Châtenay-Malabry, l’autre 92

Partager
Dernièrement mise en valeur dans deux clips de Benash, la ville de Châtenay-Malabry, à l’extrême sud des Hauts-de-Seine, héberge un véritable vivier de rappeurs. La majorité d’entre eux sont issus de l’ensemble constitué par la cité-jardin et le quartier des Peintres, qui comporte quatre cités collées les unes aux autres: la Butte Rouge, les Aviateurs, les Architectes et les Peintres. L’identité châtenaisienne se construit autour de cet ensemble de bâtiments couleur rouge brique, entre l’Albert (avenue Albert Thomas) et les bâtiments de la Demi-Lune. Plus excentrée, la cité des Vaux Germains se distingue des quatre autres par la couleur de ses bâtiments, plutôt bleus et blancs que rouges et rosés. Le film Sous X de Jean-Michel Correia, tourné à Châtenay, a également mis la lumière sur quelques rappeurs de la ville. L’omniprésence des marques locales, essentiellement Riov 4.30, mais aussi Double S du rappeur homonyme est un signe de la solidarité qui anime le front musical de cet autre 92. MCF Musik Tiré vers le haut par le duo Kainrou/KEB, le collectif MCF Musik commence à augmenter son audience, notamment avec la série des #FreestyleSousTize qui sont de plus en plus suivis, mais aussi avec la mixtape #LIFE mise en ligne sur Haute Culture. On les retrouve aussi notamment en 2015 dans le clip de Glock Sale de Gato da Bato et Bridjahting. Kainrou, déjà fort d’un background de deux projets (2012 et Bienvenue dans mon monde), et son coéquipier se caractérisent par une ambivalence musicale très marquée. Entre Petit papillon qui n’est pas sans rappeler le ton de Tous les jours dehors de Zesau et Dark LIFE, les deux rappeurs disposent d’une palette technique assez développée qui leur permet de passer d’autotune à voix nue avec une apparente facilité. Leur univers, sombre et cynique, prend directement ses sources dans l’univers châtenaisien, auquel ils font constamment référence de morceau en morceau, notamment bien sûr dans J’viens dl’a Butte Rouge de Kainrou. Keush the Ganxta Cela fait désormais plus de 20 ans que Keush a commencé le rap, d’abord au niveau local dans le collectif Salade de Nègres, puis sur la radio 100L de la maison d’arrêt de Fleury. C’est encore en détention qu’il écrit et enregistre Black Album – Keush History (2001), premier d’une lignée de 6 projets qu’il cherche encore à étendre. Il collabore également avec La Riposte, Delta d’Expression Direkt et place un morceau en 2003 sur la mixtape PSG vol. 2 du Wati B. Récemment converti aux clips, il s’efforce d’en publier à cadence régulière depuis quelques mois (notamment Bando et Normalizer). Entre le gangsta rap, le mafioso rap à la Raekwon ou à la Boo-Yaa Tribe, et d’autres influences multiples de la trap music à la grime londonienne, Keush installe un univers à part, violent et profondément châtenaisien. Insolent dans ses textes comme dans sa façon particulière de poser, le rappeur assume ses contradictions et les étale au grand jour, enchaîne des sons trap tels que Mocha Gringo avec des morceaux plus axés sur le texte comme Le dernier jour de ma vie. BNG Music Le collectif BNG (BiznessN’Gwap) est lui essentiellement porté par le rappeur Diro et le beatmaker Amir Beats, notamment à la prod de Drive-by à l’américaine de Midos Jr. Fortement influencé par l’école d’outre-Atlantique, Diro conserve une tonalité châtenaisienne qu’il exprime par exemple dans Hood (justement produit par Amir Beats): “Châtenay-Malabry, jamais à l’abris”. La voix grave du rappeur lui permet de s’imposer efficacement sur tous types d’instrumentales, les siennes sont généralement entrainantes avec un air de DJ Mustard. Ouvert à la collaboration, Diro a notamment enregistré des morceaux avec Keush et Baladib. Sortie le premier jour de 2016 sur Haute Culture, sa mixtape HollyHood permet de jeter un regard plus complet sur son univers musical. Baladib Baladib, la face trap de Châtenay, est un duo composé de deux frères, Barber et 2. De la dirty south sauce hexagonale à la Autopsie 4 sur Ramène le Magot, les frères Badalib maîtrisent avec efficacité l’autotune, le gangsta rap traditionnel et la trap hurlée à la Siboy qu’ils exploitent de plus en plus. Leur mixtape BVNGZ vol. 1 sortie début 2015 sur Haute Culture, est à la fois une démonstration de l’énergie et de la maîtrise technique du duo et de son ouverture à la collaboration, notamment La Milice, Nip Stuck (91), Kozi et Kossdar & Cokein. Actifs, les deux frères prévoient de sortir prochainement le second volume de BVNGZ, ils ont aussi sorti une profusion de clips sur leur chaîne Youtube depuis une paire d’années. Leur aisance vocale et leurs textes ne sont pas sans rappeler Ghix la Kalash du label 50K.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.