L’essor du rap de Memphis

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Le Tennessee est une terre de musique, c’est à Memphis et dans ses environs que le Blues, le Gospel, le Rock’N’Roll et la Country sont nés ou se sont développés tour à tour, c’est d’ici qu’Aretha Franklin, Sam Cooke, Otis Redding, Isaac Hayes et bien d’autres artistes majeurs sont originaires, une terre qui donna ses lettres de noblesse à la musique noire américaine. Le Hip-Hop quand à lui est originaire d’ailleurs, il vient de l’Est, mais finira par conquérir M-Town comme il conquit le reste du Sud des États-Unis durant la même période.

Lors de la première moitié des années 80, le Rap se répandait dans tous les États-Unis grâce aux DJs et à leurs crews respectifs. New-York a eu Kool DJ Herc, Grandmaster Flash ou Afrika Bambaataa, Memphis de son côté ne possède pas de pionniers aussi importantes mais de jolis succès locaux, notamment le morceau I Need Money de Kool K & Soni D’, permirent quand même au Hip-Hop de se faire une place à l’intérieur des clubs jusqu’ici Blues ou R&B de la ville. L’un des artistes les plus important de cette période est sans aucun doute DJ Spanish Fly. Il fit ses débuts avec le True Blu Cru et gagna un concours de DJing organisé par le Club No Name, lui permettant d’être engagé par la même occasion. Ces soirées lui permirent ensuite de produire ses propres mixtapes sur cassettes et d’en vendre une centaine de chaque en main en main, puis d’animer sa propre émission radio Hotmix Hour sur la station 101.1 FM. Tout ces activités additionnées à des morceaux devenus cultes comme Smokin’ Onion ou Mister Z’s firent de lui l’une des principales sources d’admirations des futures générations de la ville.

Le morceau Smokin’ Onion est basé sur un sample de Drag Rap (Triggerman) des Showboys et se rapproche donc des sonorités Bounce qui font la loi à la Nouvelle-Orléans. Le succès de ce son, les voyages massifs d’une ville à l’autre pour des fêtes comme Mardi Gras et les tournées d’artistes comme Gregory D & Mannie Fresh rapprochèrent musicalement les deux villes pendant quelques années.

Dès le début de la décennie suivante la scène locale pris une autre ampleur et petit à petit les sonorités venues de Louisiane laissèrent place à celle de la Buck Music, un rap qui continuait de bouger tout en devenant plus dur au niveau des thèmes abordés. Parmi les premiers représentants de ce mouvement se trouvaient les encore jeunes 8Ball & MJG, Pretty Tony, Al Kapone et autres Tommy Wright III. Les artistes se faisaient de plus en plus nombreux mais la ville manquait cruellement de personnes prêtes à investir dans le Hip-Hop et le manque d’argent se fit vite sentir.
Certains partirent donc tenter leurs chances ailleurs. 8Ball & MJG font partis de ceux là. En 1992 le Rap du sud des États-Unis n’était pas vendeur, il y avait le 2 Live Crew à Miami, les Geto Boys à Houston mais pas grand-chose de plus. C’est en voyant le succès du groupe d’H-Town, signé sur Rap-A-Lot de J.Prince, que Tony Draper décida de former Suave House et d’y signer le groupe de Memphis qu’il avait repéré lors d’un concert. Le passage du Tennessee au Texas n’offrit pas énormément de moyens au duo mais le label fraîchement monté et dont ils seraient la première sortie leurs offrait une structure, une vraie. Le mini-album Comin’ Out Hard arriva l’année suivante et reçu un accueil chaleureux sur le plan commercial en plus du succès d’estime qu’ils avaient déjà. La faim des débuts, l’univers des Pimps abordé et le côté artisanal du disque font parti des atouts de cet album devenu un classique avec le temps. Suite au succès de ce projet, Suave House signa un deal de distribution avec Relativity, cette fois l’argent était présent et à l’aide de T-Mix le groupe épaissis son son, y inclut des sonorités venues de l’Ouest et anticipa même le Crunk avec un morceau comme Lay It Down. Le succès monta encore, et encore à l’arrivé de leurs 3ème projet sur le label, On Top Of The World, un disque plus laidback, plus doux, qui entra 8ème au Bilboard 200 à sa sortie en 1995 et fini disque d’Or, notamment grâce au succès du single Space Age Pimpin’. Un début de carrière qui fit du groupe les premiers représentants nationaux de Memphis.

Pendant qu’8Ball & MJG prospéraient sous le soleil Texan d’autres MCs affamés grouillaient dans l’underground de Memphis, prêt à faire leurs preuves dès qu’un micro leurs était tendu. Parmi eux il y a Tommy Wright III, un rappeur gangsta aux lyrics brutaux et au flow aiguisé, un rappeur dont la street-credibility a fait de lui The 1 Man Gang à Memphis. Durant la première moitié des 90 il sortit plusieurs mixtapes sur cassette, Memphis Massacre en 1993 et Runnin’ And Gunnin’ l’année suivante tout en étant à la tête des Ten Wanted Men, groupe de 10 MCs comportant notamment La Chat. Ces premiers projets prouvaient déjà le talent du rappeur mais le manque d’exposition et la qualité des plus discutables des enregistrements ne lui permirent pas de franchir un cap. C’est quelques années plus tard, avec la sortie de l’album On The Run en 1996, un album hardcore, définitivement noir, sur lequel Tommy posa son murder rap aux lyrics froids et angoissants sur des beats entêtants de Blackout, MDB ou de DJ Squeeky, que Tommy entra dans la légende. L’une des premières pierres posées à l’édifice Crunk.

Bien d’autres artistes marchent dans le sillage de ceux de cette génération, Playa Fly, la Triple Six Mafia ou encore Mr Sche ont déjà quelques mixtapes au compteur mais s’apprête à franchir un cap dès 1995. Le son se développe, d’un côté l’imagerie devient plus sombre et détourne habillement les codes du Hard-Rock et des films d’horreurs, les références fréquentes au Diable feront de l’horrorcore local ce qu’on appelle le Devil Shit. D’un autre un son plus doux, souvent G-Funk, se développe autour du thème du proxénétisme. L’ensemble fera de cette période l’Âge d’Or de M-Town.

La Three 6 Mafia fait bien entendu parti du premier groupe. Juicy J, DJ Paul et Lord Infamous formèrent le Backyard Posse en 1991, rapidement renommé en Triple Six Mafia puis en Three 6 Mafia pour la sortie de leurs premier album en 1995. Entre temps le groupe fit ses preuves dans l’underground avec la tape Smoked Out, Loced Out, quelques apparitions compilées quelques années plus tard dans les 3 volumes d’Underground et s’élargit au fil du temps, recrutant Gangsta Boo, Crunchy Black et Koopsta Knicca. Mystic Stylez est un album porté par les productions de Juicy J et de DJ Paul, principalement sombres, sales, lentes et remplies de cloches ou de pianos, à l’image de celle de Fuckin’ Wit Dis Click. Les textes quant à eux oscillent entre Gangsta Rap basique et Devil Shit. C’est dans les flows que les rappeurs font la différence, fast-flow et autres techniques de roulements étant mis en avant tout le long du disque. Au micro Lord Infamous est le plus à l’aise, il est techniquement au dessus, mais la présence de ses 5 collègues et de quelques feats apportent une diversité essentielle au projet. L’album fit son chemin grâce à une poignée de morceaux devenus cultes depuis, notamment Live By Yo Rep, diss contre les Bone Thugs-N-Harmony qui étaient à l’époque beaucoup attaqués par la scène de Memphis à cause de leurs style, accusé d’être pompé sur les productions locales. Leurs second album Chapter 1 : The End est dans la continuité du premier et ne fit qu’amplifier le succès du groupe, leurs permettant de vendre plus de 200 000 exemplaires en indépendant et de signer avec Relativity pour la suite. La suite se fut Chapter 2 : World Domination, qui, lui, atteint l’Or et se vendit à environs 800 000 exemplaires. Après cet album le groupe aura tendance à délaisser le côté sombre des premiers albums pour des sonorités plus mainstreams déjà perceptibles dans cet album.

Alors que la Three 6 Mafia rejoignait 8Ball & MJG parmi les gros vendeurs, d’autres se contentaient de succès plus modeste mais de retours tout aussi positifs. Al Kapone fait parti de ceux là. Il a fait son trou dès le début des années 90, a déjà sorti 3 albums et est l’un des artistes qui tient le devant de la scène locale lorsqu’il sort Da Resurrection en 1995. Ressusciter dans le Rap Game, c’était le but de l’album, et le titre comme la cover, photographiée dans un vrai cimetière et le montrant devant une croix blanche, sont là pour l’illustrer. Cet album atteint son but, en plus d’être une réussite artistique il fut son premier à être distribuer nationalement grâce à Priority Records, diffusant ainsi largement l’une des première forme du Crunk et faisant d’Al Kapone un artiste underground culte au delà de sa ville jusqu’à ce qu’il passe a un stade encore supérieur une dizaine d’années plus tard.

Le même année le Crunk naissant se trouve un autre représentant de marque dans la personne de Mr Sche., à la fois rappeur et producteur. Il a commencé a enregistrer aux alentours de 1992, mais c’est bel et bien son album de 1995, The Black Fortress, qui le fera sortir de la masse. Le succès mainstream ne viendra sûrement jamais à lui mais il est depuis devenu l’un des artistes les plus prolifique de sa région, sortant tour à tour albums solos, en duos ou avec son groupe Immortal Lowlife. Ses collaborations de différents types avec Al Kapone, avec la scène de la Memphis en général mais aussi avec Lil Jon, T.I., Ludacris, Ice Cube ou Too $hort auront finalement fait de lui un de ses nombreux artistes cultes à qui il ne manque finalement que la popularité auprès du grand-public.

A côté de ces nombreux artistes aux albums sombres se trouvent quelques rappeurs ayant préféré suivre les traces d’8Ball & MJG. Playa G en fait partie. Au revoir au satanisme et à la folie, bonjour aux jolies femmes et aux réflexions permettant de les manipuler. Au revoir également le Crunk ou la Buck Music, bonjour au G-Funk. Les productions de l’album Pimp Sh*t à la fois suaves et nonchalantes, typiques des sonorités californienne revues par le Sud, sentent le soleil et la chaleur à plein nez, collant du coup parfaitement au femmes peu vêtues que les thèmes de l’album implique. Dans cette catégorie d’autres ont fait leurs preuves, parmi eux Tela. Comme d’autre avant lui il a quitté Memphis pour signer chez Suave House, puis chez Rap-A-Lot quelques années plus tard. Lui aussi hérite donc des sonorités chères au label de Tony Draper. Le résultat est Piece Of Mind, un album qui n’a pas pris une ride après plus de quinze ans. Le son est épais, organique, accrocheur, et Tela en plus d’être un bon rappeur sait fleurter avec le New Jack quand il le faut. L’album oscille donc efficacement entre rap et chant et reste un modèle du genre. Une des meilleures sortie du label et peut-être même l’un des meilleurs album provenant d’un MC de Memphis.

Lorsque les années 2000 arrivèrent la Three 6 Mafia règnait en maître sur Memphis, l’album When The Smoke Clears : Sixty 6, Sixty 1 avait fini disque de platine et la majorité des membres avaient déjà lancé leurs carrières solos. C’est à cette période que la musique du groupe devint plus accessible, poussant une bonne partie de la scène locale à faire de même. Beaucoup d’artistes décidèrent donc de laisser les thèmes chers à Memphis de côté pour des orientations plus mainstream.

Celui qui s’autoproclamera quelques années plus tard King Of Memphis fait partie de ceux là. Il ne s’embarrassa pas de l’imagerie Devil Shit et lança sa carrière dans une ambiance gangsta plus basique. From Da Dope Game 2 Da Rap Game, le premier album de Yo Gotti sorti en novembre 2000 et fut suivit 6 mois plus tard par son second, Self Explanatory. A l’époque son empreinte vocale si facilement reconnaissable aujourd’hui n’était pas encore ce qu’elle est mais ça ne l’empêcha pas de connaître directement un jolie petit succès local et de devenir par la même occasion l’un des fers de lance de sa génération. Cette nouvelle popularité et l’efficacité de sa musique lui permirent de rejoindre Lil Jon, alors à l’apogée de sa carrière, sur TVT Records. C’est eux qui produisent Life en 2003, un album sur lequel son style se faisait plus clair, où son identité s’imposait enfin. Aidé par des featurings de Lil Jon et de Lil Flip l’album permit à Yo Gotti de quitter le cadre strictement local et de rentrer pour le première fois dans les charts nationaux. Une fois cette étape franchi il continua son ascension en travaillant avec des artistes divers, de Royce Da 5’9” à Daz Dillinger, et en passant petit à petit d’espoir local à espoir national.

A côté de cette nouvelle vague l’horrorcore local refusait de complètement s’éteindre. Certains vétérans avaient bien sur des descendants, qui avaient repris leurs flambeaux, comme la Manson Family pour Tommy Wright III par exemple, mais c’est de nouveaux venus qui marquèrent plus profondément le milieu. Parmi eux, il y a Evil Pimp. Il commença sa carrière vers la fin des années 90 mais c’est à l’arrivé du nouveau millénaire qu’il pris vraiment ses marques. Evil Pimp fait une musique sombre, il parle du Diable, il parle de meurtre, il le fait sur des instrus plutôt lentes, sur des mélodies rappelant continuellement les musiques d’accompagnement des films d’horreurs. Bref le Devil Shit si cher à Memphis a un nouveau porte parole. Et Evil Pimp s’avère être un porte parole qui parle beaucoup, vraiment beaucoup. A partie des années 2000 il commença a inondé le marché comme très peu l’avaient déjà fait, les mixtapes, les albums solos, les albums communs avec d’autres artistes, les albums du Krucifix Klan, son groupe et les Best-of s’enchaînent comme jamais, approchant parfois la dizaine de projet dans l’année. C’est plutôt dans la seconde partie de la décennie qu’il sortit ses meilleurs projets, Witness Your Murder et Face The Terror notamment, mais ces premières années restent garnies de petit joyeux qui s’avérèrent essentiel à la survie d’un style.

Memphis avait ses têtes d’affiches, une jeune garde prête à les rejoindre et une scène underground foisonnante à cette période mais malgré tout la ville affichait un retard sur les autres grandes villes du South. Le Nouvelle-Orléans avaient eu No Limit puis Ca$h Money et Atlanta avait eu la Dungeon Family avant de voir Ludacris ou Lil Jon exploser à leurs tours, Memphis de son côté n’avait pas encore eu droit à des représentants traversant les frontières.
Pendant cette période là d’autres artistes firent leurs preuves, mais comme 8Ball & MJG ou Tela certains quittèrent la région pour pouvoir vraiment faire leurs trous. Parmi eux il y a Young Buck, jeune rappeur de Nashville qui signa chez Ca$h Money et qui suivit Juvenile lors de son départ. Il sorti son premier album solo, Born 2 Be A Thug et The Compilation avec UTP en 2002. Projets qui lui permirent de partir en tournée et de se faire remarquer par 50 Cent lors d’un concert à New-York. Il signa dans la foulée avec le G-Unit, remplaça Tony Yayo, alors en prison, sur l’album Beg Of Mercy, sortit Straight Outta Ca$hville un an après et finit disque de platine loin de son Tennessee natal. Drumma Boy est un autre exemple de ses succès permis par la migration. Il commença sa carrière de beatmaker en travaillant pour des artistes locaux comme Tela ou Gangsta Boo mais il quitta Memphis dès 2004 pour s’installer à Atlanta. A partir de là il produisit pour Young Jeezy, T.I. et le BrickSquad de Gucci Mane, puis pour plus ou moins tout ce qui marcha dans le coin. Et s’il continue de produire pour des artistes de Memphis, il est difficile de nier que ses principales réussites ne viennent pas de là.

La scène locale semblait dans une impasse jusqu’au coup de pouce du destin que fut le film Hustle & Flow. Ce film, indépendant, est sorti en 2005, connu un beau succès d’estime mais marqua surtout les esprits grâce à la bande originale qui l’accompagnait. Cette dernière sorti sur le label Grand Hustle de T.I., via la major Atlantic et faisait la part belle aux artistes du Sud. Atlanta était représentée par P$C et Boyz N Da Hood, la Louisiane par Juvenile ou Lil Boosie, et surtout Memphis l’était par la Three 6 Mafia et Al Kapone. Le morceau de ce dernier, Get Buck, Get Crunk, lui permit enfin d’avoir accès a une reconnaissance grand-public après près de 15 ans de carrière. Celui de la Three 6 Mafia leurs offrit bien plus. Le groupe marchait bien depuis quelques années mais les départs consécutifs de certains membres avaient fragilisé la base. Peu importe, le morceau It’s Hard Out Here For A Pimp reste à ce jour leurs plus gros coup. Les récompenses pour le fim étaient nombreuse mais c’est bel et bien ce morceau qui eu droit à la plus belle. Le groupe interpréta le morceau lors des 78ème Academy Awards et obtinrent le second Oscar accordé à un son rap, après Lose Yourself d’Eminem. Ce succès miracle fut suivit de l’album Most Know Unknow qui devient rapidement platine et reste leurs album le plus vendu à ce jour. Last 2 Walk suivit quelques années plus tard mais est en réalité un album sur lequel Juicy J et Dj Paul n’étaient qu’en duo.

Aujourd’hui la scène locale continue dans sa lancée. Evil Pimp ou Mr.Sche sont toujours très actifs, certains vétérans répondent toujours présents. Juicy J a signé avec Wiz Khalifa en 2011 et en a profité pour s’offrir une seconde jeunesse, la Three 6 Mafia originelle c’est réunie, sans lui, le temps d’une mixtape sous le nom de Da Mafia 6ix et prévoit un album pour cette année malgré le décès de Lord Infamous, parallèlement à ce projet Gangsta Boo et La Chat préparent un album commun et les autres membres travaillent sur divers projets. Yo Gotti n’a quant à lui pas cessé de prendre du poids dans l’industrie au fil des années, au point de vendre aujourd’hui autant que n’importe quel artiste à la mode. Et pendant que tous ces artistes tiennent le haut de l’affiche d’autres commence à émerger à leurs tours. On peut parler de Young Dolph, jeune artiste qui a sorti ses premières mixtapes en 2010, qui a depuis rejoint le BrickSquad et collaboré avec Gucci Mane le temps de EastAtlantaMemphis ou encore de Don Trip qui commence à se faire une place à coup de mixtapes aussi efficaces que Guerilla ou plus récemment Randy Savage et via la série des Step Brothers qu’il a entamé avec Starlito. Rien ne promet à cette génération l’énorme succès qui a jusqu’ici échappé à la plupart des artistes de la ville, mais il ne fait aucun doute que la qualité continuera à naître au sein des rues de Memphis dans les années à venir.

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