que sort le fameux morceau Key To The City avec Prodigy & Nina Sky… Parce qu’en plus d’être un producteur, le DJ officiel d’Eminem est aussi rappeur.

➡ La fin des années 2000 et les racines de la renaissance new-yorkaise, Alchemist en tête de proue

Si l’année 2009 sonné le coup d’envoi de la remontada de New-York, c’est bien l’année 2010 qui a définitivement marqué le renouveau de la ville et de son style. Outre la sortie de Marcberg de Roc Marciano, c’est la sortie de Gutter Water avec Oh No sous le nom de groupe Gangrene qui fera repartir la machine. Deux producteurs de qualité, des featurings de qualité et un délire maîtrisé, c’est le point de départ des prochaines folies d’Alchimiste à voir le jour. A l’issue de cette année 2010 poussive mais encourageante, le producteur de LA servira de fer de lance à la scène avec des productions parfaites et deux EPs qui sont désormais considérés comme des classiques dans leur genre, qui d’ailleurs le motiveront plus encore pour l’avenir, Covert Coup avec Curren$y d’ou est tiré l’excellent morceau Scottie Pippen  en collaboration avec Freddie Gibbs et Greneberg, avec Oh No & Roc Marciano.

Un an après la surprise Roc Marciano, le public peut d’ores et déjà retrouver le rappeur de Long Island avec la légende de LA pour un EP destructeur où les trois artistes mettent leur talent au sein d’une même entité, ce qui avait laissé naître un espoir d’un album en commun tant l’alchimie était extraordinaire. Comme chaque année, Alchemist a un point d’ancrage. Cette fois-ci, ce n’est pas un projet perso mais celui de son camarade de LA Evidence, Cats & Dogs, que le producteur démontre ses talents légendaires en produisant notamment les morceaux  The Red Carpet  et  Where I Come From. Au-delà de la qualité de ses productions, nous constatons une légère mise a jour sur le style utilisé et la façon dont sont agencées ses productions samplées. Avec un motto qui lui est propre, là où une majorité va plutôt préférer se morfondre dans des morceaux classiques des années 1960 a 1990, il choisira de prendre le risque de dig partout où il ira : Russie, Japon, Ukraine, Allemagne, il y a même eu du français récemment.

 A partir de 2012, la consécration et une influence toujours plus évidente sur la nouvelle génération

L’ascension est crescendo. En, 2012 l’artiste augmente la cadence en posant toujours sur de plus en plus de productions, mais surtout en réalisant de plus en plus de projets. Il commence l’année 2012 avec un Vodka & Ayahuasca pas piqué des hannetons suivi d’une collaboration de haute voltige avec Roc Marciano qui s’enchaîne juste après avec l’EP nommé Auditorium. Mais encore une fois, c’est en collaborant avec des rappeurs qu’il se mettra à l’honneur, d’abord sur deux projets, les excellents projets en commun No Idols avec Domo Genesis et Rare Chandeliers en commun avec Action Bronson. Alchemist profitera de sa récente forme pour sortir son troisième et dernier album solo à l’horizon, l’excellent Russian Roulette qui contient des apparitions de Meyhem Lauren, Action Bronson, Roc Marciano ou encore Danny Brown & Schoolboy Q. Il y aura également des productions du vétéran de Bervly Hills sur le second album du rappeur de TDE, Habits & Contradictions.

Il terminera l’année en produisant quelques morceaux destructeurs pour Sean Price et son troisième et dernier album, Mic Tyson dont les incroyables The Genesis of Omega et Bar-barian mais aussi sur le second album de Roc Marciano, avec les morceaux Flash Gordon & Pistolier, quelque chose d’extrêmement rare concernant les projets de Roc Marc. Pour combler le tout, il décidera de reprendre son concept des  Rappers Best Friends, concept où il prend quelques prods ayant pu sortir récemment et les compile dans un seul et même projet puis, sort la version instrumentale de son premier projet avec $pitta, Covert Coup. C’est à  partir de ce moment que ses fans prennent une claque, grâce à l’apparition de la nouvelle vibe qui arrive du côté de l’East Coast. Bien que moins raisonnante que celle de Kendrick Lamar ou celle de Rocky sur la même année, cela reste un comble que cette renaissance vienne d’un mec de la côte ouest, à savoir ce même Kendrick.

Il continuera son rythme de croisière imposé depuis 2011 en sortant l’iconique album en collaboration avec Prodigy Albert Einstein, l’un de ses derniers classiques en date. Il suivra avec 360 Waves en collaboration avec le groupe Durag Dynasty (Planet Asia, TriState & Killer Ben), deux EP en solo et surtout l’excellent EP Masterpiece Theatre qui fera définitivement renaître un rappeur ayant un buzz très rapide malgré son talent, Willie The Kid. Si Alchemist fait des productions pour des rappeurs purs et durs de New-York, il aura tendance à travailler avec des rappeurs hors de la grosse pomme. $pitta vient de la Nouvelle Orléans, Willie The Kid du Michigan, Evidence de LA, Oh No d’Oxnard, Domo Genesis d’Inglewood, et… Boldy James, avec qui il a travaillé pour My 1st Chemistry Set, d’Atlanta. Mais il participera aussi comme un signe de reconnaissance à la BO du célèbre jeu battant tous les records depuis sa sortie, GTA V.

De nouveaux rappeurs commencent à se rallier aux rythmes musicaux d’Alan et de ses proches. Que cela soit des nouveaux rappeurs, des rookies fraichement installés ou des vétérans qui ont déjà roulé leur bosse, tous cherchent à collaborer avec le producteur. Mac Miller en est un exemple fringuant puisqu’il explosera en compagnie d’Action Bronson, une des meilleures productions qu’Alchemist ait faite sur Red Dot Music, issue de Watching Movies With The Sound Of du rappeur de Pittsburgh.

➡ Un producteur devenu référence, porté par son omniprésence et par la qualité incroyable de son travail

Au-delà de la qualité des productions, c’est son omniprésence durant les années qui lui fera logiquement traverser le temps et devenir l’un des fers de lance du renouveau du rap new-yorkais actuel et une référence dans le monde entier. Même si ce type de rap est devenu moins populaire auprès du public français, il n’est pas rare de voir quelques rappeurs/producteurs parler de cette scène en la qualifiant d’inspirante et son style de rap unique et reconnaissable. Un style qui est certes moins populaire, mais plus travaillé, plus diversifié, jouant beaucoup plus avec la musicalité qu’autrefois. Aujourd’hui, c’est l’un des styles musicaux les plus polyvalents, preuve en est avec des MCs comme Evidence qui n’accuse que peu de faiblesses. Alchemist l’a bien compris. Ils décident donc tous les deux de reprendre leur chemin glorifié en tant que Step Brothers pour sortir un des albums de 2014, Lord Steppington. Malgré cet album, il ne fut pas vraiment actif durant cette année, avec un EP en collaboration avec Fashawn Fash-ionably Late, le troisième volet des Rappers Best Friends. Cela aura tout de même servi à produire le désormais classique morceau Break The Bank, issu de l’album Oxymoron de SchoolBoy Q.

➡ 2015, le début de la reprise définitive et une première récolte très attendue de jeunes talents

Avec l’année 2015 apparait une nouvelle génération qui changera à tout jamais l’impact d’Alchemist sur la scène nw-yorkaise. Outre la sortie de deux EP avec Gangrene dont un, lié a la sortie sur PC de GTA, c’est l’arrivée du crew Griselda (Conway, WestSide Gunn, Benny, Daringer) dans les foyers qui construira le nouvel espoir tant attendu à New-York. Ce sont les premiers enfants de la musique mise en place par Alchemist et ses camarades de jeu. En l’espace d’un an, de nombreux artistes ont repris le flambeau alors tenus (depuis 5 ans) par Roc Marciano et Alchemist, à tour de rôle. De plus, Mac Miller peut se targuer d’avoir fait kicker Migos sur une magnifique production type New-York, sur le morceau Jabroni ou les trois artistes d’Atl ont montré tout leur savoir faire, aux côtés d’un Alchemist sur un nuage.

En 2016, le producteur passe à Carrolton Heist avec Curren$y. $pitta est à son meilleur niveau lorsqu’il s’agit de performer sur des productions d’ALC. C’est aussi l’excellent The Silent Partner  avec la seconde moitié de Mobb Deep, et pas des moindres, Havoc. C’est aussi le début de sa collaboration avec le crew Griselda. Cette collaboration débutera sur l’album de WestSide Gunn Flygod, sur lequel sera proposée une production d’anthologie pour le rappeur de Buffalo et Action Bronson a l’issue du morceau Dudley Boyz. Une collaboration qui conditionnera sûrement la signature des 4 artistes de GXFR chez Shady, étant donné qu’ALC, en plus d’être rappeur et producteur, est aussi le DJ d’Eminem. Qui dit le GXFR chez lui, dit plus de collaborations entre lui et les deux crews, ainsi nous pourrons voir fleurir des morceaux petit à petit tels qu’Ajax, RIP Bobby, sans compter sa présence sur G.O.A.T avec notamment la production du morceau Trump. Mais le contraire fonctionne aussi, puisque nous pouvons retrouver les deux comparses de toujours sur l’excellent The Good Book v.2 le projet d’Alc & Budgie sur un des meilleurs morceaux de 2017 A Thousand Birds.

Toujours à la recherche de nouvelles folies, il collaborera avec Jay Worthy pour un projet assez smooth nommé Fantasy Island. Il participera aussi à l’album 8 de son collègue producteur Statik Selektah sur le morceau Disrepekt avec une collaboration posthume du défunt Prodigy. Pour terminer l’année en beauté, il fera un petit tour dans nos contrées francophones avec la section musicale de Red Bull et de ce petit tour sortira le projet Paris Bruxelles LA où des rappeurs comme Jazzy Bazz, Deen, Heskis ou encore les belges Romeo Elvis, Caballero & Jeanjass performent sur des productions construites à partir de samples musicaux français du multi-talent californien.

➡ Un sentiment de travail accompli ?

En l’espace de 9 ans, Alchemist a su révolutionner et redynamiser une scène qui semblait être complètement perdue et laissée à l’abandon par le tsunami dirty/trap combiné à l’arrivée de la drill de Chicago. En utilisant les mêmes préceptes que les artistes des styles cités précédemment, il inondera internet et la musique en enchaînant les collaborations et les productions à droite à gauche avec des artistes célèbres comme d’autres beaucoup moins. Ce qui a beaucoup joué sur son impact, c’est aussi le respect qu’ont les auditeurs concernant les producteurs aux Etats-Unis. Perçus comme des artistes à part entière, les producteurs sont aussi appréciés et respectés que les rappeurs. Les producteurs qui apprécient créer des instrumentales avec des simples ont revu le jour en même temps que cette scène a ressuscité. Apollo Brown, Statik Selektah, Black Milk, DJ Premier… Ces producteurs semblaient avoir perdu leur mojo et se sont retrouvés d’un coup au meilleur de leur forme, suppléés par des jeunes pousses tel que V Don, Daringer, Big Ghost Ltd ou encore Chup.

De plus en plus de producteurs semblent reprendre goût à créer ce type de musique, même ceux qui font de la trap, à l’instar de Rythm Roulette. Quant à Alc, il semblerait que le rappeur soit devenu inarrêtable au fil du temps avec un rythme assez impressionnant en 2018. Après avoir produit une majorité de l’album des Step Brothers, Evidence, Weather Or Not, il s’est mis à sortir deux EP avec des instrumentales réalisées à base de samples artistiques français, musicaux comme cinématographique. Enfin, un dernier EP est sorti durant ce mois d’avril, Lunch Meat,  où le producteur de LA a invité ses amis Action Bronson que Roc Marciano, et ses confrères de Griselda au complet ainsi que Styles P, qui ne sait toujours se placer au meilleur des endroits. Il se soupçonne même que l’émission Fuck That’s Delicious pourrait réunir tous ces artistes participant régulièrement à l’émission afin de matérialiser cela en musique.

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