Doc Gyneco, l’oublié du rap français

Partager

Dandy talentueux, décrié ou adulé, le Doc laisse rarement indifférent mais n’attire plus vraiment les lumières sur lui, après avoir beaucoup fait parler par le passé. Quand on parle de Gynéco, on schématise vite plusieurs images dans notre tête. La pochette de son classique Première consultation, son ralliement à Sarkozy en 2007 ou son pétage de plombs à l’antenne de OUI FM. Bruno Beausir, son nom, est un personnage aussi déroutant que désinvolte. Il reste toutefois un des plus grands rappeurs que la France ait connu. Il n’a, certes, pas la longévité qualitative qu’a eu Booba, mais a laissé son empreinte dans le paysage hip-hop hexagonal.

➡️ L’esthète derrière le magistral Première consultation

En 1996, Gynéco a 22 piges. Il est membre du Ministère A.M.E.R et commence à se faire un nom dans le milieu rap aux côtés de ses deux potes Passi et Stomy Bugsy. Et le 15 avril sort son premier album, Première consultation. Il est la véritable rampe de lancement de sa carrière, qui se vend à plus de 800 000 exemplaires et reçoit un très bon accueil critique. Dans ce projet, le rappeur intègre différentes teintes musicales, notamment de la soul et du funk au parfum californien, n’hésitant pas à sampler Papa was a Rollin’ Stone des Temptations. Pas étonnant étant donné que l’album fut entièrement enregistré à L.A. sous la houlette de Ken Kessey.

Doc dévoile son flow atypique, et aborde des thèmes différents, toujours avec un grande sincérité. De la nostalgie de l’enfance aux chagrins d’amour en passant par l’évocation du suicide, on change de thème d’un son à l’autre. Il n’a pas peur d’oser, avec des morceaux colorés malgré les sujets de son album. Il déclare sa flamme à Vanessa Paradis dans Vanessa, et n’hésite pas à critiquer la mise en case des genres musicaux dans Classez moi dans la variet’. Ces ingrédients plaisent beaucoup, et Doc Gynéco est propulsé comme une des têtes de gondole du rap français. La suite est logiquement attendue pour tous les amateurs du Doc.

➡️ De Liaisons dangereuses à Solitaire, l’ambition de l’artiste et les limites de son ascension

En 1998, Doc Gynéco a un projet ambitieux : réaliser un album avec une pléiade d’invités, allant d’Arsenik à Renaud ou Bernard Tapie. Il produit lui-même l’album malgré les réticences de sa maison de disque. Liaisons dangereuses lui permet de promouvoir de jeunes rappeurs (MC Jean Gab’1 y fait sa première apparition dans l’univers musical) mais aussi de s’ouvrir à un public plus grand, en collaborant avec Renaud mais aussi avec les Rita Mitsouko, faisant un pas (de plus) vers la variété. Double disque d’or, le succès continue pour Bruno et impose sa patte musicale dans l’univers français. Alors qu’il faisait partie du Secteur A depuis 1996, il le quitte après l’avoir promu dans Liaisons dangereuses

En 2001 et 2002, il sort deux albums coup sur coup, Quality street et Solitaire. Le premier est très confidentiel, il se dévoile solitaire, suffisant dans sa vie, et juge sa trop rapide ascension à son goût. Le second est beaucoup moins personnel, mais percute plus avec une poésie moins complexe, pour s’ouvrir au public, lui qui est en perte de vitesse commerciale. Sur ces deux albums, il collabore encore avec différents artistes comme RZA du Wu-Tang, Daz Dillinger, Stomy Bugsy pour le côté rap ou encore Mathieu Chedid et Laurent Voulzy pour le côté variété. Solitaire était censé être plus ouvert, pari réussi puisque le projet récolte au passage une Victoire de la musique du meilleur album hip-hop en 2003.

➡️ Un personnage controversé, détaché des conséquences de ses actes

Gynéco est un rappeur qui veut se détourner du système, en ne faisant pas la même musique que les autres, en métissant diverses sonorités. Visionnaire quand il s’agit de rapprocher le rap d’une musique plus ouverte, personnage aux allures de pur planeur, il se laisse aller à ses sensations pour créer sa musique, et donne une impression folle de ne pas penser aux éventuelles conséquences que pourraient avoir ses actes ou ses tracks. Car le personnage n’est pas seulement musical, mais aussi télévisuel et polémique: émissions de télé-réalité, apparitions dans le monde du cinéma, chroniqueur, il enfile différentes casquettes au début des années 2000.

Dans la sphère politique, il soutient Sarkozy en 2007, lui qui clamait être de gauche, après que ce dernier ait vu en lui un moyen d’apaiser les banlieues après 2005. Il est très contesté par le milieu du hip-hop, vu comme un traître. Avec le temps, il dit regretter son choix, mettant en avant une certaine curiosité et une envie de ne pas faire comme les autres. On peut soupçonner également une simple envie de gagner un beau cachet venant du futur chef de l’État, alors qu’il était au bord du gouffre financièrement. Il a également réalisé un album avec le fils de Sarkozy, qui fut un cuisant échec puisqu’il n’en a écoulé que 2000 exemplaires.

Le public choisira la moitié des invités de Liaisons Dangereuses 2
Depuis, le Doc a fait une tournée en 2015 et ressorti Première consultation la même année. Il a sorti un son, en juin, qui nous laisse encore sur notre faim, en attendant le volume 2 de ses Liaisons dangereuses , prévues pour 2018. Sa popularité a chuté avec le temps, notamment à cause de son envie d’être unique, qui l’a conduit à un plan de carrière mais aussi à des choix difficilement compréhensibles. C’est ce qui fait son charme, lui l’homme aimant les femmes, et qui a même tourné dans un film de Marc Dorcel. Sa Première consultation reste indémodable, et fait de lui, incontestablement, l’un des grands messieurs du rap français malgré la suite de sa carrière.
On m’attaque et j’évite les tacles C’est comme à l’entraînement quand je saute les obstacles Je me ballade sur le terrain musical Je tue au micro comme je shoote dans la balle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.